Écrits de Marc Hodges

Éléments de l'HyperFiction dynamique et répartie La disparition du Général Proust.

22 janvier 2008

L'influence d'une phrase (Histoire de la fille publique (3))

J’ai toujours affectionné l’état de disponibilité intellectuelle où la solitude me permet de pénétrer et que j’avais atteint ce jour-là en l’absence de mes parents. Il laisse l’esprit au seul sentiment de vivre dans la plénitude empathique de la multiplicité des détails et, dans le même temps, offre un recul fatal au temps par rapport à une réalité qui, vécue dans le rythme du quotidien, tend à devenir par trop impérieuse… Mes yeux voletaient ainsi à travers l’espace, s’arrêtaient sur une ou l’autre des lithographies abstraites ornant les murs, glissaient sur la trame laineuse des rideaux, sautaient, à droite, sur les nervures des volumes de la bibliothèque, se promenaient avec lenteur sur le cuir rouge du vaste bureau où les objets rangés avec un soin méticuleux montraient la maniaquerie de leur propriétaire. Cet ordre était d’ailleurs si soigneux qu’un livre, cartonné de grenat, arrêta mon attention. D'instinct je le pris, l’ouvris au hasard, lus :

« On verra que l’affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l’industrie publique… ». Je ne compris pas sur l’instant la pleine portée de cette phrase ni, bien sûr, son importance pour ma vie à venir. Pourtant elle me frappa. Je refermai le livre, remarquai que l’auteur était un certain Engels, notai que son ouvrage s’intitulait «Origine de la famille, de la propriété privée et de l’état», reposai le livre là où je l’avais trouvé m’efforçant que personne ne remarque que je m’en étais emparé ne serait-ce qu’un court instant. Ma rêverie se déplaça sur la phrase qui faisait dans ma tête son tranquille  chemin, les mots parlaient en moi sans signification précise puis leur contour se dessina, en émergea lentement une forme, des associations de mots, un sens… Ainsi donc la femme devait être affranchie, ainsi donc elle était une esclave et cet esclavage passait par la nature même de son sexe. Cette découverte me bouleversa, m’occupa longtemps, les mots tournaient en moi, prenant de plus en plus de force, me conduisant vers quelque chose que je ne comprenais pas vraiment mais qui, peu à peu, prenait sens. Je sentais confusément qu’il y avait là un moyen de combler l’impression obsédante de vide que, depuis toujours, je portais en moi comme un enfant.

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27 janvier 2008

Solitudes (Histoire de la fille publique (4))

Quand, vers dix neuf heures, mes parents adoptifs rentrèrent chez eux, ils me trouvèrent plongés dans Voltaire, profondément abîmée dans mes pensées. J’étais déjà bien décidée d’aller plus avant dans la mise en pratique de la note de cet auteur remarquable.

J’abandonnai mes révisions pour le BEPC, me mis à lire… Dans la copieuse bibliothèque de mes parents adoptifs je trouvai une première matière à réflexion puis j’explorai les rayons de la bibliothèque municipale pour y trouver le plupart des ouvrages relatifs à la condition féminine susceptibles de m’éclairer davantage. Il y avait là un fatras d’idées contradictoires, hétéroclites, malgré tout j’en dégageai la certitude que le problème féminin n’était pas un problème particulier mais une partie d’une problématique plus vaste : l’exploitation de l’homme par l’homme et de la femme par l’homme. Absorbée par mes lectures, je m’enfermai souvent de longues heures dans ma chambre, prenant à peine le temps de manger ou de dormir. Je devins taciturne. Mes parents adoptifs attribuèrent cette humeur à l’inquiétude provoquée par la préparation de mon examen. Lorsque je fus reçue, ils pensèrent que cette vie d’ermite prendrait fin.

Ce ne fut exact qu’en partie. J’interrompis un temps mes recherches. Non parce que j’avais obtenu un diplôme, mais parce que, partis en vacances dans leur petite maison familiale du Massif Central (il était né à Brommat), je n’avais aucune envie de me joindre à eux. J’entrais dans mes quatorze-seize ans, parallèlement à mes découvertes intellectuelles j’avais fait quelques constatations sur mes changements physique d’état et, notamment, j’éprouvais de plus en plus de plaisir à me caresser ce dont, je dois l’avouer, j’étais vaguement honteuse, et que je ne faisais que dans la solitude familière et discrète de ma chambre.

