Écrits de Marc Hodges

19 janvier 2017

Un amour de campagne

Je n’ai jamais été marié. et je crains n’avoir connu en amour plus de déceptions que de satisfactions et trop inquiet de l’avenir, je n’ai jamais voulu avoir d’enfant, pourtant ma vie sentimentale et amoureuse a été riche, plusieurs fois j’ai aimé et j’ai été aime. Mon premier amour sérieux, sûrement construit sur le désœuvrement, la solitude et le vide intellectuel absolu de La Roche fut celui que j’éprouvais pour Sophie l’institutrice du village. Tout nous poussait l’un vers l’autre t, chaque jour, il me tardait que l’école ferme pour que je puisse la rejoindre. Elle était jeune, fraiche d’esprit et de pensée et semblait m’admirer pour la culture que je possédais et qu’elle ne possédait pas. Le fait que j’écrivais surtout, celui que j’avais déjà été publié ici ou là, agissait sur elle comme un puissant attracteur. Nous flirtions, un peu, nous embrassions assez souvent, nous caressions longuement mais le village, la réputation qu’elle se devait d’y tenir — et pour cela sa formation d’institutrice ne jouait pas un rôle négligeable — l’empêchait de pousser plus loin ces jeux érotiques qui sont le piment indispensable de l’amour. Le village nous surveillait comme d’ailleurs chacun surveillait chacun. Impossible de cacher mes nombreuses visites à cette maîtresse qui n’était pas la mienne et nos promenades dans la campagne du dimanche n’échappait jamais à l’œil de l’un ou de l’autre. Dans cette surveillance générale, l’apport des élèves de l’école n’était pas des moindres car nous savions qu’ils étaient partout et n’hésitaient pas à rapporter à leurs parents les moindres de nos faits et gestes. Même les murs de l’école ne nous protégeaient pas car nous avions surpris plusieurs fois des enfants montés sur les arbres proches pour essayer de voir ce qui se passait à l’intérieur. Quand nous en reconnaissions un — mais ils avaient l’art de se dissimuler dans les feuillages et même sur les branchages nus de l’hiver — Sophie le convoquait pour lui faire gentiment la leçon lui parlant de mots qu’il ne pouvait comprendre comme intimité, vie privée ou discrétion tant la vie au village se déroulait sans cesse sous les regards de tous. Sa situation ne lui permettait aucun scandale. Bien plus, comme toutes les jeunes institutrices célibataires de ces campagnes isolés, la seule sortie qu’elle pouvait espérer était un mariage, au mieux avec un homme de la ville la plus proche, ce qui lui permettrait d’envisager après quelques années de purgatoire, d’obtenir enfin une nomination dans cette ville, le plus souvent avec un jeune paysan du village ou de ses environs qui l’installerait à demeure dans son école où elle pourrait jouer un vrai rôle social. Même si tout cela n’était pas conscient dans l’esprit de Sophie, elle sentait bien que notre relation ne pouvait se terminer que par un mariage ou par une séparation qui la laisserait vierge. Comme on s’en doute je me trouvait ainsi dans un dilemme plutôt douloureux : ou j’épousais — mais il n’en était pas question — ou je continuais à vivre dans une permanente frustration sexuelle. Cependant je n’avais personne d’autre avec qui je pouvais vraiment discuter et en la présence de qui j’éprouvais une certaine satisfaction intellectuelle. Je cherchai ainsi une solution qui pût me tirer de cette lutte avec honneur à mes propres yeux. Mais il faut beaucoup trop d’énergie pour vivre, résister à toutes les contrariétés, épreuves, contretemps, déceptions, difficultés, imprévus, obstacles… qui sont la matière de la vie même. Je ne suis pas sûr d’avoir eu vraiment le désir de me battre. Faute de possibilité d’actions, notre « amour » se jouait ainsi en mots, comme une autre forme de littérature dont je n’étais pas vraiment dupe.

