Écrits de Marc Hodges

24 septembre 2016

Solitude du risque

Par Franck Domino

Soyez toujours sur vos gardes ; dès que vous aurez mis le feu, si, après quelque temps, il n'y a aucune rumeur dans le camp des ennemis, si tout est tranquille chez eux, restez vous-même tranquille : attaquer imprudemment, c'est chercher à se faire battre. Il faut plutôt subjuguer l'ennemi sans donner bataille: ce sera là le cas où plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l'incomparable et de l'excellent. Tout cela ensemble forme un corps de discipline dont la connaissance pratique ne doit point échapper à la sagacité ni aux attentions d'un général... Dans des lieux importants, je nourrissais bien le soldat, je l'accablais de caresses ; Après avoir enfanté quelque projet, si vous apprenez que votre secret a transpiré, faites mourir sans rémission tant ceux qui l'auront divulgué que ceux à la connaissance desquels il sera parvenu — On peut réduire à quatre points principaux ces différentes situations — les ressources de ceux qui sont habiles dans l'utilisation des forces indirectes sont aussi infinies que celles des cieux et de la terre, et aussi inépuisables que le cours des grandes rivières. Servir votre prince, faire l'avantage de l'État et le bonheur des peuples, c'est ce que vous devez avoir en vue; remplissez ce triple objet, vous avez atteint le but ; Faites en sorte que l'ennemi soit entre vos mains comme une pierre de figure ronde, que vous auriez à faire rouler d'une montagne qui aurait mille toises de haut: la force qui lui est imprimée est minime, les résultats sont énormes — Celui qui arrache le trophée avant que les craintes de son ennemi ne prennent forme excelle dans la conquête. La manière d'attaquer et de se défendre ne doit pas être invariablement la même, elle doit être prise en fonction de la nature du terrain qu'on occupe et de la position où l'on se trouve... Celui qui connaît l'art de l'approche directe et indirecte sera victorieux — S'il s'agit de garder, gardez avec force: ne vous endormez point. Les paysans peuvent en cela vous être d'un grand secours : faites-leur seulement comprendre qu'ils doivent empêcher que d'injustes ravisseurs ne viennent s'emparer de toutes leurs possessions et ne leur enlèvent leur père, leur mère, leur femme et leurs enfants. Suivez ces conseils et vous serez toujours vainqueur.. Vicissitudes — entrebaîlle chaque souvenir à l'existence. Arif pense, en lui-même : "la première fois que je l'ai vue, elle devait avoir douze ans". Regarde devant elle... Le réel-seul-comptait... Adélaïde est folle d'espérance... Une cigarette n'est plus ce qu'il lui faut. Nostalgie pure ; Arif a presque neuf ans. Certaines choses devraient arriver — un gamin rieur blond aux joues rebondies regarde affectueusement l'objectif comme s'il connaissait le personnage qui filme. Arif cherche quelque chose mais quoi... Il y a un avant et un autrefois... Bouge à peine ; Arif regarde la vie avec une innocence et une fraîcheur infinies qui lui donnent un appétit formidable. Arif revoit cela avec précision — Arif sourit. Arif remonte dans son enfance la plus lointaine pour s'imposer des images précises... Il y a si longtemps de cela, les événements se noient dans la distance — chaque instant était précieux. Arif refuse d'explorer plus loin ses souvenirs. La ville était un décor. Promesse d'un avenir..

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18 septembre 2016

Incertitudes

Depuis des jours et des jours qu’il traîne ainsi dans la ville, il doit s’avouer qu’il n’est peut-être plus très sûr de son choix de rupture. A-t-il bien compris ce que disaient les interlocuteurs au restaurant ? Est-il bien sûr que sa société s’apprêter à vendre des tonnes de médicaments dangereux car frelatés au travers d’une série de sociétés-écran difficilement traçables et contrôlables pour le marché africain ? Il a bien entendu ça, mais a-t-il vraiment tout compris de cette conversation dans les bruits d’un restaurant ? Et puis même ? Même s’il avait raison, dans la mesure où il n’avait encore rien dénoncé, était-il vraiment en danger. Ou alors pourquoi n’avait-il pas encore agi pour dénoncer ce trafic qui représentait des millions de dollars ? Était-il trop lâche ? Ou plutôt comment se faisait-il qu’il n’ait pas encore trouvé de méthode efficace qui, tout en mettant fin au trafic, le laisserait à l’abri ? Une lettre anonyme ne suffirait pas, c’est évident, il lui faudrait des preuves. Sa position lui aurait permis de pénétrer dans les données informatiques de sa société mais il aurait fallu qu’il n’adopte pas cette fuite immédiate et irraisonnée. Alors qu’ils auraient dû être protégés, les lanceurs d’alerte n’étaient pas trop bien acceptés dans le monde et bien souvent leur vie était détruite.

