Écrits de Marc Hodges

19 août 2016

Quatre femmes

Pendant l’entrée du public, voix de Constant par le générateur qui raconte sa vie d’épouseur.
Les quatre femmes entrent en scène : début du concert.

Ouverture

2 voix - Clarinette - Basson

Peut-être une fugue : avec des « plantades intelligentes »  d’Isadora qui justifient la première réplique d’Alexandra.

(Musique et texte à écrire)

après l’ouverture
 
Alexandra :
— Tu as l’air distraite… 
 
Isadora :
— Jonathan m’inquiète, il est rêveur, distant même… c’est pas son genre
 
Alexandra :
— Amoureux…
 
Isadora :
— Mon fils amoureux ?
 
Elena (riant) :
— À vingt-neuf ans tu trouves pas ça normal ?
 
Isadora :
— À son âge j’avais déjà divorcé de Constant depuis trois ans…mais il semblait bien dans sa peau de dragueur célibataire.
 
Alexandra :
— Au même âge son père avait déjà épousé Alexa, sa seconde épouse…
 
Johanna :
—Tu lui en as voulu ?
 
Isadora :
— Un peu, très peu… À l’époque, j’étais punk… Nous levions facilement la jambe
 
Alexandra :
— C’est vrai…
 
Elena (riant) 
—Vous aviez le sang chaud…
 
Johanna :
—Pas que le sang d’ailleurs…
 
Isadora (riant) :
— Oui, enfin … J’étais un peu jalouse, juste ce qu’il fallait pour me décider à séduire Vania
 
Alexandra :
— Le russe
 
Elena (rêveuse) :
—Un bel homme.
 
Isadora :
— Je regrette rien… jamais je n’ai regretté quoi que ce soit… Vania aussi a été une période délicieuse de ma vie… Puis, Adam…
 
Johanna :
— Aimée par trois hommes… Ça me plairait bien
 
Isadora
— À côté de Constant nous sommes des apprenties…
 
Alexandra :
— Sept femmes, il a épousé sept femmes, 

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la nuit chante

La lune est une pierre mais sans poids... Près de la jeune femme, deux enfants jouent dans l'herbe ; Éleuthère s'est peu à peu, difficilement, construit un ordre. Ne parvient pas à analyser avec suffisamment de force ce qui ne fonctionne pas dans ses rapports aux autres. Il fait nuit. Ce personnage paraît représenter une menace... Il reste les yeux fermés dans l'obscurité... La lune brille dans le ciel... Supporte de plus en plus mal les relations affectives familiales obligatoires, il ne comprend pas plus l'affection que le mode de la liberté absolue — il est seul... Il y a un avant et un autrefois... Barbe-Bleue bouge ses lèvres. Un garçonnet vêtu d'un costume marin, col blanc rayé de bleu est assis devant la mer qu'il contemple rêveusement ; le sort est une virtualité du néant. Le monde des adultes lui paraît être un tourbillon ; je te cherche... A le visage instable. Leurs mots deviennent ses mots... La fiction remplit ses bennes de déchets... Son cadavre m'indigne comme odeur de tussilage... Barbe-Bleue compte les dalles des couloirs vides ; la lune fait naufrage sur la lune un système de codes s'abattant d'un arbre avec cauchemars. Barbe-Bleue va, vient. Il n'y a personne.