Posté par hodges à 17:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


16 janvier 2017

Infanticide

Par Teutberge Orbison

Qui connaît ne parle pas : qui parle, ne connaît pas encore et encore Ils travaillent, mais ne produisent pas. Parfois il sait les expérimenter ensemble ; Heureux qui les sait respecter comme elles méritent de l’être! Plus heureux qui porte en son cœur celles d’un heureux naturel ! Il est bien facile de voir que je veux parler des vertus ; leur noblesse et leur excellence sont l’objet de tout ce discours ; mais j’ai cru qu’il fallait d’abord établir une règle sûre pour les bien distinguer du vice ; une vertu médiocre ne perd pas la vertu. C'est ainsi qu'est la vertu volupteuse difficile ; de ces deux sentiments unis, c’est-à-dire celui de nos forces et celui de notre misère, naissent les plus grandes passions ; parce que le sentiment de nos misères nous pousse à sortir de nous-mêmes, et que le sentiment de nos ressources nous y encourage et nous porte par l’espérance ; c'est un avantage qui a manqué souvent aux hommes les plus éclairés, qui demande un esprit facile, l’usage des affaires, et, selon les différentes occurrences, divers avantages de la mémoire, cette liberté de cœur qui nous rend attentifs à tout ce qui se passe, et nous tient en état de profiter de tout... être en paix, c'est se conformer. La stérilité des esprits vifs dont les organes sont bien disposés, vient de ce qu’ils manquent de force pour suivre une idée, ou de ce qu’ils sont sans passions ; car les passions fertilisent l’esprit sur les choses qui leur sont propres, et cela pourrait expliquer de certaines bizarreries un esprit vif dans la conversation, qui s’éteint dans le cabinet ; un génie perçant dans l’intrigue, qui s’appesantit dans les sciences, etc qu'importe chaque chose en son temps... De sa légèreté ailée cette âme communique quelque chose au corps qu’elle anime : l’immatérialité qui passe ainsi dans la matière est ce qu’on appelle la grâce ; le rire accomplit sans cesse un travail de ce genre ; alors comme il y a des degrés et des parties différentes dans l’esprit, il y en a de même dans le goût. Aussi celui qui agit ainsi est plus fort que les armées. Que les hommes aspirent à la réunion, mais n'aient pas de désirs..... Que faire?... Tout avait tourné contre moi. Carmen ne devait avoir de nombreux amants (dont Élysée) que beaucoup plus tard, après avoir épousé un ami d’enfance celui que j’ai nommé Modoin qui lui assura un train de vie plus que confortable... On se défend difficilement de croire ce qu'on désire avec tant d'ardeur, et qui peut douter que l'intérêt d'admettre ou rejeter les jugements de l'autre vie ne détermine la loi de la plupart des hommes sur leur espérance ou leur crainte ? Tout ça pouvait fasciner mon jugement, j'en conviens, mais non pas altérer ma bonne foi. Je vous épargnerai d’autres textes de ce genre. Alors il faut qu'il appelle l'industrie, la peine et le travail au secours de ses misères ; il fouille les entrailles de la terre, il va chercher dans son centre aux risques de sa vie et aux dépens de sa santé des biens imaginaires à la place des biens réels qu'elle lui offrait d'elle-même quand il savait en jouir. Mes yeux glissent de l’un à l’autre, se perdent dans cette multitude d’objets inutiles. Leur tort n'a donc pas été de m'écarter de la société comme un membre inutile, mais de m'en proscrire comme un membre pernicieux : car j'ai très peu fait de bien, je l'avoue, mais pour du mal, il n'en est entré dans ma volonté de ma vie, et je doute qu'il y a it aucun homme au monde qui en ait réellement moins fait que moi... Si Irminon individu que je ne connais pas. Laissons donc faire les hommes et la destinée ; apprenons à souffrir sans murmure ; tout doit à la fin rentrer dans l'ordre, et mon tour viendra tôt ou tard... Ma mère alors eut un sursaut comme si on l'avait poignardée... Le latin et surtout le grec, n'y consacre pas trop de temps... Elle n'ignorait pas que les regards masculins la suivaient sur son passage, portait dans le regard ce trait différent et momentané qui traçait dans ses prunelles comme le sillon d’une fêlure et qui provenait d’une pensée que quelques paroles à leur insu avaient agité en elle, elle était très fine, très élancée, semblait parfaitement à l’aise dans cette station balnéaire qui aurait pu être conçue pour elle... Dix-huit ou vingt ans peut-être, cette bohémienne, un peu plus âgée que moi qui n'en avais que seize. Pas de souvenirs; des reconstructions: toute vie est une fiction où tout événement trouve sa perspective et se remet en place ; passe pour me voler, mais m’écorcher tout vif ; que j'ai froid... Un élève, connu par la vigueur de son bras, a ses flatteurs aussi ; mais que de dévouement, d’attachement, d’amitiés sans restrictions et surtout sans arrière-pensée..

Posté par hodges à 17:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

11 janvier 2017

je n’ai plus guère de conversation

Quand je me regarde dans une glace et que — un peu incrédule — je vois le visage ravagé d’un vieil homme au regard perçant creusé sous d’épais sourcils blancs, aux rides profondes au-dessus d’une barbe blanche qui le font se rapprocher lentement des cercopithèques neglectus, je ne peux m’empêcher de revoir le visage poupin du garçonnet sourient assis sur la brouette blanche dont je me souviens même si je ne sais plus où elle était ou celui du jeune homme séduisant dans son costume prince de Galles…

