Le soleil tourne lentement. Les ombres se déplacent. L’interview poursuit sa routine. Constantin s’ennuie comme d’habitude mais répond en souriant des banalités dites cent fois.
Constantin n’est pas doué pour l’admiration. Si ce n’est celle des femmes qu’il juge belles. C’est le cas de la Cebaldi qu’il ne cesse de regarder dans les yeux avec son petit sourire de séducteur en coin. Il aimerait qu’elle le surprenne, lui pose les questions que personne n’ose jamais lui poser. Le temps passe lentement, elle n’a pas l’air pressée et comme il n’a fixé aucune limite à la durée de l’interview… Elle fixe aussi intensément son regard dans le sien. Il semble qu’elle pose ses questions machinalement sans être vraiment intéressée. Ma séduction est en marche, se dit Constantin. Il semble qu’il n’ait pas tort.
Soudain elle secoue brièvement sa tête de gauche à droite comme si elle s’éveillait ou sortait d’un rêve, ferme rapidement les yeux, les rouvre, hésite un dixième de seconde :
—    J’ai découvert que vous écriviez aussi de la poésie…
 
Tiens se dit Constantin, on sort du rituel : Vous croyez ?
 
—    J’en suis sûre, Maurice Roman, c’est vous.
—    Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
—    Ne niez pas, je suis bien informée… de la poésie très surprenante, très avant-gardiste. Elle cite : « déception du sublime / et soudain le déclic de l'aiguille / ciel jaune puis brun rosé »
Constantin ne peut s’empêcher de sourire : une fouineuse, et une fouineuse habile qui a attendu qu’il soit en confiance : je crois que vous vous tromper. Il a envie de poursuivre ce petit jeu de cache-cache, elle l’intéresse de plus en plus.
 
—    Je pourrais aussi vous citer quelques uns de vos poèmes érotiques que je trouve admirables.
 
Habile, pense Constantin, elle me manipule. Il ne dit rien…
 
—    Pourquoi cachez-vous votre écriture poétique que je trouve beaucoup plus originale que celle de vos romans sous un tel pseudonyme ?
—    Vous voulez vraiment que je parle de ça, de ces petites plaquettes tirées à 500 exemplaires et dont 450 me restent sur les bras ?
—    Oui, bien sûr, nos téléspectateurs seront ravis de découvrir un autre aspect si original de votre personnalité.
Constantin pense : elle se moque de moi, est-ce une stratégie de défense ? Il regarde ses yeux comme s’il voulait pénétrer en elle, sourit en avançant les lèvres comme pour un baiser. Hésite un peu puis : bon, d’accord, allons-y… Il pense : on verra bien où ce jeu va nous mener et qui en sera le maître.