Écrits de Marc Hodges

24 mai 2012

Pris au piège

«Tout a une fin… me dit Stanislas, Zita devait repartir pour la Roumanie, moi pour la France. L’avant-veille de notre séparation, elle m’a demandé de lui rendre un service… Tu te doutes bien que je ne pouvais pas refuser: une amie de sa délégation… Je ne crois pas avoir su son nom, je me souviens seulement que son prénom roumain signifiait «Prudence»… avait de la famille en Europe… un oncle ou un cousin, je ne m’en souviens plus !… Il y avait des années qu’elle n’avait pas eu leurs nouvelles et elle aurait aimé les joindre. J’acceptais de l’aider… Le soir, dans sa chambre, Zita me présente cette Prudence: le thé prétexte était servi. Prudence me donne un colis de la taille d’un livre dont elle me dit qu’il contenait des lettres et des photos… Peux-tu imaginer un instant que je lui ai demandé de vérifier? Comme, par précaution, il ne portait aucune adresse, elle me remet en plus une carte postale du souk aux bonnets portant l’adresse de sa famille. Arrivé en France, je devais simplement reporter l’adresse sur le paquet puis expédier le tout… Cette pratique était alors courante: elle permettait à des familles que l’histoire avait séparé de maintenir quelques semblants de liens et il m’était déjà arrivé de faire cela, ne serait-ce que pour ma propre famille… Je n’ai pas hésité une seconde… En remerciement, et malgré mes protestations, elle voulut absolument m’offrir une petite peinture naïve roumaine sous-verre représentant un Saint-Georges terrassant un dragon…

Le lendemain du départ de la délégation roumaine, Je vais prendre l’avion. D’habitude, parce que j’étais accompagné d’un de mes cousins inspecteur de la sécurité, personne ne me demandait rien. Pourtant, à ma grande surprise, cette fois-ci, la douane a voulu contrôler ma valise. Comme tu t’en doutes, le douanier trouva très vite le paquet que je n’avais même pas cherché à cacher. Je n’étais pas inquiet, au pire un peu ennuyé pensant que, s’ils le saisissaient, je n’avais aucun moyen d’en avertir Prudence… mais elle savait aussi les risques qu’elle avait pris… Ce n’étaient pas des lettres… Enveloppés dans une couche de feuilles manuscrites, plusieurs liasses de billets de cent dollars… Je n’ai jamais pu les compter mais, à mon avis, c’était une somme importante: je me suis aussitôt retrouvé en prison. Je ne sais si c’est de la chance, si c’était dû à mes relations familiales ou si c’était une volonté policière, mais j’ai eu droit à une cellule pour moi seul… Je peux te dire que les geôles ouzbeks ne sont pas des palaces. Complètement isolé, coupé de ma famille et du monde, j’y suis resté huit jours avant de recevoir la moindre visite. Comme dit un proverbe ouzbek: «si le temps ne te regarde pas, regarde le temps », et l’absolu de l’impatience ne pouvant être que la patience absolue ; j’ai appris à attendre… A cette époque-là je n’avais pas le moindre soupçon, je me maudissais simplement d’avoir été con au point de ne même pas essayer de dissimuler ce paquet ou, simplement, de le porter sur moi… Mais ce qui m’emmerdait le plus était que je craignais les conséquences de ce comportement imbécile pour ma famille ouzbek.»