Le jour semble manquer de temps. Ne s'apitoie jamais... Très orgueilleux, Anastase n'aime pas le sentiment d'être dépendant des événements, aussi parce que sa tendance à la facilité s'accentue avec l'âge, a-t-il décidé de réagir et de se contraindre à des activités physiques... Un jeune fantassin blond — torse inondé de sang — s'évanouit dans les bras d'un de ses camarades. De nombreux enfants marchent sur des routes poussiéreuses — c'est certainement la plus belle journée de sa vie... Anastase est un spécialiste des problèmes de la société de l'information... Barbe-Bleue se perd dans le crépuscule d'Ah-Cizin ; ne bouge pas — Andriga. La seule chose qui l'intéresse, est la paix ; longues vagues herbeuses de sa peau compatissante — ne comprend pas le fantasme de certains de ses collègues qui les pousse à vouloir toujours rester en contact avec les jeunes ; Sœur Anne pense par intermittences que la vie ne se déroule loin dans le seul présent... Sœur Anne regarde de son côté — a les yeux bleus. Est ce qu'ils sont ; l'herbe est d'un vert profond. Une bombe explose, éclairant l'espace. La lune est ronde comme une pierre incandescente... Le monde s'offre.

La lune jette sur le toit ses clartés bleues — le trou de la serrure s'éclaire. Barbe-Bleue parle seul. Je suis à toi à toi. Un enfant, d'environ huit ans attache une fillette à un arbre. Barbe-Bleue a des souvenirs (des remord). Lune canaille... Le silence achevé de la nuit ouvre l'âme au rêve. Longues vagues herbeuses de sa peau miséricordieuse. Leurs mots deviennent ses mots ; Barbe-Bleue tient une lettre d'amour dans sa main droite — Adalbéron regarde avec détachement, presque ironie, les objets qui ont jalonné sa vie ; Barbe-Bleue n'est pas de ceux qui épuisent toutes leurs douleurs dans l'instant de la séparation... Il voudrait faire quelque chose... Barbe-Bleue est continuellement surchargé de femmes ; l'air vibre — a assez vécu pour savoir que personne ne s'intéresse à personne. La désespérance roule indéfiniment. Le silence absolu de la nuit ouvre l'être au rêve. Barbe-Bleue sort un papier d'une poche, le lit. Il tient une lettre dans sa main droite... Craintes... Tout lui est augure ; la nuit chante.

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09 août 2016

Une queue de foule se pressait aux portes

— Gilet blanc, jaquette bleue, chapeau gris...

— Dieu ! Que Roxane est jolie en noir ! disait-il. Tout l’accablait en même temps, les années et le deuil... Qu'est-ce que ça ? Fatigue de l’oeil ou du cerveau, épuisement de la faculté artiste ou courbature du nerf optique ? Sait-on ! Il me semble que j’ai fini de découvrir le coin d’inexploré qu'il m’a été donné de visiter.

— J’ai cru que j’allais pleurer. Or, un matin, comme sa femme de chambre entrait et venait d’ouvrir les volets et les rideaux en demandant :

— comment va Madame aujourd'hui ?

 Elle répondit, se sentant épuisée et courbaturée à force d’avoir pleuré :

— Oh ! Pas du tout.

Deux fois par semaine au moins Abban dînait chez Roxane avec quelques amis ; le lundi, il la saluait régulièrement dans sa loge à l’Opéra ; puis ils se donnaient rendez-vous dans telle ou telle maison, où le hasard les amenait à la même heure. Et toujours Roxane l’interrogeait, vibrante de curiosité, les yeux fixés sur lui, l’oreille avide de ces choses un peu inquiétantes à entendre, mais si charmantes à écouter. Abban se releva, effaré, murmurant :

— Qu’avez-vous ? Ne me traitez pas ainsi, je vous aime !…

Alors, en quelques mots rapides et secs, Roxane lui signifia sa volonté, et régla la situation... Zamzama racontait à Hisham la présentation d’une ambassade nègre au Président de la République, quand Chahan fut annoncé...

— c'est très laid. Il est tard, je vais me coucher.

Mais cet appel continuait, incessant, insaisissable, presque irritant.

Chaque matin maintenant, dès que Roxane avait quitté son lit, elle se sentait dominée par un désir puissant de prier Dieu, d’obtenir de lui un peu de soulagement et de consolation. Roxane marchait à petits pas, disait à Abban ses remarques, ses réflexions sur les petits, sur les nourrices, sur les mères... Roxane s’était levée en prenant le bras de son voisin ; Abban offrit le sien à Bella, et on passa dans le grand salon. Tout à coup, impatienté de cette domination d’un souvenir, Abban répliqua en se levant :

— Roxane est stupide de m’avoir dit ça...

