Par Abel Cox

Le gouvernement entre dans le choc du nucléaire — beaucoup de choses se passent dans le monde — une autre fois, Ronald et Becky se trouvaient dans une campagne, marchant l'un près de l'autre vers un village — que pourrait-il se passer ici... Les toits de zinc sont roses et dorés ; les feux sont continuellement verts puis oranges puis rouges puis verts puis oranges puis rouges puis verts puis oranges puis rouges... Comme s'il était poursuivi, un homme dévale la rue en courant. Dans le parc Schopenhauer, des hommes, des femmes, courent en tous les sens... Des troupes armées sillonnent la ville pillant tout ce qu'elles trouvent... Des hordes d'adolescents égarés parcourent les villes massacrant tout sur leur passage. Des pas montent l'escalier — l'esprit s'évade par les trous de l'air. Ronald se sent las, et cependant pris de peur à l'idée de quitter la fenêtre, de ne plus avoir sous lui cette ville... L'étagement progressif et profond des toits a quelque chose de rassurant qui garantit contre le vide... Un ouvrier, attablé à la terrasse du bistrot, déguste un verre de bière mousseuse — il semblerait que depuis quelques temps la ville ne soit plus sûre — une gamine bouscule une jeune femme sans s'excuser, se précipite dans les bras d'une jeune femme inconnue qui s'approche... Quelques petits nuages planquent le soleil. Rien de décisif ne se produit ici ; l'omniprésence des militaires est oppressante comme la chaleur lourde d'une soirée d'orage. ; mais ce mouvement plus rapide que l'éclair fit bientôt place à un sentiment douloureux plus durable, comme ne pouvant dans les antres mêmes des Alpes échapper aux cruelles mains des hommes, acharnés à me tourmenter. S'il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombragés de bocages, des contrastes plus fréquents et des accidents plus rapprochés. Laissons donc ces autorités qui se contredisent, et cherchons par mes propres principes à résoudre pour moi ces questions... Je me souviens parfaitement que durant mes courtes prospérités ces mêmes promenades solitaires qui me sont aujourd'hui si délicieuses m'étaient insipides et ennuyeuses... Comment pourrais-je garder les mêmes sentiments pour ceux en qui je trouve le contraire de ce qui les fit naître... Ce doit être un bien méprisable peuple que celui qui trafique ainsi des plus simples devoirs de l'humanité. Cela me força de prendre pour un temps une autre manière de vivre dont ensuite je me trouvai si bien que, ne l'ayant interrompue depuis lors que par force et pour peu d'instants, je l'ai reprise de tout mon cœur et m'y suis borné sans peine aussitôt que je l'ai pu, et quand ensuite les hommes m'ont réduit à vivre seul, j'ai trouvé qu'en me séquestrant pour me rendre misérable ils avaient plus fait pour mon bonheur que je n'avais su faire moi-même. Ces tournures d'esprit qui rapportent toujours tout à notre intérêt matériel, qui font chercher partout du profit ou des remèdes, et qui feraient regarder avec indifférence toute la nature si l'on se portait toujours bien, n'ont jamais été les miennes... J'avais désiré la campagne, je l'avais obtenue ; je ne pouvais souffrir l'assujettissement, j'étais parfaitement libre, et mieux que libre, car assujetti par mes seuls attachements, je ne faisais que ce que je voulais faire. Les hommes ne sont rien pour celui qui n'y pense pas... Ces idées médicinales ne sont assurément guère propres à rendre agréable l'étude de la botanique, elles flétrissent l'émail des prés, l'éclat des fleurs, dessèchent la fraîcheur des bocages, rendent la verdure et les ombrages insipides et dégoûtants; toutes ces structures charmantes et gracieuses intéressent fort peu quiconque ne veut que piler tout ça dans un mortier, et l'on n'ira pas chercher des guirlandes pour les bergères parmi des herbes pour les lavements. Le lendemain, le temps étant assez beau quoique froid, j'allai faire une course jusqu'à l'Ecole militaire, comptant d'y trouver des mousses en pleine fleur... La solitude champêtre où j'ai passé la fleur de ma jeunesse, l'étude des bons livres à laquelle je me livrai tout entier renforcèrent auprès d'elle mes dispositions naturelles aux sentiments affectueux, et me rendirent dévot presque à la manière de Fénelon. Est-il temps au moment qu'il faut mourir d'apprendre comment on aurait dû vivre ?... Ce qui me surprit le plus était qu'en me rappelant ces choses controuvées, je n'en sentais aucun vrai repentir. Cherchons, je trouverai peut-être enfin un homme ; si je le trouve, ils sont confondus... Les hommes se sont tellement pressés de porter à son comble la mesure de ma misère que toute la puissance humaine, aidée de toutes les ruses de l'enfer, n'y saurait plus rien ajouter..