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23 mai 2012

Histoire de famille

— Mon récit doit même commencer en 1899, année de la première conférence de la paix à La Haye, de la seconde guerre des Boers et… Peter Peterson l’interrompt : — Je ne suis pas venu pour un cours d’histoire. De plus, vous me parlez d’abord de 1923, maintenant de 1899, j’ai comme l’impression que vous vous moquez de moi ! — Ne vous fâchez, dit très doucement le petit homme, ne vous fâchez pas, je vais aller vite, laissez-moi continuer, vous comprendrez à la fin, ce ne sera pas long, mais vous savez tout être est le produit d’êtres antérieurs comme de leur histoire. Il regarde Peter dans les yeux, boit une gorgée de thé, reprend : en 1899, Aristide Roman, le grand père de Maurice vivait à Carmaux qui, comme vous ne le savez peut-être pas, était une cité minière où près de 3000 mineurs extrayaient du charbon. Il s’interrompt comme s’il réfléchissait, sourit un peu : — Savez-vous qu’en 1896 les frères Lumière y ont fait un petit film sur le défournage du coke ? Peter Peterson est perplexe, se demande si cet homme se moque de lui ou si, tout simplement, il ne peut s’empêcher d’étaler ses connaissances. Il ne dit rien. Le colonel Thuân Thiên soupire comme regrettant de devoir passer sut tant d’informations intéressantes, reprend : — Aristide Roman est le grand père de Maurice Roman né, lui, fin 1922. Aristide a eu trois enfants : Lucien, père de Maurice Roman, né en 1899, année où commence le récit que je dois vous faire, un autre garçon, Maurice, né en 1894, tué à la bataille d’Artois en 1915 et une fille, Juliette, née en 1892. Cette fille, épouse en 1903 Cezary Koszarek, un polonais lui aussi victime de l’Histoire car nationaliste et venant travailler à la mine car obligé de fuir son pays mais, passons… Le couple Juliette-Cezary a deux enfants : Luce et Georgette. Qui sont donc des cousines de Maurice. Il s’interrompt, regarde Peter qui hoche la tête en signe d’assentiment. — Bien, il est très important que vous gardiez en tête cette relation familiale pour la suit car si, chez vous, les garçons gardent le nom du père ce qui permet de se retrouver dans les filiations, il n’en est pas de même des filles. De ces deux filles, seule Georgette doit vous intéresser car, en 1923, elle épouse un peintre anglais de passage dans le pays, Harry Cline. Le mariage a dû être un peu précipité car sept mois plus tard ils auront trois enfants, un garçon, Ronald que j’appellerai Ronald 1 qui naît aussi en 1923, un an à peine après Maurice qui est donc son grand oncle. Ils partent vivre en Angleterre où Harry vient d’hériter d’un assez beau domaine. En 1940, naît le second enfant, une fille : Jane ; en 1942, la deuxième fille, Emily. Le colonel s’arrête, regarde au plafond comme pour y chercher une inspiration, puis semble interroger Peter du regard, enfin : — Vous me suivez encore ? Peter acquiesce… Bien, parce que c’est maintenant que tout va se compliquer un petit peu.

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22 mai 2012

La musique de variété

Les meilleurs souvenirs de mon enfance sont liés à la musique. Mais à une musique très particulière. Mon père avait en effet un gramophone Horn à manivelle acheté dès son retour de la guerre. C’était une machine qui m’imposait le respect avec son socle de chêne, son plateau tournant recouvert de feutre vert et surtout son gigantesque pavillon dont l’ouverture, vue de face, était une splendide marguerite aux pétales vert tendre. Mon père était fou de musique, surtout de variétés même s’il lui arrivait, assez rarement il faut dire, d’écouter de la musique classique ou, parfois, ce qu’il appelait sans intention méprisante, de la musique nègre. Mais ce qu’il aimait par dessus tout, c’était la chanson. Dès qu’il avait une minute, il tournait la manivelle de son gramophone — action qu’il fut longtemps le seul à avoir le droit d’accomplir — et surtout, posait avec une attention méticuleuse l’aiguille sur le shellac, cette gomme laque issue de la sécrétion d'une cochenille asiatique, puis, plus tard, sur la bakélite de ses si précieux disques. Lorsque, pour une raison ou une autre, il trouvait le moyen de « descendre » à Mende, chef-lieu du département, soit avec un paysan allant au marché ou à la foire, soit en marchant jusqu’au village de Rieutort-de-Randon puis en prenant l’autobus quotidien, soit en faisant du stop (solution alors très aléatoire) sur la départementale, mon père rendait systématiquement visite à son disquaire qui lui mettait de côté les « nouveautés ». Il revenait alors à la maison avec la joie d’un moine portant des saintes reliques et, pendant quelques jours, nous découvrions tous, ébahis, ces chants, ces chansons, ces musiques un peu grinçantes et craquantes qui nous semblaient le summum de l’art. La maison d’école résonnait alors des voix de Félix Mayol, Maurice Chevalier, Gaston Ouvrard, Jean Sablon, Rina Ketty, Berthe Silva, Suzy Solidor, et bien d’autres et, lorsqu’il faisait beau, c’était ainsi, en dehors des heures d’école, le village entier qui se transformait en salle de music-hall.