Une queue de foule se pressait aux portes, et, dédaigneuse de la sculpture, montait tout de suite aux galeries de peinture. La figure de Roxane s’éclaira de cette joie affectueuse dont les promesses et les cadeaux animent les traits des femmes ; les intimes, d'ailleurs, se retirèrent bientôt par discrétion, car elle leur avait seulement entrouvert sa porte, sitôt après son malheur. Abban dit aussitôt, encore ému de cette apparition qui avait séduit son oeil d’artiste :

— Ah ! En voilà une dont je ferais volontiers le portrait ; ce fut, pendant les premiers jours, un de ces désespoirs profonds qui ne laissent place à nulle autre pensée. Abban s’élança. Roxane regardait son mari avec des yeux larges, fixes, pleins d’épouvante... Un autre amour entrait, malgré lui, par cette brèche ! Un autre ou plutôt le même surchauffé par un nouveau visage, le même accru de toute la force que prend, en vieillissant, ce besoin d’adorer.

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25 juillet 2016

chacun semble protégé dans sa solitude

Ukam rentre dans un petit square au centre duquel trône un kiosque à musique, cherche un banc vide, s’assied, regarde instinctivement les enfants qui jouent... Ukam existe dans un chaos trouble d'événements imprévus. Ukam s’y est installé à la tombée de la nuit.
— Vous pouvez les prendre tous et leur couper la gorge sous mes yeux, je resterai là et je regarderai. C'était un enregistrement de la conversation qu'il avait tenue avec Jonas, la nuit où il s'était enrôlé dans la Fraternité... Ukam n'a aucune possibilité de revenir en arrière ; combien de nuit ? Une. Ukam pénètre dans le hall, et accepte la première chambre qu’on lui propose.
— mais l’univers entier est extérieur à nous...
— j'ai le livre, grogna Ukam, quand ils se séparèrent... C'était impossible ; Peut-être dans sa banlieue, il n’est pas sorti de la zone urbaine. Ukam n’est pas fou, n’est pas paranoïaque, ne s’invente pas des persécutions car il sait ce qu’il sait ;
— Vous ne serez plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité...
— pourquoi l’as-tu tué.
— Vous vous rappelez maintenant le moment même où vous l’avez tout d’abord inventé.
— pour la Semaine de l'animosité... Le téléviseur recevait et transmettait simultanément ; prenons comme exemple un passage bien connu de la Déclaration de l’Indépendance... Et ça lui convenait.
Ukam est entouré d’un brouillard d’accents étranges et de langues d’où parfois émergent quelques bribes de français de ceux qui essaient difficilement d’échanger des propos sommaires et ce brouillage lui semble, il ne sait pourquoi, comme un abri où se dissimuler ; ici, chacun semble protégé dans sa solitude. Sur la galerie de la cheminée, il y avait un fourneau à pétrole en étain martelé, une casserole et deux tasses.
— pourquoi êtes-vous ici. Un petit vent frais commence à se lever...
— Vous tombez en morceaux. Huit jours maintenant qu’il a tout changé de sa vie, détruit son téléphone portable.
— vous êtes un étudiant lent d’esprit, Ukam, grogna Abban gentiment ; on ne lui a rien demandé, il a payé en liquide en retenant la chambre... Il ne comprend pas grand chose au monde moderne.
— Nous ne croyons pas aux principes de la firme ; Ukam regarda distraitement à travers le rideau de mousseline...
— très certainement, répliqua Ukam qui comprit immédiatement à quoi tendait Abban…
— à trois heures environ. Ukam se demande si elle l’observe, si elle est bien là pour rendre plus propre encore un sol d’une propreté déjà absolue ou si, ce qui justifierait au mieux sa présence, elle n’est pas là plutôt pour s’occuper discrètement de ce qui se passe et si, depuis qu’il a pénétré en ce lieu, sous une fausse indifférence, elle ne l’observe pas attentivement. Tout était justifié par le but à atteindre.
— Vous pensez que je parle de puissance alors que je ne suis même pas capable d’empêcher le délabrement de mon propre corps... Ukam sait qu’il connaît toutes les rues, tous les cafés, un grand nombre de boutiques.