Parvenu au niveau du grand âge qui est aujourd’hui le mien, qu' avec moi-même et, presque prisonnier de la grande maison que j’occupe dans ce petit village de Montolieu où je sui arrivé presque par hasard, Ne me reste guère comme commerce humain que par le truchement de cette boîte à technologies que l’on appelle la télévision et qui n’est apparu qu’au milieu de ma vie. J’y trouve de plus en plus le pire et de moins en moins le meilleur en dépit de ses possibilités immenses et des espoirs culturels qu’elle avait éveillé à ses origines. Je ne suis plus, je me souviens. Chacun a en effet sa propre mesure du temps dépendant de son âge, du lieu où il est né, de celui où il vit, de la manière dont il se déplace, donc de ses rapports à la vie. Mon temps est devenu lenteur. Bien que je sais que je vieillis, j’ai de plus en plus l’impression de faire du surplace : mon temps n’avance pas. Car la notion de temps dépend très fortement de l’usage que l’on en fait. Étrangement même, mon temps va en arrière, car il n’est plus guère que celui du souvenir et je n’ai plus guère qu’à reprendre tous mes souvenirs pour emporter dans la tombe une vie en ordre. Car une fois que nous savons une chose, nous ne pouvons plus ne plus jamais la savoir. Une fois que nous avons fait une action, nous ne pouvons plus jamais ne pas l’avoir accomplie. Nous ne pouvons que l’oublier. Elle marquera notre temps aussi longtemps que nous l’aurons en mémoire. Entre mes propres souvenirs de ce qui fut ma vie réelle, ce qu’en rapportent les cahiers journaliers de mon père, mon autobiographie et mon autobiographie fantasmée, j’avoue pourtant que je ne m’y retrouve plus réellement tant les unes et les autres s’enchevêtrent et s’inventent. Sans cesse je réexamine des instants de ma vie sans jamais savoir avec certitude s’ils ont eu lieu ou si je les ai rêvés. Mais c’est peut-être ce mélange étrange de réel et d’imaginaire, mais d’un imaginaire vécu comme réel, qui maintient mon esprit en éveil et fait que je peux vivre encore un peu car je crois que si cette construction interne de ma vie devait cesser, je ne saurais pas trouver dans cette profonde bonace qui fait mon quotidien de quoi faire mouvoir les voiles de mon cerveau. La vie purement intérieure de l’écrivain n’intéresse personne, pas même l’écrivain lui-même. Il faut au feu l’apport de combustibles extérieurs pour que la flamme s’entretienne. Et même si je m’efforce de vivre dans le présent, toute occasion, une image, un échange, une impression, me rejette douloureusement dans mon passé ; quant au futur, ce ne peut désormais être pour moi qu’un présent plus ou moins long or la fin du désir, c’est la mort. Le secret serait peut-être de m’empêcher de penser, vivre sans penser ce que je vis, me mettre au niveau du rat si ce n’est celui trop végétatif du concombre. Ne jamais se poser de question ni sur l’avant ni sur l’après. Être… être discipline : lever telle heure, écrire une heure, déjeuner toujours de la même façon (thé vert, trois confitures…), marcher un peu, etc, faire de mon espace un ruban de Möbius… Généralement ça tient, mais écrire et marcher sont de redoutables embrayeurs de pensée qui, à tout moment, font craquer le corset disciplinaire. Alors l’esprit s’égare…

Posté par hodges à 13:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

04 janvier 2017

Maurice Roman

Je dois ici avouer en partie mon échec, je ne trouve pas assez de temps, comme mes quelques lecteurs ont pu le constater, à poursuivre l'entreprise que m'avait confié mon défunt ami Maurice Roman : mettre en forme son projet de roman "Ma vie ne regarde que moi, dont les textes sont publiés ici sous la catégorie Maurice Roman. Aussi, j'ai décidé de publeir les notes sur lesquelle je m'appuie, ce qui ne m'empêchera pas de poursuivre le travail d'écriture quand j'en aurai le temps. En voici une première livraison :

***

Une fois que nous savons une chose, nous ne pouvons plus ne plus jamais la savoir. Nous ne pouvons que l’oublier. Elle marquera notre temps aussi longtemps que nous l’aurons en mémoire.

***

Le résistant du même âge hébergé une nuit de tourmente.

Chacun a sa propre mesure du temps dépendant du lieu où il est né, de la manière dont il se déplace, donc de ses rapports à la vie.

***

Je cherchai enfin un raisonnement qui pût me tirer de cette lutte avec honneur à mes propres yeux

***

La vie intérieure de l’écrivain n’intéresse personne.

***

Reprendre tous ses souvenirs pour emporter dans la tombe une vie en ordre.

***

Entre mes souvenirs de ma vie réelle, ce qu’en rapportent les cahiers journaliers de mon père, mon autobiograhie et mon autobiographie fantasmée, j’avoue que je ne m’y retrouve plus réellement tant les unes et les autres s’enchevêtrent et s’inventent.

***

Il y a en moi une timidité terrible qui complique les situations sociales, même les plus simple.

***

Une partie de pêche avec le grand-père (vrai ou faux ?), cf Mo Yan p. 131

***

J’aime les récits qui ne s’achèvent pas, refuser cette trajectoire inéluctable du temps dans laquelle l’homme est englué, rester dans une suspension de la lecture.

***

1929 : rester ou partir ?

***

Toute ma vie j’ai pensé à la mort comme un drame mais avec une certaine dose d’inéluctabilité devant la facilité avec laquelle les proches, les plus amoureux, continuent à vivre comme si de rien n’était.

 

Posté par hodges à 09:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

28 décembre 2016

Idéal d’un kynésithérapeuthe

Par Kim Doobie

Marion était aussi prudente que perfide. Zamzama, voyant leur émotion, s’excusa de ne pouvoir rester plus longtemps en leur aimable compagnie, et il s’éloigna en souriant d’une façon mystérieuse.