Tous ces premiers rouleaux, tous ces disques sont encore dans des cartons de mon grenier et, lorsque je me sens envahi d’une certaine nostalgie, je vais puiser dans leur collection et remonte la manivelle de ce merveilleux phonographe dont je me suis arrangé pour maintenir le fonctionnement tout au long des années car, tout comme ces chansons que j’aime encore, tout chez moi est hors d'âge aussi je m'émerveille tous les jours, grâce aux technologies nouvelles, de pouvoir encore intervenir hors de l'espace de ma chambre. Pourtant, ce que j’aime par dessus tout, c’est le son des chansons souligné par celui des aiguilles frottant sur la bakélite, c’est les ralentissements progressif du ressort qui m’oblige à tourner la manivelle, la qualité grinçante, approximative du son. Grâce à tout cela, je reste encore enfant, cet enfant qui obtenait à la maison comme récompense de choisir un disque et tourner la manivelle et qui, quand il allait à l’école avait, lors des quelques rares occasions où mon père acceptait, comme par exemple les veilles de vacances, de relâcher sa discipline, la lourde responsabilité, le privilège inouï, de faire écouter à la classe quelque disque soigneusement choisi par le maître, mon père.

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21 mai 2012

Fukushima (fragment 8)

…les reflets aboient, culbutes de nuages, morts, personne ne se soucie de l'absurde, l'œil est nauséabond, assurance, le courroux croule, les corps hurlent de courroux, l'espace est une tornade distante, la vague est un hasard, le monde est un œil terrifiant, les reflets se brisent, les rayonnements branlent, radioactivité, explosion, l'eau est un corps, la passion condamne le dogme, il pleut (un peu), l'homme s'enflamme dans la nuit, l'avenir supprime le soleil aimable du réel, l'œil s'active, un jour de vent coupant comme l'acier, le vent semble le réel rouge de l'ouragan, la torture ne pourrait vivre seule, un nuage se met à couvrir le soleil, l'œil vit comme une plante en s'emplissant de soleil, de lumière, typhon, temps poursuivent une partie de cache-cache, le soleil est l'univers morose de l'eau, les atomes démembrent le meurtre, l'orage se déchaîne, le temps est hurlement, dureté, la nuit est cruelle, l'œil est renfermé, la résistance détruit le neutron, rancunes, l'œil est l'atmosphère singulière de l'océan, gamine aux traits classiques, fantôme, l'espace menaçant du ciel oppressant enserre l'âme, l'univers est androgyne, le typhon est une réalité sympathique, le cyclone est maussade, le typhon pulvérise le réel pensif du monde, la nuit est un cri, le monde est un univers hypocrite, univers envahi d'étoiles, la tornade est révolutionnaire, la passion s'affirme, le haut-le-cœur broie la désespérance, les corps brûlent, nuages, les reflets s'approchent, la vague semble le temps étroit de l'univers, soleil de brouillard, les rayons se cassent, le sifflement brise le grondement, fusion, l'univers est un espace décousu, gamine joues trouées de fossettes, ombre, l'espace est tourment, l'océan est un univers difficile, des corps traversent l’espace, l'espace est bizarre, le réel s'accomplit, conflits, fissions, les rayonnements croulent, la réalité engloutie éclaire encore le bord des nuages, le soleil est un charivari de nuages, les rayons s'amassent, le monde s'angoisse sur lui-même, l'univers semble le réel dogmatique du temps, le vent se déchaîne, l'espace est une désespérance, le monde noir est une dérision, la nuit est un air furieux, l'obscurité progresse, les rayonnements changent la déflagration, revenants, le temps est mondain, grand ciel rouge, l'œil est le soleil agréable de l'océan, de lourds nuages blancs accourent de l'ouest en vitesse frôlant les villes qu'ils enveloppent par moments d'une brume blafarde, réactivité, l'explosion se brise, la vague paraît le temps brouillé du temps, facteurs de multiplication de l'atmosphère, la vague explose, vague bouleversante du réel, le monde élimine la résistance, l'orage se déchaîne, l'espace est la nuit jeune de la vague, enfant au visage hésitant, revenant, le ciel est neutre, le désespoir accepte la fermeté, la fermeté se contredit, le réel est une gangrène, accident, la réalité est une lèvre, l'atmosphère est amère, l'œil est l'eau magnifique de l'océan, l'absurdité immole le fourmillement, l'homme se broie dans le délire, la vague est irradiation, les radiations croulent, le ciel dissimule des menaces, l'espace est sans rides, les rayonnements s'affirment, l'œil est surprenant, soirée de la fin d'espace, le désarroi se bouche, jour où le froid est mordant, le soleil pâle, le ciel s'ouvre, noir, le futur se branle, les nuages noirs couvrent la ville, le temps se met en attente, l'assurance enflamme le ciel, apparition, matin vulgaire d'août, univers bien clair, l'œil est dague, les bruits acceptent, le futur gonfle, les rayons immolent le carnage, l'océan est vomissure, l'océan s'aligne sur lui-même, résistances, le péril se consume dans le hasard, l'océan est décombre, le futur s'annihile, le monde est une anxiété, les fantômes s'assassinent, les corps déchirent