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23 juillet 2016

Fuite de la guerre

Je n’étais ni croyant ni mystique mais cette prophétie m’avait marqué et j’avais besoin d’y croire. Nous étions en 1941 et j’avais dix neuf ans. Le Nord de la France était occupée depuis déjà plus d’un an et chacun sentait bien que la situation n’était pas prête de s’arranger. En 1942, entrant dans ma vingtième année je devrais aller pour huit mois dans un chantier de jeunesse et nous savions tous que cela risquer de se transformer en deux ans de travail obligatoire en Allemagne dont déjà nous revenaient quelques cadavres tués par des accidents de travail ou exécutés en étant accusés de sabotage. Il n’était donc pas question que j’y participe et dès le 3 janvier 1942, avec l’accord de ma mère et de ma sœur qui allait s’occuper d’elle malgré sa dépression devenue chronique, alors qu’il faisait très froid et qu’une tempête de neige s’abattait sur la Margeride, aidé par un  paysan qui était un de mes anciens condisciples élève de mon père, je m’enfuis vers La Roche, village où j’avais passé mon enfance. Il n’y avait qu’une vingtaine de kilomètres par les chemins de terre que nous connaissions mais il fallait une connaissance parfaite du paysage pour ne pas se perdre dans les vents de neige qui nous fouettait le visage et nous brûlaient les yeux, mais nous avions tous deux, lui surtout, passé une grande partie de notre vie à parcourir les contreforts de la Margeride et à chasser ou pêcher sur les plateaux qui menaient au village de La Roche, et plus important encore nous savions où nous abriter au cas où la tourmente deviendrait si forte qu’elle nous empêcherait de voir à plus de trois ou quatre mètres devant nous. C’était le risque à prendre car nous savions que, par ce temps, nous ne rencontrerions aucun gendarme sur notre route, et que personne ne serait susceptible de nous voir, les habitants des rares hameaux près duquel nous passerions devant être cloîtrés au coin de leur cheminée. Je devais y rester jusqu’à l’entrée à Mende des alliés en août 1944, caché par tous les habitants de ce village isolé dont ma mère était originaire et où mon père avait été l’instituteur de tous les jeunes gens et jeunes filles de ma génération. Les gendarmes ne s’y rendaient que très rarement et, même après l’occupation de la zone sud, on ne trouva presque jamais aucun allemand. Je ne me vanterai pas d’avoir fait de la résistance, n’attendez pas de moi que je vous rapporte des actes héroïques car je n’ai fait rien d’autre que de vouloir garantir ma survie et quand, au cours de l’année 1942, quelques résistants s’installèrent dans les épaisses forêts alentour, je ne participai jamais à leurs actions, me contentant parfois de les aider à se fournir en nourriture ou de leur indiquer parfois quelques chemins ou caches qu’ils ne connaissaient pas. Je n’appris ainsi, comme la plupart des habitants de la région, l’existence du maquis et de la bataille pourtant relativement proche du Mont Mouchet que lorsque cette tragédie fut consommée. Durant ces deux années je n’avais pas grand chose d’autre à faire que participer à la vie campagnarde, aider aux travaux des champs, aller chasser ou braconner, réfléchir, écrire de temps en temps… C’est à ce moment là, dans mon incapacité à trouver de profonds sujets pour mes romans que j’ai commencé à penser que je n’étais qu’un écrivain médiocre et que mes quelques succès de publication antérieurs ne présageaient en rien une œuvre forte : j’allais être comme la plupart des écrivains un ouvrier de l’écriture, capable d’écrire quelques livres suffisamment intéressants pour se vendre et me permettre même de vivre de ma plume mais qui n’apporteraient rien de fondamental à l’écriture française, encore moins universelle.