— Tenez, mes amis, allons droit au but ; Hincmar cria Cindy, je croyons que môsieu et Marion étiont mâlades ; l'apathie et l'imagination devaient régner sous les lambris de ce petit palais entouré d’un vaste jardin d’où montait l’haleine parfumée des glaïeuls les plus rares. Nous sommes à la fin d’août 1690 ;

— Aimez-vous cette liqueur ? énonça Hincmar. Les nouveaux époux filent maintenant le parfait amour... Mais, au lieu de suivre les conseils que la raison, la foi, le patriotisme et même la prudence lui avaient inspiré de me donner, je me moquai de ce que j’appelais de sots scrupules, et je m’élançai dans une voie où les obstacles me semblaient faciles à renverser. Le septième jour, après une accalmie de deux heures, un tourbillon de vent impétueux s’éleva tout d’un coup et désempara le Métis qui sombra corps et biens, à l’exception de trois hommes qui réussirent à se cramponner à une chaloupe... Mais attendons les développements, mon chéri... Rugit-elle, vous êtes seul. On entend dire ici que l'Australie est le pays de la liberté... Deux certitudes le réconfortent : celle que sa femme lui garde toute son affection, et celle de posséder la confiance de Carmen. Alboin accueillit Hincmar avec empressement, car il lui était chaleureusement recommandé par Rothrude, de Duurstede.

— je veux qu’il soit employé à Vaucouleurs avec des gages qui lui permettent de vivre ; dans un mouvement de promptitude, Kafran avait jeté cette lettre au feu ; aussi Dieu, Marion et le monde les avaient sans doute pardonnés et oubliés... Le poids de l’exil pesait sur eux comme un manteau de plomb ; il est 7 heures. Le chariot paraît plein : pizzas, pâtes, pinard, pernod, chips, etc. Je crois à une autre vie fermement ; mais j’y crois, non seulement pour l’homme mon semblable, mais encore pour l’animal qui a aussi son intelligence (et chez certains animaux l’intelligence est supérieure à celle de certains hommes). Quand dans le milieu du mois de septembre, je rencontrai Gibrien sur le boulevard, Hincmar sortait aussi d'Abbéville-la-Rivière depuis peu ; mais je ne m’attendais pas à le rencontrer : Hincmar venait d’être gracié ; tant que cet état dure celui qui s'y trouve peut s'appeler heureux, non d'un conflit imparfait, pauvre et relatif, tel que celui qu'on trouve dans les plaisirs du réel, mais d'un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente le besoin de remplir... ça la fatiguerait, tu comprends, parce qu'elle n'a plus de poumons, sa poitrine est vide. Dans toute l'Asie on vous loge gratuitement ; je comprends qu'on n'y trouve pas si bien toutes ses aises. Il m'a fallu attendre la page 45 de son manuscrit pour comprendre ; cet accident me fut pourtant bien sensible par la circonstance, car c'était le temps des exercices où l'on faisait manoeuvrer la bourgeoisie, et nous avions fait un rang de trois autres enfants de mon âge avec lesquels je devais en uniforme faire l'exercice avec la compagnie de mon quartier ; S’il est vrai que les choses s’amassent, ce n’est jamais sous la forme de souvenirs. Pour compliquer les difficultés de ses débuts, monsieur Souris, mon depuis toujours même chat que je n'avais cessé d'adorer), se fit un devoir de l'accompagner pas à pas, marche par marche ; un jour en effet je ne vis plus à leur place habituelle, au pied des vieux chênes verts, les roulottes ni les chevaux. Je me serais encore bien arrangé de la fureur et de la stupéfaction de Fidèle elles m’auraient même amusé un instant ; mais ce bon Erichnoald, à qui je dois des soins si complaisants et qui avait facilité ma mort. Cet éventaire était pour eux le jardin des Hespérides, et la petite fille était le dragon qui les fardait. Dans une de mes fictions récentes j’ai fait figurer Marion en tant qu’une des nombreuses maîtresses de Palancy. C’étaient des excroissances de chair qu’il s'agissait plus que de couper, s’offrit à me faire cette opération ; je fus chez lui à l’heure convenue... Deux jours après, j’eus à sortir avec Hincmar ; nous traversions ensemble la place Shirazi ; c'était un jour d’exécution, nous n’en savions rien ni l’un ni l’autre, et nous ne nous en aperçûmes qu’en face de la guillotine... Comme ma prière empruntait quelque chose d'un peu solennel à l'approche imminente de mon premier départ de marin, je lui demandai aussi de me bénir dans cette aventureuse carrière qui allait devenir la mienne.


09 décembre 2016

(200-GEN-05-3 8 ||3 4 0 ||6 5 2 1 0)

Voici la missive plutôt trouble que Blaise de Parme nous a laissé avant de se donner la mort :

"je déteste l'hyperfiction (ça veut dire quoi ?) d’ailleurs, je ne reviendrai plus la lire : " Elles le sauvegardaient justement parce que leur publicité était en contradiction avec la vie intérieure ; — il me semble qu’il y a quelque temps que nous n’avons vu Alexandra Pavlovna, dit un jour Alexandra en parlant de Mme Frédelon — Crevel se baissa, enleva le tison, et s'aperçut avec effroi que ce n'était pas la braise qui avait brûlé le pied de la jeune fille, mais le pied de la jeune fille qui avait éteint la braise — Je gagnai l'homme qui me servait ; je lui prodiguai l'or et les promesses ; Alexandra lui demandait de la sauver ; quand Alexandra se sera familiarisée avec ce remue-ménage, j'y associerai l'érotisme, et elle sera ce que je veux, ce que je désire... J’étais bien jeune alors, et prêt à accepter pour moi la facile morale de mon siècle... Alexandra me disait :

— pourquoi tout brille-t-il ainsi dans les airs et dans moi — mes avances réitérées n’avaient pu leur arracher trois paroles. — moi, répondit-il, je ne désire rien autant que cela, rien !. Pendant une grande partie du jour, j'attendis vainement une réponse — De quoi parlent généralement les fiancés? Autant que je sache ils s'appliquent beaucoup à s'emmêler l'un l'autre dans les ennuyeux rapports de parenté des deux familles. Aniela ne baissa pas les yeux un instant, continua de lancer droit devant Alexandra des regards aigus et glacés comme sa voix.