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29 janvier 2008

L'amour

L'aube ne demandait qu'à se lever. J'ai tiré les rideaux. Je l'ai foutue dehors, ne pouvais plus la supporter. Je savais — non je ne savais pas vraiment, je pensais savoir…— que je ne pourrais pas la supporter, je voulais fuir… Très loin. Je croyais que ça se terminerait car j'imagine souvent la fin de l'histoire avant le début. Je ne me croyais pas aimable, en tous cas pas si aimable que ça. J'ai vu le pire, le meilleur, le délire… Quelqu'un qui voulait m'aimer, projet fou d'un amour. C'est à la fois doux et lâche, se laisser aller, s'abandonner au cœur du cœur, au chaud de l'amour, dans son lit, un lit refait avec des draps, des draps propres et la vie tout autour… Je lisais Libération, un vieux numéro du 21 février 1984, trouvé là, je ne sais pas pourquoi, je lisais la page 29 et je rêvai de me perdre dans ses bras, me laisser porter, redevenir ce nourrisson que j'avais dû être un jour même si je n'en avais pas un souvenir précis. Elle me prenait pour me donner son amour. C'était un chemin que je prenais, il n'en était pas d'autre, je gémissais (serrant sa gorge jusqu’à la faire crier), fille d'eau, elle n'était pas pressée ma langue-anguille nageait dans l'étang de son sexe, son sexe épilé, j'avais la langue curieuse bestiale, notre tendresse avait du sexe dans les yeux, nous cherchions l'unité, la fusion… Dans ces moments ses joues pâles étaient comme éclairées de l'intérieur, ma bouche butinait les fragrances de ses seins. Introduction du physique. L'amour devenait physique, l'amour s'incarnait. Elle prenait mes couilles, mon sperme pour me donner de la tendresse. je lui offrais mon corps. Et il y avait tout ça autour de nous, toute cette tendresse, cette tension, attention entre nous et autour encore le bambou qui semblait manquer d'eau, de la buée sur un verre à moutarde et la table de nuit en verre et un petit bouquet d'orchidées fanées et des portraits d'inconnus et quelque chose d'indéfinissable et il n'y avait d'autre, rien que ça et nous et son parfum et ma main sur ses fesses, un vase où un bouquet de glaïeuls finissait de faner, une canne à tête de Méduse sur le sol et des photogrammes fixés de travers sur les murs, mes godasses abandonnées dans un coin sa lumière et aussi son odeur de palourde et mon blouson abandonné sur une chaise. il y avait d'abord tout ça,un ramassis de livres pathétiques et cet amour qui s'installait entre nous, s'incrustait dans nos yeux, nos cœurs, nos corps, nos sexes, cet amour qui ne voulait pas se savoir d'avance condamné.

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02 février 2008

Itinéraire philosophique (Histoire de la fille publique (5))

Heureusement, continue à penser la fille publique, heureusement un ami de vacances, jeune parisien de dix sept ans, qui revenait tous les étés au village, s’offrit, dès notre première promenade dans la forêt de chênes, à me libérer du sentiment de culpabilité auquel me livraient mes caresses solitaires. Il me démontra, non seulement qu’il était normal d’éprouver, dans les caresses, un plaisir physique, mais encore qu’il était logique, sain de rechercher celles d’entre elles qui procuraient le plus de jouissance. Allant souvent me promener, je consacrais donc mes vacances à des recherches mutuelles qui, je dois le reconnaître, furent rapidement assez avancées d’autant que, plus âgé et donc plus averti que moi, il possédait déjà sur la question un point de vue plus riche qui me permit de m’affranchir d’étapes préliminaires. Qui plus est, non content de m’initier sur le plan pratique, il poussa l’amabilité (voyait-il en moi une élève d’exception?) jusqu’à me faire partager les connaissances théoriques qu’il avait de la question sexuelle, me lisant et me commentant, entre deux séances de travaux pratiques, l’Introduction à la psychanalyse d’un certain Sigmund Freud, un ouvrage de gymnastique physique, le Kama Soutra, Justine d’un certain DAF de Sade et  Éros et civilisation d’Herbert Marcuse.

Ces découvertes philosophiques successives eurent sur mon jeune esprit la plus décisive des influences. Peu à peu s’était dégagée l’idée que seule une lutte sociale pourrait combler le vide que je sentais en moi tandis que, dans le même temps, je prenais conscience de l’emprise profonde du sexe sur la personne humaine ainsi que son rôle collectif… Ma voie était désormais tracée, c’est sur ce terrain du sexe que je pouvais agir avec efficacité en vue d’une transformation sociale profonde: «La femme n’est pas plus au foyer qu’ailleurs. Comme celle de l’homme, elle est partout, partout où leur activité peut et veut s’employer» dit avec justesse Jules Guesde dans son livre «La femme et le droit au travail». Je compris que le sexe était une activité sociale comme une autre.