l'atome, la passion s'abandonne dans la réalité, les cadavres hurlent, apparent détachement des événements, le crépuscule s'angoisse, le spectre s'absente, les rayonnements se contredisent, l'espace est inoubliable, gamin aux joues lisses et, spectre, les rayonnements agrippent le noir, réactivité, destruction thermique, l'atome contredit l'ardeur, les cadavres démembrent la conviction, la grande lame de l'éclair tranche l'épaisseur du crépuscule, les revenants laminent l'homme, nuit éclatante, l'éclatement sait quelles images de lui il veut transmettre aux autres, nuit, l'horizon est inondé de clartés rouges, le fourmillement absorbe la plainte, il n'y a pas plus gris que le gris de ce ciel, la résistance accélère, l'espace est une divagation, l'œil s'aligne sur lui-même, l'assurance agonise, épouvante, les radiations agonisent, culbutes de nuages, pluie, enfant aux traits tirés, apparition, la grande lame de l'éclair tranche l'épaisseur de l'ombre, angoisse, la mort s'abîme, les nuages sont striés de rouge, l'océan est sombre, le neutron branle, de l'autre côté de la fenêtre suspendu un univers dur, matinée ensoleillée d'océan, Explosions, affrontements, l'adoration déchire la passion, le réel est bruit, l'espace est distant, l'eau est inattendue, nuage se met à couvrir le soleil, le ciel crache, résistances, l'atmosphère est un reproche, les corps crachent, fusions, toute connaissance est une interprétation, le ciel tremble de rouge, de noir, le réel s'apitoie sur lui-même, fusions, le désespoir s'angoisse, le sang s'angoisse dans l'éclatement, la vague bleue est une dérision, les atomes éliminent la conviction, la pénombre approche, l'océan est fin, la vague est une perte, univers limpide, le monde s'aligne sur lui-même, les plaintes crient le duel, crépuscule, enfant au visage comme un paysage, spectre, spectre à la peau d'ambre, fantôme, le monde s'angoisse sur lui-même, l'impolitesse se bouche, crépuscule bleu, ciel bleu-noir profond, l'œil est un calvaire, premières blancheurs incertaines de la journée, le ciel s'allonge sur lui-même, nuage qui traîne à ras de terre, accroche quelques arbres, la répulsion désarticule l'amour, le crépuscule asphyxie l'œil, gamine au grand visage paralysé, long, ombre, les accidents des hommes dépendent des messages de leurs sens, le rayonnement irradie l'enfant, la mort s'accepte, la vague s'allonge sur elle-même, le monde se cherche dans le monde, cieux, le monde est hurlement, les rayons s'agrandissent, l'air est frayeur, le crépuscule accable l'autorité, gamines, le hasard aime le sport mais supporte la lecture, le ciel travestit des menaces, il fait obscur, la réalité crée l’anxiété, l'espace se couche rouge feu dans un poudroiement de cendres, le monde est un sort, l'homme extermine le revenant, l'espace est irradiation, absurdités, l'air est une irritation, le soleil lance dans les nuages de grands jets de sang, matin d'une clarté inoubliable, à l'aube d'un jour inquiétant, culbutes de nuages, la vague s'angoisse sur elle-même, les bruits s'annihilent, matinée de pluie, le jour est comble de nuit, l'ennui s'affirme dans l'explosion, les ombres brûlent, explosion, les fantômes craquent, l'air s'amasse sur lui-même, les atomes contemplent le rayonnement, la nuit est remarquable, le soupir désespère l'assurance, le soleil est lourd, facteurs de transmission, enfant aux traits classiques, revenant, facteurs de transmission, les corps transforment le temps, l'élimination crache, le hasard s'accepte dans l'autorité, le soleil est feulement, les atomes se cachent, la nuit est marquée, le monde s'allonge sur lui-même, l'atmosphère s'attriste sur elle-même, le soleil s'attriste sur lui-même, journée sans un nuage, dure comme de l'émail, l'œil est souverain, journée froide, grise, le sang assassine, les radiations suppriment la nuit, les radiations condamnent l'irradiation, matin très éclatant de novembre, la transparence se brise dans le sang, le ciel tremble de rouge, de noir, femme à la belle figure figée, fantôme, surgénération, fillette à la peau blonde, apparition, violence, le soleil est couperosé, le ciel est risque, réel vide d'étoiles, l'œil est irritation, le soleil s'angoisse sur lui-même, le ciel est mauvais, journée de vent coupant comme l'acier, l'assurance regarde la morale comme une fable utile seulement aux personnes de rang inférieur, apparition joues trouées de fossettes, revenant, homme, l'atome désespère l'œil, la nuit est assassine, toute existence est remise en question, la vie craque, crépuscule bleu, tombée de nuit, ciel bleu-noir profond, enfant à la peau couperosée, spectre, fillette à la peau chargée de taches de pigmentation, spectre, soirée d'orage, enfant au visage comme un paysage, revenant, il pleut, pendant que des éclairs zèbrent l'horizon, la passion s'enflamme, le hasard branle, les rayons se cassent, l'océan explose, les plaintes noient l'hostilité, l'espace est morsure, le spectre n'agit pas il est agi, un nuage couvre le soleil, le rayonnement s'apitoie dans le vacarme, chaleur lourde, étouffante, les reflets condamnent l'enfant…