Maintenant, difficile de revenir en arrière : il s’était mis en rupture avec sa société, pire encore avec sa famille. Comment pourrait-il revenir chez lui sans, cette fois-ci pour de bon — car sa hiérarchie soupçonnerait vite quelque chose — mettre en danger sa famille ? Il aurait pu partir plus loin, se retirer dans un trou perdu du monde, en Afrique par exemple, d’où il pourrait peut-être trouver des alliés pour un combat qui n’avait pas encore commencé, mais il avait besoin de cette ville, de sa ville, ne se sentait en sécurité qu’ici car il en connaissait tous les problèmes, tous les rouages, toutes les possibilités. Ici il avait l’impression, malgré sa situation étrange de SDF riche, de maîtriser tous les possibles. Son errance n’y était pas un égarement mais un élargissement de ses connaissances. Il savait, il sentait, intimement, qu’il ne pouvait vivre ailleurs, il était comme une minuscule cellule de cette ville incapable de subsister en dehors de son corps-mère. En parcourir sans fin l’infini des rues au hasard lui était comme s’y métastaser.

Il avait maintenant pris conscience d’une évidence : ou il poursuivait cette vie entamée depuis quelques jours, usant parcimonieusement ses ressources qui lui permettraient de tenir des années, se satisfaisant d’être un petit corps parasite du grand corps collectif qui ignorait son insignifiance ou il se décidait à mener son combat. Cette deuxième solution le tentait de plus en plus : redonner enfin du sens à sa vie, ignorer cette trouille qui l’avait paralysé jusque là, redevenir un homme au sens plein. Mais comment le faire sans s’exposer, comment mener à la fois l’exposition médiatique nécessaire et l’anonymat qu’il devait à sa famille ? Sur quels leviers agir, sur qui compter ? Jamais, durant toute sa vie, il n’avait été confronté à un tel ensemble d’inconnus et d’incertitudes et pourtant, il sentait maintenant qu’il ne pouvait en rester là.

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09 septembre 2016

Affolement de l'eau

Par John Hammerstein

— Dis donc, soeur, tu sais que c'est de la camelote, tout ce que tu as acheté? Le beau Imaan appelle ta japonerie “le bazar à treize sous” ; Loraine avait fait le voyage dans l'unique pensée de s'agenouiller là... Son coeur se révoltait. Les bières et les cortèges filaient en silence, comme des ombres découpées, sur la pâleur d'un linge. Loraine sortait de sa rêverie, lorsqu'elle aperçut près d'elle une mendiante qui se traînait ; Voyez donc, voyez donc. Le plein jour de la rue entrait alors en un coup de lumière blafard, et qui attristait le resplendissement des lampes et des bougies ; Le petit Vania, un petit bambin de deux ans et demi, portait son costume de Pierrot d'une façon si drôle, que tout le monde l'enlevait au passage pour l'embrasser... Je serais allé directement chez monsieur Botan, mais j'ai pensé que vous le connaissez davantage, que vous auriez plus d'influence ; Sa passion était surtout les images ; Son admiration se traduisait par un sourire involontaire, tandis qu'elle échangeait un coup d'oeil avec Unity... Ukam, qu'une tristesse avait peu à peu rendu silencieux, s'aperçut du malaise d'Angela ; comme on ne lui répondait pas, il prit sa canne, en continuant de causer, pour affecter un beau sang-froid... Vous savez bien que je ne peux pas... Les dix minutes s'écoulèrent, une heure se passa ; vous savez bien que je ne peux pas. Ce mardi-là, Loraine, assise près d'une fenêtre, travaillait à un ouvrage de couture, profitant des dernières lueurs du crépuscule, en attendant ses invités. Les lumières naissaient dans la nuit avec un brusque sursaut, tout d'un coup, et restaient fixes, scintillantes comme des étoiles. Le torrent, entre ses berges que les rayons obliques enfilaient, roulait des flots dansants où le bleu, le jaune et le vert, se brisaient en un éparpillement bariolé : mais, en remontant le fleuve, ce peinturlurage de mer orientale prenait un seul ton d'or de plus en plus éblouissant : et l'on eût dit un lingot sorti à l'horizon de quelque creuset invisible, s'élargissant avec un remuement de couleurs vives, à mesure qu'il se refroidissait ; Qu'ils restent là-bas, puisqu'ils ne veulent pas venir : mais, au moins, qu'ils se taisent! Et Loraine envoya Marie Anne, qui, enchantée, courut faire la commission. Dès qu'elle l'aperçut, la pauvre femme se jeta dans ses bras en pleurant, en l'appelant son bon ange. ; La vie brûle quelques instants sur votre passage, pourriez-vous m'aimer autant que je vous aime.... J'en prends le plus possible, je les archive soigneusement, les annote et, avant toute rencontre, les consulte longuement.. Elle était seule ; Un peu drôle en société lorsqu’il s’agit de se distraire ; j’écrivais des poèmes érotiques ; Ce devait être autour de 1988 je ne l’ai ni datée ni annotée il m’avait invité chez lui pour me montrer comment il travaillait avec un ordinateur ; Bon, ok, je sais bien que ce qu’il écrit n’a aucun succès... Je vais donc abréger: ils eurent pendant quelques mois une vie de passion intense ; cher Taanach : je voudrais construire un univers devant lequel s'agenouiller... Vous non plus certainement — Taanach alla chercher au buffet deux verres de champagne et s’approcha ; Je ne sais pas comment elle a obtenu mon adresse... L’agent de sécurité, une armoire black, cool: «Comme vous voudrez monsieur.» Altaï largue ses deux articles sur la caisse et se tire comme s’il remportait une victoire... Branche tombée sur le flot d’un torrent, j’ai, sans y avoir vraiment compris quelque chose, toujours été ballotté d’un incident à l’autre. Retour à la maison. Sous l’apparence de tel ou tel, quel être pense, vit, fantasme réellement? Cela va bien sûr de la réflexion sur les origines à la dissociation personnage public-personnage privé, en passant par l’apparence et ce qui fait tenir cette apparence. Nous nous connaissions depuis près de deux ans, nous nous fréquentions souvent et, tant que la passion de Loraine et Botan fut à son comble, tant que celle de Mary-Ann et de moi planait dans l’irréel, aucun de nous n’aurait eu l’idée de regarder la compagne de l’autre — c'est pourtant bien son apparence physique qui m’a séduite au premier abord — Un texte est un texte. Un peu des deux certainement..