19 juillet 2016

Irréel

Par Benjamin Montgomery

Nous voulons dire que la déduction doit s’arrêter de loin en loin à quelques effets dominateurs, et que ces effets apparaissent chacun comme des modèles autour desquels se disposent, en cercle, de nouveaux effets qui leur ressemblent comme toujours on la trouve aussi souvent que l’autre. C'est pourquoi prendre pour son bien donne un gain mauvais, ne pas prendre permet de se servir. Mourir n’est pas contraire à la disposition d’un animal raisonnable, ni à la logique de sa constitution... Faire, se taire, voilà la doctrine. L’imagination parle toujours à nos sens ; elle est l’inventrice des arts et l’ornement de l’esprit... Il part tout seul, véritable riposte du tac au tac... Les êtres ne sont jamais durablement en ordre. La pensée n'est pas si rapide ; Commander avec des yeux soumis ; prendre avec des mains immobiles : ou alors Un homme qui n’aurait jamais dansé posséderait inutilement les règles de la danse ; il en est sans doute de même des métiers d’esprit ; Est-on seul, on sent sa misère, on sent qu’on a besoin d’appui ; on cherche un fauteur de ses goûts, un compagnon de ses plaisirs et de ses peines ; on veut un homme dont on puisse posséder le cœur et la pensée ; nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles, comme en un champ clos où notre force se mesure utilement avec d’autres forces ; et fascinés par l’action, attirés par elle, pour notre plus grand bien, sur le terrain qu’elle s’est choisi, nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes ; évidemment Les livres naissent de l'ignorance, et s'ils continuent à vivre après avoir été écrits, ce n'est que dans la mesure où on ne peut les comprendre.. écoutez-le bien : ce n’est pas un son articulé, net, terminé ; c'est quelque chose qui voudrait se prolonger en se répercutant de proche en proche, quelque chose qui commence par un éclat pour se continuer par des roulements, ainsi que le tonnerre dans la montagne de loin en loin quand il possède, il est pareillement saisi de frayeur... Éviter les inimitiés, c'est ne pas connaître les limites de la vertu certes L’équité peut se définir par l’amour de l’égalité ; l’intégrité parait une équité sans tache, et la justice une équité pratique aujourd'hui aussi l'aventure est grande, le ciel est grand, la terre grande : l'homme aussi est grand. Qui sait agir fortement n'a pas besoin de secours. Les gens du monde, qui font leur étude de ce qui peut plaire, ont porté plus loin que les autres ce genre d’esprit ; mais parce qu'il est difficile aux hommes de ne pas outrer ce qui est bien, ils ont fait du plus naturel de tous les dons un jargon plein d’affectation ; trop souvent nous parlons de nos sentiments de plaisir et de peine comme s’ils naissaient vieux, comme si chacun d’eux n’avait pas son histoire... Notre âme, dont il arrêtait la vue dans l’éloignement, ne saurait s’y reposer quand elle voit au delà : ainsi l’amitié, qui de loin bornait toutes nos prétentions, cesse de les borner de près ; elle ne remplit pas le vide qu’elle avait promis de remplir ; elle nous laisse des besoins qui nous distraient et nous portent vers d’autres biens désormais Les uns attachent la grandeur solide à l’autorité des emplois ; les autres au faste des titres ; On ne peut sentir le sublime d’une idée dans une faible expression ; mais la magnificence des paroles avec de faibles idées est proprement du phébus ; le sublime veut des pensées élevées, avec des expressions et des tours qui en soient dignes cependant Ils pensaient que tout était facile : ils pensaient que les plus grandes choses étaient petites. N’est-ce pas cette idée qu’on nous suggère ici en nous amenant à matérialiser, pour ainsi dire, la sympathie que nous établissons entre la fille et son père ? Les esprits humains ne savent pas discerner les affections spirituelles... Que les jugements du public, épurés par le temps et par les maîtres, soient donc, si l’on veut, infaillibles ; mais distinguons-les de son goût, qui parait toujours récusable pourtant chacun d’eux est singulier, mais il finira, s’il porte la marque du génie, par être accepté de tout le monde. Il vous est peut-être arrivé, en wagon ou à une table d’hôte, d’entendre des voyageurs se raconter des histoires qui devaient être comiques pour eux puisqu’ils en riaient de bon cœur... être léger perd les grands en fait un enfant ne subsiste que par ses parents, dépend d’eux....