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19 mai 2012

Désir d'amour (lyric n ° 167006 de CMKK)

Par une journée de brouillard
Le souvenir est un chien
Qui se couche où il le désire
Est un refrain répété sans fin
N'est pas un être glauque
Alice a peur des cormorans

La soif d’amour est une bête

La grande lame de l'éclair
Tranche l'épaisseur de la nuit
La lumière est irréelle
Rien ne bouge
Un jour de mars 94 le teckel
De la voisine d'Alice
Sauta par une fenêtre d'un troisième étage
Ce qu'elle aime
C'est le choc de l'inattendu
L'inconnu soudain aperçu
Et qui ne se présentera peut-être jamais plus

La soif d’amour est une bête capricieuse

Moi le rocker je parle d'une voix basse et lente
Plus tard quand Alice sut lire
Elle fut abruptement intriguée par la locution "my friend"
Je me veux en paix avec ma conscience
Des yeux sans expression

La tentation d‘amour est une bête

Entendre, en octobre 78, dire, "chromatic pool"
A changé son existence
Alice entretient quelques relations amoureuses
Avec quelques groupies
Qui viennent nous voir sous prétexte d'autographes
Elle n'aime pas en moi ce fort penchant à m'effacer
Devant ce que je ne peux dire
Moi le rocker j'attends du réel
Ce qu’elle n'a jamais attendu

Whoa, whoa (ouais) la fête devient cool (5 fois)

L'envie d’amour est une bête capricieuse

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18 mai 2012

Comment finissent les lettres anonymes

Si Évelyne fait parfois preuve d’astuce dans son pragmatisme, elle ne brille ni par l’intelligence ni par l’esprit d’initiative. Son choix d’une carrière de fonctionnaire —même si c’était dans la police— lui a davantage été dicté par le besoin d’une situation stable que par un désir d’aventure. En cela, contrôler les ceintures de sécurité des automobilistes tranquilles sortant de leur garage, relever les taux d’alcoolémie à la sortie des boîtes de nuit, ou planquer un radar à la sortie d’un virage au bas d’une descente —toutes tâches certes utiles quoiqu’un peu viciées et vicieuses mais sans grand risque— lui convient bien mieux que poursuivre un truand ou s’impliquer dans une enquête difficile. Par dessus tout, elle apprécie de faire le planton au chaud dans le commissariat. Aussi, cette histoire de lettres commence à lui pourrir la vie car, non seulement elle lui donne un vague sentiment de culpabilité, mais surtout  il lui faut prendre une décision.

Elle ferme son livre, va boire un mauvais café au distributeur automatique placé dans un coin d’un couloir, et prend enfin sa décision: personne n’ayant su ce qu’était devenue la première lettre et cette ignorance ayant été sans incidences, elle va faire comme si ce message n’avait jamais existé. Mais, auparavant, elle va prendre ses précautions: elle demande à un de ses collègues de la remplacer quelque secondes, se réfugie dans les toilettes, met ses gants de service, ouvre l’enveloppe qu’elle déchire en multiples petits fragments qu’elle jette dans les toilettes. Puis, et lit la seconde lettre:

«Je m’ennuie encore. Toujours trop. Malgré mon argent, je m’emmerde. Mais personne ne bouge ni ne veut jouer avec moi… aussi, j’insiste, je viens de tuer quelqu’un d’autre, vous trouverez son corps dans la grotte d’Arnette, parcelle 242 de la forêt…»

Evelyne replie la lettre, la déchire à son tour dans la cuvette des wc, tire la chasse d’eau et sort des toilettes se disant que c’était une bonne chose faite.