— il y a une femme, avenue Xavier Villaurrutia, qu'un pharmacien a tuée en lui donnant une drogue pour une autre... Ma femme je suis pour toi — du dehors, l'hôtel Denis Bergeret lui sembla triste — pendant une bonne moitié du trajet, les choses allèrent tant bien que mal." si j'observe que c'est de la littérature, n'est-ce pas de la littérature...

— Tu sais, dit la mère Berthe Morisot à la fillette, si tu donnes du vin à ton grand-père, je le dirai à ta mère, et tu verras. Elles étaient malgaches et refusaient obstinément d’obéir aux avis du préfet de Rome ; celui-ci les fit enfermer dans une chambre où l’on serrait les ustensiles de cuisine. Je me livrais, quand j'étais seul, à des accès d'inquiétude ; je formais mille plans bizarres pour m'élancer tout à coup hors de la sphère dans laquelle j'étais déplacé ; car Edwarda venait d’être guérie par votre foi. Elle avait une confiance aveugle dans le succès de sa double diplomatie : l’envoi de ses lettres perfides et l’offrande de ses fleurs...

— Vois l’aigle il vole plus haut que tous les oiseaux, regarde fixement le soleil, et cependant, par la nécessité de sa nature, il descend sur la terre. — Non, je ne sais rien, répondit Edwarda, que la question stupéfiait... Richilde ensevelit le corps d'Alexandra avec honneur dans son verger où elle construisit une chapelle Edwarda était d'autant plus en garde contre sa faiblesse qu'elle était poursuivie du souvenir de ses fautes : et mon imagination dont je ne m'apercevais pas moi-même se révoltait contre un tel amour... Au temps de leurs auteurs, elles auraient joui de quelque autorité dans le sanctuaire, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l’authenticité. Que je suis heureuse de vous voir ; ce fut la reine Nancy qui le fit à la prière des Hermions ; il pleut, il fait trop laid..... Elle avait pour suivantes trois sœurs d’une merveilleuse beauté, dont l’une s’appelait Agapen, l’autre Chionée et la troisième Irénée ; Edwarda se pencha, embrassa rapidement Tatiana, sans remarquer son chagrin. Quant au froment, elle le distribua selon les besoins de chacun, de telle sorte que, par l’effet d’un miracle, il y en eut assez pendant deux ans, non seulement pour la nourriture, mais encore pour les semailles...."