15 juillet 2016

De Saint-Pierre-des-Tripier à Cassagnes, 11 h 02

Il regarde le ciel, l'horizon, regarde l'espace, respire. Les champs sont minuscules et fragiles. Un vieux chien noir-blanc le suit comme une ombre, seul son halètement rythme le temps. Il se méfie du mot recueillement. Il veut créer un monde devant lequel s'agenouiller. Quelques timides pépiements d'oiseaux éclaircissent ça et là le ciel. De loin en loin, un bout de pré cerne une lavogne desséchée. Le meuglement lointain d'un avion déchire l'épaisseur du silence. Des ombres rapides et brusques courrent sur les herbes sèches. Terre de ses ancêtres…. Etre toujours aux commencements !…. Il jette des pierres dans les buissons de genévriers. Un petit oiseau vole devant lui, pas plus gros qu'une tâche d'ombre sous l'une quelconque des fleurs du paysage. Il aspire goulûment l'air sec. Il doit se mettre en garde contre lui-même. A cette heure, c'est le désert et le silence. Un paysage n'est rien en lui-même !…. Dans le lointain, un troupeau de moutons se confond avec les pierrières. Il pense qu'il n'existe pas de droit particulier au bonheur, ni davantage au malheur. Sur le plateau ondulé comme la mer tout disparaît dans des creux de vagues. Il a peur qu'il arrive quelque chose… Mais que pourrait-il arriver. Il ne saurait dire exactement d'où lui vient son sentiment de peur. Son âme exulte de se sentir si proche de son retour. Il aime la vie, n'aime que la vie. Il veut se tenir debout. Les hommes d'ici ont des qualités rares. A quoi sert d'évoquer les oiseaux lorsqu'on ne les regarde pas. Il a appris à attendre, à s'attendre. Le soir. Le ciel est une immense cloche de verre protégeant le paysage. Il y a des jours qui paraissent louches. Il pense à ces nuits où l'épervier de la lune surveille le matin. Il a la nostalgie au cœur. Il revoit sa grand-mère qui accompagnait toujours les hommes aux champignons et pouvait les attendre des heures dans la voiture ne faisant rien d'autre que regarder le paysage. La joie vient, elle s'en va Que faire …. De singulières images s'agitent dans son crâne. Il ferme les yeux. Il lui semble entendre la pulsation du monde. Il ramasse quelques brindilles. Il éprouve pour toute chose un étrange sentiment de peur. Le paysage se parle dans sa tête. Il aime la liberté et l'air sur la terre fraîche. Il sait combien il est difficile de résister au désespoir. Cette heure est toute la bénédiction du jour. Son cœur hésite entre rouge feu et mauvais fixe. L'avenir est une condition du présent autant que le passé. Il pense qu'autour de ces plateaux pauvres et desséchés, les vallées offrent généreusement la multiplicité de leurs verts. Il ne sait en vue de quoi vivent les gens. Les jours ici sont ronds. Il y a longtemps qu'il a fait retour en arrière. Où est le devenir. Comment continuer à vivre s'il n'y a plus de questions à poser. Poursuite du bonheur…. Il n'ignore pas qu'il y a des cieux de nuages et des bleus et des soleils ailleurs. Il parle d'un monde totalement ouvert. La solitude profonde et comme intemporelle qui l'environne, l'aspect incorporel de ce paysage, tout cela avive son imagination. Il se sent sot et lourd. L'air du soir se recueille. Le monde le possède et c'est ce qui l'éprouve. Des rochers isolés découpent leurs hautes silhouettes dans la luminosité de l'air.