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07 septembre 2016

exercices de l'oeil

86 homophotographie
 
rosa n'a aucune raison de se méfier car elle n'a lu aucun de ses mails que pensait-elle là-haut rosa se levant la nuit pour écrire est restée près d'une heure rien n'est certain met un temps très long pour parvenir à l'étage traverse le rideau de la pluie sans être dissout anciennes gravures de mode rosa se contente de satisfactions très élémentaires tu as entendu vue d’en bas odeur de l'essence non raffinée marche pour rêver le temps quelques enfants tache de neige une infinité de motifs production d'oubli
  
87 homorhétorique
 
dire son mot foisonnement des autorités absence d'ardeur l'inconscient est chargé à bloc mastiquer la langue énergie du geste dans le vide ne pas savoir où aller éviter cela ce n'est pas rendre compte du réel qui est important je pense à sa phrase attente de la question et de l'expérience c'en est fini de la poésie poétique croire avoir manqué différence entre monde et milieu des horizons de virtualités être dans la langue content l'homme qui a trouvé son compte supériorité dialectique de la philosophie décider tout est dans la voix aube exigence tyranique essence de la justification
  
88 homosouvenir
 
tout le temps où il y a quelque chose il y a quelque chose d'autre ce qui change c'est le temps le ciel c'est le ciel exercices de l'oeil Santiago-réseau tout est accompli cauchemar d'un discours public les capteurs de catastrophes donnent leurs couleurs à Santiago a.a. se contemple avec soin dans les miroirs tu as encore peur de tes rêves organise autour d'elle la disposition des choses la ville a l'air comme ça du sommet d'une tour h. hurle : "il y a sans-doute de meilleures façons d'agir" un songe surpris te pousse dans les voies Santiago se nourrit de rêves aucune route ne porte le nom de j.j. des horloges rythment tes heures un arbre au tronc lisse il y a du silence
  
89 homoesthétique
 
autonomie de l'art exception de l'art réalité mutilante et mutilée objectivation des idées intérieures poubelles esthétique en général certitude sensible autonomie de la beauté par rapport à la perfection beau naturel travail d'intérêt public déception du sublime mutations de la raison aptitude à juger humain distorsions raison poésie tournant politique de l'esthétique autonomie esthétique chemin du désespoir tu traverses des couches de murailles
  
90 homobiographie
 
présent inconséquent donc le baromètre indique la possibilité de nouveaux orages l'inconscient du temps encore et encore en vérité lire avec peur la lettre anonyme trouvée dans sa boîte aux lettres il lui parle il fait obscur les rêves restent toujours sans réponses culbutes de nuages et pluie comment concilier vengeance intense et harmonie extrême merde esthétique analyses du texte il y a des sons de tambours visionshistoriques du monde nous sommes trop intelligents ville alors crayon hannah mène une vie nue
  