05 décembre 2016

II - 43, Il lui caresse l'intérieur des cuisses

Il lui caresse l'intérieur des cuisses. Elle aime se sentir envahie. Elle aime.. Elle aimerait bien avoir l’avis de quelqu’un d’autre. Elle aimerait pourtant le regarder des heures durant, le temps passerait doucement, elle se dirait. Elle aimerait pouvoir se raconter sa réalité comme elle lit un roman, rien ne sert de courir après des événements fuyants. Elle aimerait se sentir brisée, la sensation de n’être qu’une partie d’une machine chaude, elle ne rêverait qu'à ce membre dur qui bougerait en elle, elle fermerait les yeux pour mieux le sentir, écouter son membre qui glisserait en elle puis se retirerait, elle aurait besoin de toute cette sensualité à vif qui peut être horrible, Il viderait tout son être en elle, l'inonderait d'amour. Elle aimerait tant pouvoir étouffer cette peur qu’elle sent monter en elle. Elle aimerait tant que tous ces gens qui l'entourent s'intéressent un peu à sa vie peut-être que la vie n'a pas l'importance que chacun s'efforce à lui accorder. Elle ajoute. Elle allume une cigarette. Elle aperçoit Elstir qui traverse la pièce pour venir vers elle. Elle aperçoit Elstir, se dirige vers lui, voit un autre homme entrer par une porte du fond: leurs regards se croisent. Elle appelle Buchanan chez lui, demande une conférence électronique. Elle appelle elle: Merde alors, vient voir! elle pose couteau, beurre, baguette. Elle appelle un taxi, le plante là. Elle attend. Elle aurait dû me prévenir. Elle aurait été violée si l’arrivée d’un groupe de gens n’avait pas, par hasard, fait fuir ses agresseurs. Elle aurait tant aimé que son existence soit un roman. Elle aurait, maintenant, de loin préféré passer le réveillon avec Jordan. Elle avait beau se dire qu’après tout Noæl n’était qu’un jour comme un autre, qu’il y aurait d’autres réveillons, que ce n’était pas parce que, pour une fois, elle était seule qu’elle devait en faire un drame. Elle avait dans l’amour une innocence parfaite. Elle avait déposé un baiser sur les lèvres de Il puis, sans un mot, avait disparu. Elle avait disparu et quoi que j’ai pu faire, jamais je n’ai plus eu la moindre nouvelle d’elle. Elle avait disparu, les collègues de la securitate allaient s’en charger. Elle avait encore sur sa peau le parfum de leur étreinte furtive tellement pleine de sensualité et de fougue. Elle avait vingt-six ans, parlait un français impeccable. Elle Avarescu. Elle cherche Charlus tout en craignant de le voir effectivement, de capter son regard: son visage est bizarre, monstrueux, encadré par une chevelure raide d'une couleur fade pourtant, par ce qu’il traduit de décision, de force de caractère, elle sent qu’elle aimerait qu’il l’aime. Elle coince la porte du pied:. Elle commande à l’ordinateur l’affichage des éléments relevés chez il. Elle commence à jouir à la minute même où Il la touche. Elle comprend aussitôt que Jordan se méprend:. Elle construit deux séries distinctes: Sir Tarnepier, Pierre Tarnis, et deux noms qui, bien qu’incomplets, semblent appartenir à la même série: Peter Sarin et Peirse et Pradenos, San Pedro da Roda, De Sarpon, Dorpe San. Elle craint. Elle déboucle la ceinture du pantalon, puis de ses doigts légers descend lentement la fermeture éclair de la braguette:. Elle déchiffre ainsi la soirée comme un épisode d’une série policière bien construite où chaque événement est soigneusement programmé, attribue à tous ceux qu’elle connaît. Elle déconne. Elle demande à quoi maintenant ils doivent s’attendre, ce qu'ils doivent faire. Elle demande l’affichage de ses messages. Elle demande une recherche du mot sarpedon. Elle demande une recherche sur Jean de Jandun. Elle dérive dans un monde de sensations. Il l'épuise, elle lui mord les lèvres jusqu’au sang. Elle détourne son regard des flots d’images qui la fascinent, aperçoit la silhouette sombre d'un marin qui monte la garde. Elle disait être une arrière petite fille du général Avarescu, celui de la ligue du peuple, et la liberté de mouvement dont elle faisait preuve montrait bien qu’elle était privilégiée. Elle disait que la mémoire a besoin de béquilles que, si on ne l’aide pas à marcher, elle finit par se figer, que, plus tard, nous serions si heureux de retrouver des traces, même infimes, même dérisoires, qui nous permettraient de reconstruire ces moments de bonheur absolu. Elle disait que, pour vivre le présent, il fallait savoir oublier le passé et qu’il était inutile de le retenir. Elle disait que, pour vivre pleinement le présent, il fallait laisser le passé s’effacer, qu’il ne servait à rien d’essayer de le retenir. Elle dit. Elle donne sur une cave. Elle donne sur une pièce étrange, sphérique; en son centre, comme un vaste lit suspendu dans l’espace par quatre câbles qui forment un baldaquin et son reflet; entre la porte et le lit, une passerelle de verre. Elle dort dans un lit double sous le chromo d’une Vierge à l'enfant qui ne se lasse pas de se dédoubler dans les glaces d'une armoire digne d'une chambre de meublé provincial. Elle dut le sentir, se tut tout d’un coup, regarda sa montre: Je dois rentrer, dit-elle et, sans plus de façons elle me laissa là. Elle écarte les lamelles grisâtres des vieux stores vénitiens déformés isolant la fenêtre de son bureau, regarde rêveusement passer les énormes flocons de neige surgissant d’un ciel si noir qu’il semble empaqueter les immeubles de verre et d’acier. Elle en a quelques uns en réserve. Elle en est certaine. Elle en est sûre. Elle en était sûre!╔. Elle entend Charlus et Argencourt évoquer comme avec regret certains moments de leur commune enfance avec Oriane, elle tend l’oreille. Elle entend l’un d’entre eux déclarer doucement. Elle entend maintenant ce qu'elle aurait dû entendre longtemps auparavant; elle sait bien, de toute évidence, qu'il ne s'agit pas d'un suicide. Elle entre à son tour:. Elle entre au 3 bis rue Denis Poisson. Elle éprouve une sourde inquiétude. Elle espérait peut-être un pourboire sur le moment, trop impatient d’examiner le contenu de cette lettre, j’avoue que je n’y ai même pas songé. Elle est à sa droite.

Posté par hodges à 14:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

22 novembre 2016

Amanda demande le divorce


Alexandra :
— Alors ?
 
Isadora :
— Amanda demande le divorce.
 
Johanna (peut-être public):
—La septième épouse…
 
Isadora :
(Peut-être public) : — Oui.
(Aux filles) C’est quand même un peu bizarre de ne se définir que comme des numéros… Il ne changera jamais ce beau mec. Il s’arrange toujours pour qu’on le quitte puis… il épouse.
 
Alexandra :
— Il aime, il épouse, fait des enfants et…
 
Isadora :
— Recommence un cycle avec une autre.
Vision réglée de l’existence.
 
Johanna :
— Constant n’est ni Don Juan ni Casanova, il ne cherche pas la performance… Qui est l’heureuse élue cette fois-ci ?
 