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11 juillet 2016

Paysage

Le soleil-étalon couvre la terre-jument... Des nuages traînaillent sur la laque bleue du ciel. Le paysage paraît figé dans une paix immuable ; la campagne est sans rides ni troubles — le bleu est partout. été interminable. Le soleil se ramasse en une masse de chaleur aveuglante. L'air est chaud... Le paysage met la patience à l'épreuve. Ces forêts sont des caricatures de paysage sauvage. Terre. Le soleil est éblouissant, la lumière excessive ; la lumière est intense... Des flots ininterrompus de chaleur inondent le paysage — le temps s'étire à l'infini. Arrangements de choses vertes et jaunes sous le bleu du ciel obscur — il y a de l'irréel dans cet espace lumineux pourtant la forêt appelle l'imaginaire. Le soleil pompe les Champs. C'est tout. Des flots ininterrompus de chaleur et de lumière inondent la campagne. Chaleur. Paysage infesté de soleil. Le temps s'étire à l'infini, une jaune, une bleue, séparées par la ligne vert-foncé de la forêt. Le ciel est brûlant de soleil... à l'horizon d'Egreville, la forêt, est faite de pins, de vieux frênes et de très vieux frênes. Le temps semble figé. La plaine est immensément étale — il y a de l'irréel dans cet espace lumineux... Le soleil est implacable. Toute vie paraît suspendue, dans l'attente d’on ne sait quoi — nuages — la grande chaleur de juillet oppresse le paysage — les Champs sont des hymnes à l'air. Exhalaison de pourriture — il est midi ; la chaleur, la pesanteur, de l'air ne faiblissent pas. La chaleur de l'été s'est installée de façon durable en même temps la forêt est une forêt c'est en effet ce qui est écrit ici. Sur la laque bleue du ciel, quelques nuages traînent.

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01 juillet 2016

conversation

Il y a encore de la place pour un ami chez le père de Sarald… ma tante. Si ce n'est pas lui c'est Azam… un jour ou l’autre… une nuit. Affirme elle en souriant. En plein jour. Elle ne manquera jamais de rien… vous représentez-vous Jésus-Christ comme un adolescent aux traits de femme. Bien qu’il ne cessât pas de sourire. à ces brigands-là… je vous le jure… ce numéro 113. à mon sens. La distance de cette maison à la vôtre… respectez cette rudesse… je n’ai plus rien à dire. Je dois vous remercier encore du concours précieux que vous avez apporté… je lui pardonne… moi morte… jeunesse. Comme j'ai souffert… fit anxieuse. Trop tard pour l'empêcher d'être dépouillée… remarqua le médecin. Tu es musicien… restons… chez les demoiselles Vania… nous ne discourons pas ici d’un cas de conscience imaginaire. Acheva avec un sourire narquois. Tu en as trop grogné ou pas assez. D'ailleurs je suis un gazé… cette belle passion vous est venue comme cela tout d’un coup. Déjà trop compromise par mon inexpérience et mes étourderies. J’aurais cherché dans la rivière… un peu de grippe… Vous y allez trop souvent. Prétend it-il. Monsieur dit-elle… l’a laissé en conversation avec le petit Gaspard… vous le connaissez. Vous rappelez-vous mon fils en débardeur… c'est un triste et dégoûtant spectacle… il paraît envahi par de vagues soupçons… vous n’allez pas me faire croire que vous êtes. Demande Adam… Sur ce que j'ai de plus sacré… belle. Tiens-toi… alors qu’elle tournait le dos à la porte du cabinet de toilette où devait se trouver caché l’assassin… que dis-tu… tu me diras comment il a pris l’histoire. C'est le désir d'aller en France. Avez-vous un moyen. Je vous suivais très attentivement… capitaine. Et quand vous y mettrez-vous. Qui ai fait tout ce que j'ai pu pour la sauver… j'ai tâché d’écouter à travers la porte… je finis par succomber avant le terme assigné par la divine Providence. Simplement. Vous êtes allemand… par-là… mon camarade. De l'hospice… j’y trouve toujours du nouveau… ton histoire de femme… vous assuriez vous seule la surveillance et la protection de cette maison. Tes plans déjoués… malin. Un autre grand ami… vous êtes un ange. Chuchote-t-il vexé… Je l’ai vu… je suppose… voisine. Ça n'est pas de refus. On ne sait pas ce qu’est devenu. On ne revient pas de là où il est… prévoyant ce qui allait arriver. Vous. Il aura péri en mer… comprenez… un ami de là-bas. Il y avait un macchabée dans le jardin. Vous viendrez si vous le désirez… je suis sujet à ces sortes de crises… je ne veux rien vous cacher. Bégaya Ceelan … qui est-ce… bien parlé… il me semble que vous avez une morale un peu égoïste. Souvenez-vous d’une seule chose… quant à cela.

