Odeur de fin de journée, remugles de sueur, odeur de sexe du stand du poissonnier, odeurs d’essence, klaxons, klaxons, vacarme, bruit de la chasse d’eau, odeur de chiotte, tout se mélange, bruits et odeurs. Mélange d’odeurs —fortes— et de bruits —fort. Tohu-bohu, voix, voix, klaxons, boucan, barouf, cacophonie, vociférations, insultes: la petite Sandy ouvre la porte du commissariat, regarde dehors, — C’est le bordel, y a encore un camion qui bloque la rue. Marre de ce putain de commissariat!… Comment on peut supporter ça?

Albertine, la commissaire, surgit en trombe de son bureau: — Évelyne, faites-moi cesser ce bordel, on ne s’entend plus… Évelyne se saisit de son carnet à souches. Avec ça elle est invincible et c’est pas un gros camionneur haltérophile qui va l’effrayer. Elle sort. Sonnerie du téléphone. Personne ne répond. Dans un quart d’heure le boulot se termine pour la plupart des agents présents, c’est pas le moment de faire du zèle. Sonnerie. Sonnerie. Sonnerie… Albertine se décide, décroche dans le tapage ambiant — Merde, on s’entend plus ici… vous pouvez répéter? J’entends très mal… Bon d’accord, je vous envoie quelqu’un. Elle regarde autour d’elle: — Il se passe toujours quelque chose dans un commissariat, Forcheville, vous prenez Santeuil avec vous et vous allez sur la D64, au carrefour de la route forestière de la haute borne… Calme apparent, les voitures circulent, odeur de mazout, d’essence, Évelyne revient l’air triomphant… Vous savez pas où c’est? Évelyne intervient: — la route de la Haute borne, je sais, je vais y faire du vélo avec mes gosses… — Expliquez leur! — Je peux aller avec eux… — Inutile. Évelyne prend ça comme une gifle. Elle se tait. Rien d’autre à faire. La commissaire: — un forestier vous attend là-bas. Je vous explique: un bonhomme, un anglais, est parti à cheval dans la forêt vers 14 heures. A 15 heures 30 environ, son cheval revient seul à l’écurie. On cherche l’anglais, on le trouve au bord d’un chemin dans un coin qui s’appelle le bois des Grands Béorlots ou bouleau, je sais pas, j’ai pas bien entendu. Mort. Certainement une chute de cheval, mais faut quand même vérifier. Allez y tout de suite et faites un rapport mais… ne me dérangez pas pour rien, j’ai fini mon service, je rentre chez moi. Évelyne: — C’est près d’Achères la forêt! — Oui et alors? — Rien, rien… je disais ça comme ça… La commissaire la regarde d’une façon qui signifie «va pas s’améliorer celle là, pauvre tâche et dire que je suis obligée de supporter ça dans mon équipe…» puis rentre dans son bureau.

Un mort de plus. Étonnant. Dire que d’habitude il se passe rien dans ce commissariat. Y a quelque chose qui se détraque. Évelyne est comme assommée, ne sait pas que faire, que dire. D’ailleurs ne fait rien, ne dit rien. Fin de l’épisode…