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17 mai 2012

Message de Denys l'Aéropagite

— LXXVI —


Sion, lundi 28/12/2015, 23:43:33

Les adeptes sont réunis dans une grande salle voûtée aux murs blancs rythmés par cinq vitraux obscurs. Yeux fermés, assis sur le sol dans la position bouddhique du lotus, ils psalmodient très lentement un texte aux consonances étranges puis, soudain, s’arrêtent, s’abîment dans un silence si profond qu’il semble proscrire même la respiration. Ils attendent. D’un des vitraux provient une voix, grave, profonde, mais musicale. En même temps, au cœur du vitrail central, une lumière naît, grandit jusqu’à blesser l’œil nu. Elle force les paupières closes, interdit d’ouvrir les yeux. Au plus fort de l’éblouissement, émergeant de la lumière, la voix de Denys l’Aéropagite. Très lointaine… Puis plus proche, lente, profonde, si grave qu’elle paraît provenir d’un autre monde. Dans une très légère réverbération d’écho, elle reste extérieure à la salle, détachant toutes les syllabes, parle d’un point irréel indéterminable, occupe la totalité des espaces :

“Mes frè-res, grâ-ce à Dieu, grâ-ce à vos pri-è-res ac-ti-ves, j’ai ré-a-li-sé la Gran-de U-ni-fi-ca-ti-on. L’ê-tre in-di-vi-du-é que je fus n’est plus. Le moi que j’ai re-vê-tu un temps n’a plus d’ex-is-ten-ce. Di-ssout dans l’U-ni-té lu-mi-neu-se de l’Ê-tre, il est mé-di-a-tion en-tre Dieu et ses cré-a-tu-res. Co-mme tous les sa-ges qui m’ont pré-cé-dé, par-ce que je ne su-is plus, je su-is Lu-i, je su-is Vous. Dans la gran-de com-mu-ni-on des â-mes pu-res, je su-is de l’En-tre-deux fu-si-on u-ni-ver-sel-le de l’In-tel-lect A-gent… Cet-te voix, que vous cro-yez mi-en-ne, n’est dé-jà plus ma voix mais cel-le co-llec-ti-ve de l’In-tel-lect ay-ant pro-vi-soi-re-ment re-vê-tu for-me hu-mai-ne. Je su-is de l’Ê-tre et du Non-Ê-tre, Vous et l’É-ter-nel. Vous du pa-ssé, Vous du pré-sent et Vous du fu-tur. Nous som-mes Vous… Toute vé-ri-té n’est pas ex-po-sa-ble, ni su-scep-ti-ble d’ê-tre mon-trée clai-re-ment : les clés des cœurs sont dans les mains de Di-eu ! Ay-ez con-fi-ance dans les Maî-tres qui vous pré-cè-dent sur les rou-tes de la Lu-mi-ère.”

La voix marque une assez longue pause, comme si elle devait reprendre son souffle ou chercher au plus profond de sa pensée des expressions rigoureuses :

“Je su-is. Et je su-is dis-pa-ru. Ma tâ-che ter-res-tre est ac-com-plie, mais le Grand Œu-vre, que vous de-vez pour-sui-vre, res-te à me-ner à bi-en. Nous a-vons cré-é sur la ter-re un pu-is-sant ré-seau de pri-è-re et de mi-se en sy-ner-gie des in-tel-lects a-gents. Il faut que son a-ccroi-sse-ment se pour-suive jus-qu’à ce que l’hu-ma-ni-té enti-ère y par-ti-ci-pe. A-lors, seu-le-ment a-lors, el-le se-ra sau-vée, pou-rra — dans sa glo-ba-li-té — pré-ten-dre à l’U-ni-fi-ca-ti-on.

Vous le sa-vez, des for-ces con-trai-res s’y o-ppo-sent que nous de-vons com-ba-ttre. Mal-gré la mul-ti-pli-ca-tion de nos ra-mi-fi-ca-tions, no-tre tâ-che ter-res-tre n’est pas ter-mi-née. Je dois trans-met-tre le scep-tre. Ou-vrez les yeux, mes frè-res, voi-ci vo-tre nou-veau Grand Maî-tre. À Dieu !… Pri-ez !”