91 homophotographie
 
parle seule comme si elle avait à résoudre un grave problème existence morcelée de la langue et toi qu'en penses-tu partout un type au canon scié fernande paraît plus circonspecte que d'habitude fernande ne se lasse pas de soupeser et d'étudier les pierres a le temps pour elle il pleut habiter c'est être partout chez soi fernande vit selon l'instant dans le compartiment entre madurai et pondichéry jamais vu autant de lucioles dans les arbres dont j'ignore le nom plus tard tu ne penses pas tu regardes c'est un jour comme un autre j'ai vu la lumière a oublié l'existence des autres faire des rangements
  
92 homorhétorique
 
tout est dans la voix sémantique intentionnelle donner à peindre n'est pas donner à prendre commencement du monde ombre du méfait dans la passion le langage n'est pas une cravate exercices faire tenir des questions énergie du geste dans le vide douter de devoir se désespérer de décrire autrement distinguer entre intelligence et inspiration prendre n'est pas reprendre voie purgative réalité des mœurs quelques gouttes grammaticales dans un verre d'eau être dans la langue et très seule fourmillement des croyances écrire exige une volonté tout est dans la syntaxe merveille distinctions malaisées comment écrire
  
93 homorhétorique
 
tout est dans la voix trouver l'angle convenable effet produit par chacun des mots qu'est-ce que le poème ce que j'écris ne me nourrit pas ce qui importe savoir lecture buccale comment écrire souvenir le texte c'est quelque chose origines de la philosophie faire signe poèmes corps étrangers la poésie comme un pou banal sur le corps du langage ce n'est pas rendre compte de la réalité qui est important dans le fond surtout pas recherche de sa vérité retour du motif langage-ours tournant dans la tanière de la bouche l'écriture comme une morale de la forme pourquoi craindre le réel
  
94 homopaysage
 
le ciel est toujours bleu trop bleu de gros nuages courent d'un horizon à l'autre couvrent d'ombre le paysage la mer demeure à l'écart le soleil est superbe la pluie tarde à tomber petits kiosques il y a du silence simulation esthétique du réel la lumière plombe l'air la même chaleur immobile de l'air la mer perd ses dimensions il pleut (ou il pleut) il y a le ciel bleu ponctué de quelques nuages et les oiseaux qui se perdent dans les troènes la mer toujours plus noire le soleil très tôt déborde la même chaleur immobile rien ne bouge dans l'air
  
95 homophotographie
 
tulla se lève tôt tulla porte des pantoufles orientales est si absorbée dans son boulot qu'elle ne se rend pas compte de la présence de qui que ce soit photo réfléchie dans les surfaces découpées la cantate n'est semble-t-il plus réservée épingle des clichés la lumière brille tulla sait qu'il n'existe pas deux choses homogènes tu vois des images qui passent natalia gontcharova sur son trapèze le baromètre indique la possibilité de nouveaux orages le présent n'existe que dans les polaroïds est restée près d'une heure fait partie du paysage de l'autre côté de la paroi les gitans réclament du sel tulla ramasse tout ce qui brille tout ce qui a de la couleur ce qui est lisse banane
  
96 homophilosophie
 
cette ville est cet échiquier où r. et h. jouent les regards brillent comme des feux trop modéré  pour le coup la source du désir n'importe pas au-delà chaque jour est essentiel : un instant peut décider de tout la bonté est une tâche difficile qu'impose l'époque le meurtre seul permet quelque espérance d'amour il n'y a rien d'autre qui puisse se comparer à vivre le peu de temps qui nous est tendu tu n'arrives pas à vous libérer de Calcutta il n'y a pas d'esprit sans plaisir les regards brillent comme des feux tricolores l'homme passionné de vérité est le plus souvent capable de s'apercevoir qu'aucune croyance n'est limpide le réel est béant et multiple autonomie de la sphère esthétique la vie n'est à personne confusion des genres 

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02 septembre 2016

L'exil à La Roche

Bien que ce soit une évidence, il nous est difficile d’accepter de convenir que, quand nous disparaîtront, le monde continuera à tourner et que nous n’y laisserons aucune trace car nous ne concevons le monde qu’au travers de notre propre conscience et il nous paraît tout naturel de penser que celle-ci fait partie du monde et que notre mort ne pourra que l’affecter. Pourtant, il n’en est rien ? Nous le savons et nous ne le savons pas ; nous le savons mais au plus profond des cellules de notre cerveau, dans les fibres de nos muscles, nous sommes incapables de l’admettre. Pour chacun de nous, sa propre mort est un impensable absolu.