Isadora :
— Il n’a pas voulu le dire à Gaya. Tu sais… Une fois encore il se répète…
 
Alexandra :
— S’il continue sur sa lancée, elle doit avoir 27 ans.
 
Isadora :
— C’est vrai, je n’y avais pas pensé, à chaque nouvelle épouse il la choisit d’un an plus âgée que la précédente.
 
Alexandra :
— Façon symbolique de réduire la différence d’âge.
 
Toutes :
— C’est un écrivain oulipien, sa vie est dictée par les chiffres.
 
Isadora :
— C’est vrai, j’avais pas remarqué, tous les cinq ans il divorce…
 
 
Alexandra :
— Tous les quatre ans ou presque… Toute règle ne vaut que si parfois elle n’est pas respectée…S’il continue sur ce rythme, à soixante-dix ans, il aura épousé douze femmes.
 
Isadora :
— Et combien d’enfants ?
 
Alexandra (sur la calculette de son portable):
— À ce jour il en a 20. Si on en juge par le rythme passé il pourrait en avoir trente ou trente cinq…
 
Temps de silence.
 
Alexandra :
— Je me demande quand même qui Constant va épouser cette fois-ci.
il voit tellement de monde…
 
Elena:
— Il est toujours aussi charmeur…Nous sommes toutes restées amoureuses de lui.
 
Johanna se sent un peu à l’écart
 
Johanna :
— Pourtant…Il s’arrange toujours pour que ses femmes le quittent.
 
Isadora :
— Fin stratège !
 
Johanna:
— Je crois pas qu’il joue, il est comme ça, il aime aimer, voudrait pouvoir aimer tout le monde, au delà du raisonnable.
 
Elena:
— Il aime aussi qu’on l’aime, qu’on l’aime toutes.
 
Alexandra :
— N’est-ce pas le cas ?
 

Posté par hodges à 10:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

20 novembre 2016

Vengeance de la vague

Olivier Idle 

Avant tout était facile, ses journées étaient pré-construites, il lui suffisait de se laisser porter. De l’argent, il en a ; il est clair que les dirigeants de la compagnie sont des salauds... Fatigué... Oman a mis beaucoup de soin à disparaître : s’il avait envie d’aller à droite, il allait à gauche ou tout droit ; s’il était attiré par telle ou telle affiche, telle ou telle devanture, il s’en éloignait aussitôt. Les deux hommes parlaient un langage qu'il avait tout de suite reconnu, celle de son grand-père : «ne jemi dakord, nuk është ajo…"... Pourtant que la jeune serveuse, lunettes rondes, chignon serré, sourire obligatoire, s’avance vers lui et il se dit qu’il ne peut pas passer inaperçu, qu’il devrait peut-être faire comme les autres, parcourir un journal hippique, cocher des cases sur quelques bulletins, aller à la caisse les faire valider... Il lui faudrait agir. Autres pages. Oman se souvient que chaque année, une centaine de jeunes noirs sont tués par la police. La fatigue l’a poussé à entrer dans ce hall de gare qu’il ne connaissait pas. Une dame accomplit son travail de façon mécanique et machinale, elle ne semble pas s’intéresser à lui mais il se dit qu’il ne peut en avoir la certitude, se demande ce qu’elle fait là dans ces espace délaissé et quelle est la nécessité de son travail si personne ne vient ; pour lui les incidents fluctuent sans fin, deviennent anarchiques, variables ; il pense que malgré tout il a de la chance que, ailleurs, il serait déjà mort. ; Oman dit: Il y a neuf sortes de lieux qui peuvent être à l'avantage ou au détriment de l'une ou de l'autre armée ; N'oubliez rien pour lui débaucher ce qu'il y aura de mieux dans son parti: offres, présents, caresses, que rien ne soit omis. Dès que vous aurez mis le feu, si, après quelque temps, il n'y a aucune rumeur dans le camp des ennemis, restez vous-même tranquille : attaquer imprudemment, c'est chercher à se faire battre ; c'est grâce à cette méthode que j'examine la situation. Mêler les règlements propres à l'ordre civil et à l'ordre militaire, ayez, Ronald Mc Vey, une connaissance exacte de tout ce qui vous environne. Dans ces sortes d'occasions, qu'il ne vous arrive jamais de combattre sous le vent. Dès qu'un officier a accepté de perdre, il a perdu ; plus vous dépenserez, plus vous gagnerez, c'est de l'argent que vous placez pour en retirer un gros intérêt — Un général qui s'expose sans nécessité, comme le ferait un simple soldat, qui semble chercher les dangers et la mort, qui combat et qui fait combattre jusqu'à la dernière extrémité, est un homme qui mérite de mourir... S'il en vient à bout, et qu'il puisse cacher de même jusqu'aux moindres de ses démarches, ce n'est pas seulement un habile général, c'est un homme extraordinaire, c'est un prodige. Dès que votre armée sera hors des frontières, faites-en fermer les avenues, déchirez les instructions qui sont entre vos mains et ne souffrez pas qu'on écrive ou qu'on reçoive des nouvelles; rompez vos relations avec les ennemis, assemblez votre conseil et exhortez-le à exécuter le plan; après cela, allez à l'ennemi ; Il n'est pas jusqu'au souverain qui ne ressente sa part des malheurs communs. Si vos ennemis font des marches forcées, c'est qu'ils croient courir à la victoire ; si passant près de quelque rivière, ils courent tous en désordre pour se désaltérer, c'est qu'ils ont souffert de la soif ; s'ils n'ont pas le courage d'avancer, quoiqu'ils soient dans les circonstances où il faille le faire, c'est qu'ils sont dans l'embarras, dans les inquiétudes et les soucis... Vous pouvez compter sur une victoire certaine si vous connaissez tous les tours et tous les détours, tous les hauts et les bas de tous les lieux que les deux armées peuvent occuper, depuis les plus près jusqu'à ceux qui sont les plus éloignés, parce qu'avec cette connaissance vous saurez quelle forme il sera plus à propos de donner aux différents corps de vos troupes