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27 juin 2016

peur du vide

Barbe-Bleue se rappelle la scène... La lumière — c'est de la lumière — s'emmêle aux branches... Le soleil est au-dessus des chênes. Au pied des arbres pousse une herbe clairsemée... Les bois sont des lieux de fantasmes et de frayeurs insincères... La question est pourquoi tant de travail pour faire de telles choses ? Vit sur l'évidence que sa vie ne pouvoir être qu'heureuse ; a l'émotion de devenir à moitié folle. Hildegarde a le moral et se sent très optimiste. Est plus douce et plus claire que la lune. A besoin de réaliser quelque chose ; dans cette histoire, le temps, joue contre elle. Le bonheur dilate l'âme d'Hildegarde. La forêt est une fiction ; un espace inviolé. La masse immobile et muette de la forêt est toute proche. Hildegarde laisse son imagination aller en toute liberté. La nuit tombe comme un couperet... Si Hildegarde avait été plus attentive à ce qui se passait, elle aurait pu trouver quelque réponse à toutes ses questions... Hildegarde n'a pas l'impression d'être personnellement en danger... L'espace gris du ciel difficile séquestre l'âme.

Hildegarde ne saurait dire ni si ils sont heureux ni s'ils ont envie de continuer à vivre. Hildegarde se détache de plus en plus des choses ; se sent trahie, mais ne se demande pas dans quelle mesure... Hildegarde supporte de plus en plus mal les relations affectives familiales… obligatoires, elle ne comprend pas plus l'affection que le mode de la liberté absolue... Regarde avec détachement les objets qui ont jalonné sa vie ; a peur du vide ; a décidé de ne jamais se laisser perturber par des événements annexes mais passe sa vie à se demander ce qui est annexe. Hildegarde considère que chacun est comme il est... S'étonne des difficultés que la plupart des gens éprouvent à être seuls avec eux-mêmes. Hildegarde hésite ; la réalité est ce qu'elle pense ou ce qui se pense à travers elle ; n'a jamais su choisir entre s'abandonner à une contemplation passive où le réel s'écoule tout seul et un combat permanent pour affirmer sa volonté de vivre ; Hildegarde regarde avec détachement les objets qui ont jalonné sa vie et qui, aujourd'hui, lui paraissent si inutiles et dérisoires ; Hildegarde a décidé qu'on ne peut qu'être déçue par ses enfants ; sa vie est morte depuis dix ans.

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