Ainsi cette anecdote de Ma Vie située en 1942, j’avais 20 ans et je devais partir pour les chantiers de jeunesse. Je peux l’énoncer le plus simplement : la veille du départ pour les chantiers de jeunesse, je décide de refuser. C’est la vérité. Pourtant elle n’est pas satisfaisante car elle ne dit rien de tout ce qui a motivé cette situation. Mais dès que j’entre dans ce désir de complétude, je me heurte aux mots, aux choix des mots et, quoi que je fasse, je fais de la littérature et m’éloigne de la vérité des faits. Or cette vérité des faits n’a, pour autrui, aucun intérêt. Pour qu’il en soit autrement, je dois tricher, porter atteinte à la vérité des faits. Écrire, c’est mentir. C’est ainsi que tout écrivain se laisse prendre au piège des mots qui deviennent alors souvent plus importants que la vie qu’il pourrait vivre : il écrit ce qu’il pourrait, aimerait, rêverait, vivre mais qu’il ne vit plus. Essayer de faire vivre ce qu’il n’a pas été capable de vivre, tel est le paradoxe désespérant de l’écriture. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt mais j’avais consacré toute mon adolescence à ce vertige et j’étais incapable alors que les mots ne sont que des mots et que s’ils résonnent quelquefois en l’un ou l’autre ce n’est parce que leurs victimes s’aveuglent ainsi sur leur incapacité à vivre pleinement. On devrait interdire la lecture à l’école.

Je discutais parfois de cela avec la jeune institutrice du village, une jeune fille venue du sud ouest, très perdue dans ce village où, n’ayant pas su plaire, pour une raison ou une autre, à ses maîtres es-pédagogie, elle avait été envoyée comme en exil pour occuper son premier poste. C’était une jolie petite brunette assez bien faite même si l’on ne pouvait pas vraiment dire qu’elle était belle, aux regards noirs comme ses cheveux, qui s’exprimait avec l’accent de galets de sa région en ouvrant une bouche ronde aux lèvres pulpeuses d’un rose délicat. N’ayant en ce lieu aucun interlocuteur avec lequel je puisse parler d’autre chose que de récolte, de métao, de chasse ou de pêche, je n’avais pas tardé à faire sa connaissance. Nos relations furent rapidement assez faciles car, bien que n’étant pas d’une intelligence supérieure, elle avait lu, savait écrire et devait enseigner la quinzaine d’enfants du village. Elle était logée à l’école du village dans l’appartement même où j’étais né et avait été élevé quelques années ce qui me permettait de lui en faire découvrir certains avantages — ou certains inconvénients. J’étais, pour ma part, logé chez mes grands parents maternels qui avaient aménagé pour moi une chambre sommaire dans la soupente de leur ferme. Ce n’était pas très confortable mais je n’avais pas le choix. Aussi nous prîmes rapidement l’habitude de nous retrouver tous les soirs dans son appartement essayant cependant de ne pas trop donner prise aux médisances d’un village en manque de sujet de conversations. Elle avait vingt ans, j’en avais dix-neuf et notre extrême solitude nous rapprochait irrésistiblement.

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19 août 2016

Quatre femmes

Pendant l’entrée du public, voix de Constant par le générateur qui raconte sa vie d’épouseur.
Les quatre femmes entrent en scène : début du concert.

Ouverture

2 voix - Clarinette - Basson

Peut-être une fugue : avec des « plantades intelligentes »  d’Isadora qui justifient la première réplique d’Alexandra.

(Musique et texte à écrire)

après l’ouverture
 
Alexandra :
— Tu as l’air distraite… 
 
Isadora :
— Jonathan m’inquiète, il est rêveur, distant même… c’est pas son genre
 
Alexandra :
— Amoureux…
 
Isadora :
— Mon fils amoureux ?
 
Elena (riant) :
— À vingt-neuf ans tu trouves pas ça normal ?
 
Isadora :
— À son âge j’avais déjà divorcé de Constant depuis trois ans…mais il semblait bien dans sa peau de dragueur célibataire.
 
Alexandra :
— Au même âge son père avait déjà épousé Alexa, sa seconde épouse…
 
Johanna :
—Tu lui en as voulu ?
 
Isadora :
— Un peu, très peu… À l’époque, j’étais punk… Nous levions facilement la jambe
 
Alexandra :
— C’est vrai…
 
Elena (riant) 
—Vous aviez le sang chaud…
 
Johanna :
—Pas que le sang d’ailleurs…
 
Isadora (riant) :
— Oui, enfin … J’étais un peu jalouse, juste ce qu’il fallait pour me décider à séduire Vania
 
Alexandra :
— Le russe
 
Elena (rêveuse) :
—Un bel homme.
 