Posté par hodges à 08:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

12 novembre 2016

BB n'est pas non plus convaincu d’aimer

Il lui semble que son esprit est plein de confusion et de chocs, que le trouble. Depuis longtemps elle pense à la mort. Quelques nuages paressent dans la brise... Edwige se sent plongée en plein polar... Les lointains sont veloutés. Est heureuse comme on ne peut l'être qu'à son âge. La réalité est ce qu'il pense — son image tourne sans fin dans un miroir colossal au cadre vert pomme. Se demande toujours si toute vie vaut n'importe quelle autre vie... Edwige l'approche d'un dolmen, tourne autour comme si c'était le premier n’y découvre rien et surtout pas la confirmation de sa nécessité à être là... Se sent vieux et désabusé ; le ciel est d'un bleu profond ; poursuit son chemin. La grille de mots croisés commencée au crayon de papier — Edwige ne s'y retrouve pas effectivement — a le visage provisoire ; Gautmar sait orties, chardons, airelles, églantines, prunelles, ces âmes épineuses des causses. Edwige marche sans but, pour marche, pour remplir sa tête de ses pas. Edwige a un nez un peu retroussé — dort peu, les nuits lui sont lourdes.

Le ciel domine l'espace — le bloc de feuilles jaunes sur lequel a été griffoné le nom elle. Un nuage se met à couvrir lentement le soleil. L'ordinateur ; une liste de noms parmi lesquels il et Sœur Anne — les verres qui portent des repères de vin. Grand ciel rouge ; un des tableaux dont le lourd cadre doré porte en légende : éros. Le fauteuil où Barbe-Bleue n'est plus ; le cendrier plein de cendres. Pieds nus, Sœur Anne marche dans la poussière. Le fauteuil où il n'est plus — les nuages déroulent sur la ville sombre leurs rouleaux géants.

N'est plus assuré de l'utilité de faire... Supporte la conversation de moins en moins de monde. Il n'est pas convaincu non plus d’aimer son rôle de patriarche ; comment se retrouver dans tout ça ; Waltgauld est incapable de vivre sans l'arrière-goût du doute. Waltgauld avance parmi les choses avec une vision noire... Waltgauld supporte la conversation de moins en moins de monde... Désormais que la fin se rapproche, Waltgauld se dit que la vie n'est rien... On vit, on finit par avoir toute une encyclopédie. Waltgauld ne saurait dire ni si ils sont heureux ni s'ils ont envie de continuer à vivre ; se sent vieux et désabusé ; doit prendre conscience de la réalité. Dort peu, les nuits lui sont lourdes... Sa femme est morte depuis dix ans, ses trois enfants sont indépendants. Waltgauld est incapable de vivre sans l'arrière-goût du doute. Waltgauld a peur du vide. Waltgauld déteste les portraits ; regarde avec détachement les objets qui ont jalonné sa vie ; les actes accomplis extérieurement ne sont pour lui qu'une manifestation secondaire. Waltgauld est capable de réaliser quantité de choses qui lui auraient valu une grande réputation de sociabilité-et à l'occasion il les accomplit-mais la plupart du temps il n'en éprouve que l'inutilité et ne les fait pas.

Est grande et mince ; Rotrude veut vivre sa vie précisément comme elle l'a décidé — Rotrude est au bord de la crise de larmes sans savoir pourquoi... Ne déteste qu'une seule chose c'est devoir aller à Paris (aussi elles n'y vont jamais). Ne cesse de s'émerveiller devant les surprises de l'existence — est incapable d'être moins absolue. A un nez un peu retroussé, des lèvres étroites, d'immenses cils et presque pas de sourcils. Aurait tout à fait voulu que tout le monde aime tout ; Rotrude ne s'y retrouve pas effectivement ; ses sens sont en paix — Rotrude suit des cours à distance. Rotrude rend les gens heureux en leur laissant croire qu'ils sont quelque chose qu'ils ne sont pas... Ne comprend pas pourquoi quelqu'un peut la détester. Ajoute à toutes choses la magie du sens. Il est manifeste que l'auteur des lettres anonymes a une idée derrière la tête... Quand les événements se déroulent trop vite, peu s'importent si vous êtes horriblement prudent ou tellement téméraire — Rotrude n'est pas née de la dernière pluie ; Rotrude essaie de réfléchir à tout ce qui lui arrive depuis quelques jours.

Posté par hodges à 14:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,