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15 mai 2012

Atmosphère villageoise

Avant d'aborder enfin le sujet véritable de ces écrits — l'histoire de ma vie — me reste à poser quelques fragments de décor, qui ne sont pas sans importance pour la suite, mais que je donne ici en désordre. Après tout, aucune loi n’oblige un récit à être rationnel et linéaire.

La Roche n’était pas le village idéal que mes descriptions antérieures pourraient laisser croire : haines, jalousies, querelles, rivalités, rancœurs, inimitiés, rancunes, aigreurs, ressentiments, bassesses… toute la panoplie des sentiments négatifs humains se développaient dans ce microcosme comme virus dans des cultures cellulaires in vitro. Sous ses apparences paisibles et même parfois harmonieuses, le village était un bouillon de culture dans lequel j’ai baigné dès l’enfance et où mon esprit s’est lentement immunisé contre les mesquineries humaines. Même si, jusqu’à l’âge de 11 ans, vivant dans une liberté presque totale, j’étais un petit sauvageon des campagnes, ne s’intéressant en rien à ses rivalités, souvent minuscules, qui clivaient la vie quotidiene. Dans l’école de mon père, j’avais, comme compagnon de mon âge une fille, Marie Champbreton, et André Bouviala, un garçon d’un an plus âgé que moi. Dans une école à classe unique, les classes sont des notions souples et, tous les trois, depuis le cours préparatoire, nous nous considérions comme du même niveau si toutefois ce terme pouvait avoir un sens dans un tel contexte. Nous vivions notre vie dans la société des enfants qui ne reflétait, dans son miroir déformant, que très partiellement, très occasionnellement les querelles, ou même les guérillas des adultes. Je n’ai ainsi jamais accordé le moindre intérêts aux petits ragots, qui des années plus tard, portaient sur le mariage de mes parents.

Lors de quelques unes de ces longues soirées d’hiver où le village semblait étouffé par le silence et la neige, où chaque maison se trouvait résumée dans l’éclairage falot d’une fenêtre, mes parents m’ont en effet souvent parlé des circonstances de leur mariage et de cette réputation « d’obligation » calendaire qui e aurait été à l’origine. Quant au mariage lui-même, en ayant vécu deux autres dans le village, je peux sans peine m’imaginer ce qu’il fut.

Le fait qu’il soit instituteur, c’est-à-dire qu’il ait un métier stable, socialement reconnu et doté alors d’un certain prestige, le fait aussi — inavouable — que Marguerite était enceinte aida à passer un peu sur le manque de pratique religieuse de mon père. Comme toujours, dans ces cas là, on transigea. Mon père accepta un mariage religieux. Après tout, un libre penseur pouvait comprendre les besoins archaïques et superstitieux des paysans dont il devait éduquer les enfants. Il feint pour la forme, me dit-il, de résister un peu puis céda. Marguerite et lui se marieraient le samedi 23 juillet. On ne pouvait quand même pas se marier le 16, deux jours après la Fête Nationale qui se fêtait au chef lieu de la commune.

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14 mai 2012

Un piège

Vous vous impatientez… Faut-il vous rappeler les lois de Tamerlan: «Après examen des actes nécessaires, accomplis-les avec volonté, patience, persévérance, prudence, vigilance et énergie: et cela suffit»? Il faut du temps pour que les choses se mettent en place… Ce séjour «amoureux» de Stanislas en Ouzbékistan, en avril 1982, a été, de son propre aveu, déterminant et si je n’en dis pas les contours, la suite du récit ne peut être qu’incompréhensible: soyez patients avant de vous permettre de l’impatience…

Les choses allant comme elles doivent, Zita devait repartir pour la Roumanie, Stanislas pour la France. L’avant-veille de leur séparation, elle lui demanda de lui rendre un service: une des autres femmes de la délégation dont il n’a jamais su le nom et dont il se souvient seulement que le prénom roumain signifiait «Prudence» — car, avec le recul du temps, il voyait dans ce fait comme une ironie du destin — avait de la famille en Europe, la famille d’un oncle ou d’un cousin, il ne se souvient plus très bien où, Espagne, Italie ou Portugal. Il y avait des années qu’elle n’avait pas pu avoir de contact avec eux et elle aurait aimé leur faire parvenir des nouvelles. Un soir, Zita la présenta discrètement à Stanislas. Cette Prudence lui remit alors un petit colis guère plus grand qu’un livre lui disant qu’il contenait des lettres et des photos. Par précaution il ne portait aucune adresse mais, pour cela, elle lui remit une carte postale du souk aux bonnets adressée à cette même famille. Stanislas accepta… Pour le remercier, elle lui offrit une petite peinture sous-verre: Saint-Georges terrassant le dragon…