Isadora :
— Je regrette rien… jamais je n’ai regretté quoi que ce soit… Vania aussi a été une période délicieuse de ma vie… Puis, Adam…
 
Johanna :
— Aimée par trois hommes… Ça me plairait bien
 
Isadora
— À côté de Constant nous sommes des apprenties…
 
Alexandra :
— Sept femmes, il a épousé sept femmes, 

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la nuit chante

La lune est une pierre mais sans poids... Près de la jeune femme, deux enfants jouent dans l'herbe ; Éleuthère s'est peu à peu, difficilement, construit un ordre. Ne parvient pas à analyser avec suffisamment de force ce qui ne fonctionne pas dans ses rapports aux autres. Il fait nuit. Ce personnage paraît représenter une menace... Il reste les yeux fermés dans l'obscurité... La lune brille dans le ciel... Supporte de plus en plus mal les relations affectives familiales obligatoires, il ne comprend pas plus l'affection que le mode de la liberté absolue — il est seul... Il y a un avant et un autrefois... Barbe-Bleue bouge ses lèvres. Un garçonnet vêtu d'un costume marin, col blanc rayé de bleu est assis devant la mer qu'il contemple rêveusement ; le sort est une virtualité du néant. Le monde des adultes lui paraît être un tourbillon ; je te cherche... A le visage instable. Leurs mots deviennent ses mots... La fiction remplit ses bennes de déchets... Son cadavre m'indigne comme odeur de tussilage... Barbe-Bleue compte les dalles des couloirs vides ; la lune fait naufrage sur la lune un système de codes s'abattant d'un arbre avec cauchemars. Barbe-Bleue va, vient. Il n'y a personne.

Le jour semble manquer de temps. Ne s'apitoie jamais... Très orgueilleux, Anastase n'aime pas le sentiment d'être dépendant des événements, aussi parce que sa tendance à la facilité s'accentue avec l'âge, a-t-il décidé de réagir et de se contraindre à des activités physiques... Un jeune fantassin blond — torse inondé de sang — s'évanouit dans les bras d'un de ses camarades. De nombreux enfants marchent sur des routes poussiéreuses — c'est certainement la plus belle journée de sa vie... Anastase est un spécialiste des problèmes de la société de l'information... Barbe-Bleue se perd dans le crépuscule d'Ah-Cizin ; ne bouge pas — Andriga. La seule chose qui l'intéresse, est la paix ; longues vagues herbeuses de sa peau compatissante — ne comprend pas le fantasme de certains de ses collègues qui les pousse à vouloir toujours rester en contact avec les jeunes ; Sœur Anne pense par intermittences que la vie ne se déroule loin dans le seul présent... Sœur Anne regarde de son côté — a les yeux bleus. Est ce qu'ils sont ; l'herbe est d'un vert profond. Une bombe explose, éclairant l'espace. La lune est ronde comme une pierre incandescente... Le monde s'offre.

La lune jette sur le toit ses clartés bleues — le trou de la serrure s'éclaire. Barbe-Bleue parle seul. Je suis à toi à toi. Un enfant, d'environ huit ans attache une fillette à un arbre. Barbe-Bleue a des souvenirs (des remord). Lune canaille... Le silence achevé de la nuit ouvre l'âme au rêve. Longues vagues herbeuses de sa peau miséricordieuse. Leurs mots deviennent ses mots ; Barbe-Bleue tient une lettre d'amour dans sa main droite — Adalbéron regarde avec détachement, presque ironie, les objets qui ont jalonné sa vie ; Barbe-Bleue n'est pas de ceux qui épuisent toutes leurs douleurs dans l'instant de la séparation... Il voudrait faire quelque chose... Barbe-Bleue est continuellement surchargé de femmes ; l'air vibre — a assez vécu pour savoir que personne ne s'intéresse à personne. La désespérance roule indéfiniment. Le silence absolu de la nuit ouvre l'être au rêve. Barbe-Bleue sort un papier d'une poche, le lit. Il tient une lettre dans sa main droite... Craintes... Tout lui est augure ; la nuit chante.

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09 août 2016

Une queue de foule se pressait aux portes

— Gilet blanc, jaquette bleue, chapeau gris...

— Dieu ! Que Roxane est jolie en noir ! disait-il. Tout l’accablait en même temps, les années et le deuil... Qu'est-ce que ça ? Fatigue de l’oeil ou du cerveau, épuisement de la faculté artiste ou courbature du nerf optique ? Sait-on ! Il me semble que j’ai fini de découvrir le coin d’inexploré qu'il m’a été donné de visiter.

— J’ai cru que j’allais pleurer. Or, un matin, comme sa femme de chambre entrait et venait d’ouvrir les volets et les rideaux en demandant :

— comment va Madame aujourd'hui ?

 Elle répondit, se sentant épuisée et courbaturée à force d’avoir pleuré :

— Oh ! Pas du tout.

Deux fois par semaine au moins Abban dînait chez Roxane avec quelques amis ; le lundi, il la saluait régulièrement dans sa loge à l’Opéra ; puis ils se donnaient rendez-vous dans telle ou telle maison, où le hasard les amenait à la même heure. Et toujours Roxane l’interrogeait, vibrante de curiosité, les yeux fixés sur lui, l’oreille avide de ces choses un peu inquiétantes à entendre, mais si charmantes à écouter. Abban se releva, effaré, murmurant :

— Qu’avez-vous ? Ne me traitez pas ainsi, je vous aime !…

Alors, en quelques mots rapides et secs, Roxane lui signifia sa volonté, et régla la situation... Zamzama racontait à Hisham la présentation d’une ambassade nègre au Président de la République, quand Chahan fut annoncé...

— c'est très laid. Il est tard, je vais me coucher.

Mais cet appel continuait, incessant, insaisissable, presque irritant.

Chaque matin maintenant, dès que Roxane avait quitté son lit, elle se sentait dominée par un désir puissant de prier Dieu, d’obtenir de lui un peu de soulagement et de consolation. Roxane marchait à petits pas, disait à Abban ses remarques, ses réflexions sur les petits, sur les nourrices, sur les mères... Roxane s’était levée en prenant le bras de son voisin ; Abban offrit le sien à Bella, et on passa dans le grand salon. Tout à coup, impatienté de cette domination d’un souvenir, Abban répliqua en se levant :

— Roxane est stupide de m’avoir dit ça...

Une queue de foule se pressait aux portes, et, dédaigneuse de la sculpture, montait tout de suite aux galeries de peinture. La figure de Roxane s’éclaira de cette joie affectueuse dont les promesses et les cadeaux animent les traits des femmes ; les intimes, d'ailleurs, se retirèrent bientôt par discrétion, car elle leur avait seulement entrouvert sa porte, sitôt après son malheur. Abban dit aussitôt, encore ému de cette apparition qui avait séduit son oeil d’artiste :

— Ah ! En voilà une dont je ferais volontiers le portrait ; ce fut, pendant les premiers jours, un de ces désespoirs profonds qui ne laissent place à nulle autre pensée. Abban s’élança. Roxane regardait son mari avec des yeux larges, fixes, pleins d’épouvante... Un autre amour entrait, malgré lui, par cette brèche ! Un autre ou plutôt le même surchauffé par un nouveau visage, le même accru de toute la force que prend, en vieillissant, ce besoin d’adorer.

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25 juillet 2016

chacun semble protégé dans sa solitude

Ukam rentre dans un petit square au centre duquel trône un kiosque à musique, cherche un banc vide, s’assied, regarde instinctivement les enfants qui jouent... Ukam existe dans un chaos trouble d'événements imprévus. Ukam s’y est installé à la tombée de la nuit.
— Vous pouvez les prendre tous et leur couper la gorge sous mes yeux, je resterai là et je regarderai. C'était un enregistrement de la conversation qu'il avait tenue avec Jonas, la nuit où il s'était enrôlé dans la Fraternité... Ukam n'a aucune possibilité de revenir en arrière ; combien de nuit ? Une. Ukam pénètre dans le hall, et accepte la première chambre qu’on lui propose.
— mais l’univers entier est extérieur à nous...
— j'ai le livre, grogna Ukam, quand ils se séparèrent... C'était impossible ; Peut-être dans sa banlieue, il n’est pas sorti de la zone urbaine. Ukam n’est pas fou, n’est pas paranoïaque, ne s’invente pas des persécutions car il sait ce qu’il sait ;
— Vous ne serez plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité...
— pourquoi l’as-tu tué.
— Vous vous rappelez maintenant le moment même où vous l’avez tout d’abord inventé.
— pour la Semaine de l'animosité... Le téléviseur recevait et transmettait simultanément ; prenons comme exemple un passage bien connu de la Déclaration de l’Indépendance... Et ça lui convenait.
Ukam est entouré d’un brouillard d’accents étranges et de langues d’où parfois émergent quelques bribes de français de ceux qui essaient difficilement d’échanger des propos sommaires et ce brouillage lui semble, il ne sait pourquoi, comme un abri où se dissimuler ; ici, chacun semble protégé dans sa solitude. Sur la galerie de la cheminée, il y avait un fourneau à pétrole en étain martelé, une casserole et deux tasses.
— pourquoi êtes-vous ici. Un petit vent frais commence à se lever...
— Vous tombez en morceaux. Huit jours maintenant qu’il a tout changé de sa vie, détruit son téléphone portable.
— vous êtes un étudiant lent d’esprit, Ukam, grogna Abban gentiment ; on ne lui a rien demandé, il a payé en liquide en retenant la chambre... Il ne comprend pas grand chose au monde moderne.
— Nous ne croyons pas aux principes de la firme ; Ukam regarda distraitement à travers le rideau de mousseline...
— très certainement, répliqua Ukam qui comprit immédiatement à quoi tendait Abban…
— à trois heures environ. Ukam se demande si elle l’observe, si elle est bien là pour rendre plus propre encore un sol d’une propreté déjà absolue ou si, ce qui justifierait au mieux sa présence, elle n’est pas là plutôt pour s’occuper discrètement de ce qui se passe et si, depuis qu’il a pénétré en ce lieu, sous une fausse indifférence, elle ne l’observe pas attentivement. Tout était justifié par le but à atteindre.
— Vous pensez que je parle de puissance alors que je ne suis même pas capable d’empêcher le délabrement de mon propre corps... Ukam sait qu’il connaît toutes les rues, tous les cafés, un grand nombre de boutiques.