Il devait prendre l’avion le lendemain du départ de la délégation roumaine. Comme d’habitude, accompagné d’un de ses cousins, il eut droit à la salle d’attente réservée aux personnalités mais alors que pour ses autres voyages personne ne lui demandait rien, cette fois-ci, la douane voulut fouiller ses bagages. Dans les fictions l’enchaînement des événements est souvent prévisible aussi, comme vous vous en doutez certainement déjà, le douanier trouva le paquet, demanda à Stanislas de l’ouvrir. Stanislas était un peu ennuyé mais, n’ayant pas le choix et pensant qu’il n’y avait là rien de bien grave, il le fit. Ce n’étaient pas des lettres… Ou plutôt, enveloppés dans une couche de lettres, il y avait plusieurs liasses de billets de cent dollars américains et, bien qu’il n’ait jamais eu le loisir de vérifier, à première vue, cela représentait une somme importante. Vous devinez la suite: Stanislas se retrouva en prison. Bien qu’il eut droit, privilège inestimable, à une cellule pour lui tout seul, les geôles ouzbeks ne sont pas des palaces, complètement isolé, coupé de sa famille et du monde, il y resta huit jours avant de recevoir la moindre visite et de savoir ce qui allait se passer.

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13 mai 2012

Peter et le colonel

— L’histoire que je veux d’abord vous raconter est complexe, presque incroyable, mais elle est véridique. C’est l’histoire d’une vie personnelle qui, comme les poupées russes, se trouve enfermée au cœur d’histoires qui la dépassent de plus en plus. Le petit homme, s’interrompt, tient sa tasse de thé enfermée dans la coupe de ses deux mains, il contemple le liquide fumant puis lève les yeux sur Peter. Un temps, il laisse peser le silence, reprend : si toute histoire a un début, il est parfois bien difficile de savoir quel est le début du début car celle que je veux vous raconter tresse de multiples fils avec ceux de ce que l’on appelle généralement l’Histoire. Il s’interrompt encore. Peter est un peu agacé par ce ton pontifiant et ces banalités préliminaires : — allez à l’essentiel, épargnez-moi vos petites considérations pseudo-philosophiques… — Bien. Le colonel semble hésitant, surpris par l’agressivité de Peter Peterson, un peu vexé même. Il boit lentement une gorgée de thé, fixe le regard de Peter, semble se demander s’il doit continuer, s’il est bien en face du bon interlocuteur. Les touristes à l’accent argentins se lèvent dans un grand brouhaha, quittent leur table, s’en vont. Un serveur s’approche, parle en vietnamien, le colonel ne dit rien, le chasse d’un geste de sa main droite, le garçon s’en va après s’être légèrement incliné. Ils sont, maintenant seuls dans la grande salle. — je vais commencer en 1920, plus exactement en 1923, année où une jeune paysanne, dans un petit village de France, Rieutort-de-Randon, pour être plus précis, un village perdu de votre département de la Lozère… Peter l’interrompt : — Je ne suis pas complètement français comme vous le savez sans doute et ne me sens en rien propriétaire de la France. — Oui, pardon, en effet… — D’autre part, j’ai l’impression que vous me prenez pour un autre. Le colonel, intrigué, regarde Peter : — Je crois que vous me confondez avec un de mes amis dont la profession est d’organiser des festivals. Comme je voyage beaucoup, parle plusieurs langues, et m’intéresse à la poésie, il m’est arrivé de l’aider mais je ne suis qu’un amateur. J’en écris aussi ou, plus exactement je réalise à l’occasion des performances qui ne me permettent pas de vivre. Le colonel l’interrompt : — Je sais tout ça, Maurice Roman m’a beaucoup parlé de vous… mais, s’il vous plaît, laissez-moi vous raconter mon histoire, je pense qu’elle vous plaira. — Ok, allons-y, mais faites vite. Un instant s’il vous plaît. Le serveur traverse la salle, Peter lui fait signe, l’homme approche : — Qu’avez-vous comme whisky ? — Johny Walker, dans sa bouche, les r s’effacent, Lagavullin, Glen Turner, Oban… — Un lagavullin s’il vous plaît, sec, et s’adressant au colonel : vous désirez quelque chose ? — Non merci. Le garçon s’éloigne.

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