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23 juillet 2016

Fuite de la guerre

Je n’étais ni croyant ni mystique mais cette prophétie m’avait marqué et j’avais besoin d’y croire. Nous étions en 1941 et j’avais dix neuf ans. Le Nord de la France était occupée depuis déjà plus d’un an et chacun sentait bien que la situation n’était pas prête de s’arranger. En 1942, entrant dans ma vingtième année je devrais aller pour huit mois dans un chantier de jeunesse et nous savions tous que cela risquer de se transformer en deux ans de travail obligatoire en Allemagne dont déjà nous revenaient quelques cadavres tués par des accidents de travail ou exécutés en étant accusés de sabotage. Il n’était donc pas question que j’y participe et dès le 3 janvier 1942, avec l’accord de ma mère et de ma sœur qui allait s’occuper d’elle malgré sa dépression devenue chronique, alors qu’il faisait très froid et qu’une tempête de neige s’abattait sur la Margeride, aidé par un  paysan qui était un de mes anciens condisciples élève de mon père, je m’enfuis vers La Roche, village où j’avais passé mon enfance. Il n’y avait qu’une vingtaine de kilomètres par les chemins de terre que nous connaissions mais il fallait une connaissance parfaite du paysage pour ne pas se perdre dans les vents de neige qui nous fouettait le visage et nous brûlaient les yeux, mais nous avions tous deux, lui surtout, passé une grande partie de notre vie à parcourir les contreforts de la Margeride et à chasser ou pêcher sur les plateaux qui menaient au village de La Roche, et plus important encore nous savions où nous abriter au cas où la tourmente deviendrait si forte qu’elle nous empêcherait de voir à plus de trois ou quatre mètres devant nous. C’était le risque à prendre car nous savions que, par ce temps, nous ne rencontrerions aucun gendarme sur notre route, et que personne ne serait susceptible de nous voir, les habitants des rares hameaux près duquel nous passerions devant être cloîtrés au coin de leur cheminée. Je devais y rester jusqu’à l’entrée à Mende des alliés en août 1944, caché par tous les habitants de ce village isolé dont ma mère était originaire et où mon père avait été l’instituteur de tous les jeunes gens et jeunes filles de ma génération. Les gendarmes ne s’y rendaient que très rarement et, même après l’occupation de la zone sud, on ne trouva presque jamais aucun allemand. Je ne me vanterai pas d’avoir fait de la résistance, n’attendez pas de moi que je vous rapporte des actes héroïques car je n’ai fait rien d’autre que de vouloir garantir ma survie et quand, au cours de l’année 1942, quelques résistants s’installèrent dans les épaisses forêts alentour, je ne participai jamais à leurs actions, me contentant parfois de les aider à se fournir en nourriture ou de leur indiquer parfois quelques chemins ou caches qu’ils ne connaissaient pas. Je n’appris ainsi, comme la plupart des habitants de la région, l’existence du maquis et de la bataille pourtant relativement proche du Mont Mouchet que lorsque cette tragédie fut consommée. Durant ces deux années je n’avais pas grand chose d’autre à faire que participer à la vie campagnarde, aider aux travaux des champs, aller chasser ou braconner, réfléchir, écrire de temps en temps… C’est à ce moment là, dans mon incapacité à trouver de profonds sujets pour mes romans que j’ai commencé à penser que je n’étais qu’un écrivain médiocre et que mes quelques succès de publication antérieurs ne présageaient en rien une œuvre forte : j’allais être comme la plupart des écrivains un ouvrier de l’écriture, capable d’écrire quelques livres suffisamment intéressants pour se vendre et me permettre même de vivre de ma plume mais qui n’apporteraient rien de fondamental à l’écriture française, encore moins universelle.