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08 septembre 2008

Ma découverte du plaisir

Après l'expérience du baiser sur le sexe, relatée dans ma dernière page — qui explique d'ailleurs peut-être mon goût profond pour la fellation — je sus que j'avais un sexe. Plus précisément je compris au plus profond de ma chair que mon corps offrait une zone érogène: je découvris soudain l'érotisme, le plaisir orienté vers lui-même car je n'avais d'évidence alors aucune idée de la sexualité et de son orientation reproductive.

Bien entendu, à cet âge, tout ceci était encore flou mais, quoi qu'il en soit, mon innocence prit fin ce jour-là et avec cette fin, j'acquis la notion de culpabilité. Le dire ainsi pourrait faire croire à une approche religieuse de la sexualité; il n'en était rien. Ce dont ce baiser impromptu m'avait fait prendre conscience c'est, à la fois, qu'existait une territoire de plaisir dont j'avais tout à découvrir et, dans le même temps, que sa découverte ne pouvait se faire que dans une certaine discrétion. Je sentais, plus que je ne le savais, que je ne pouvais demander cette sorte de baiser ni n'importe quand ni à n'importe qui. J'aurais en effet tant voulu renouveler l'expérience mais quelque chose m'interdisait de proposer à qui que ce soit d'accomplir à nouveau cet acte, jamais été offert auparavant et qui, dans les jours qui suivirent, ne le fut pas davantage. La cousine qui m'avait éveillée à ces sensations nouvelles était partie le soir même sinon peut-être aurais-je essayé de jouer avec elle, qui avait osé ce geste inattendu, au docteur. Je ne me permis pas le proposer à d'autres.

Cependant, cet acte initiateur m'ouvrit à tout un monde de significations: soudain, des discussions d'adulte dont jusque là je ne percevais rien, me devinrent plus claires; des plaisanteries me révélèrent un monde de sous-en tendus; soudain des remarques de parents comme "arrête de te tripoter" ou "on ne montre pas son zizi à tout le monde", etc. prirent un sens. En effet, cet organe, siège de plaisirs possibles, ne pouvait être qu'un territoire réservé, interdit à tout un chacun, car destiné à des sommets de délices.

11 septembre 2008

L'intuition de l'érotisme

Comme je l'ai avoué le 2 juillet 2006, je découvris la puissance de l'érotisme vers l'âge de huit ans mais pendant quelques mois, même si je sentais vaguement qu'en l'appendice de mon sexe reposait une étrange puissance de plaisir qui me poussait à y porter la main en cachette, je ne sus réellement qu'en faire. J'ai bien essayé, à diverses reprises, de répéter avec d'autres fillettes l'expérience qui m'avait éveillé au désir mais, soit qu'elles aient déjà été trop âgées pour agir avec l'innocence de ma cousine, soit que leurs catéchistes les aient déjà alertées contre les jeux avec les garçons, soit qu'elles préférassent jouer avec d'autres filles de leur âge… je n'y suis jamais parvenu aucune ne daignant jamais s'intéresser à l'esthétique d'un sexe que, en diverses occasions — lorsque je devais uriner dans la campagne, à la sortie d'une douche, en mettant un maillot de bain…— je laissais apparaître comme par hasard, sans le vouloir, avec une certaine négligence ce qui, l'âge avançant, ma mère ou mon père manquaient de moins en moins de me faire remarquer d'un, d'abord tendre puis de plus en plus sec: "Marc, range moi ça…", "ça" désignant sans ambiguïté l'organe que, justement, je me refusais à ranger.

Dire que j'en étais malheureux ou que j'éprouvais une grande frustration du désir insatisfait serait trop dire. L'attente du plaisir n'était encore qu'une vague sensation nébuleuse: j'avais une certaine complaisance à afficher mon pénis, j'aimais bien le toucher en mettant la main dans la poche de mon pantalon (qui finirent par être de plus en plus trouées sans que ma mère, jamais, ne m'en fit la remarque), j'espérais sans insister qu'une des fillettes que je fréquentais s'y intéresserait… rien de plus. Ce plaisir restait en latence. Je soupçonnais qu'il était appelé à prendre plus de place dans ma vie mais ce soupçon restait encore très vague.

Je dus attendre presque deux ans pour connaître ma seconde vraie expérience sexuelle.

Mes parents étaient adeptes du camping et possédaient une petite caravane. Tous les étés, nous allions à Mimizan-plage dans un camping dont j'ai oublié le nom. Notre activité principale était la plage sur laquelle donnait le terrain où ma mère s'étalait de longues heures durant me laissant jouer dans le sable avec des compagnons de camping pendant que mon père, après avoir pris le soleil quelques minutes et barboté un peu dans l'eau, s'en allait lire son journal au "bar de la plage". Lorsque l'après-midi arrivait à sa fin, nous rentrions alors nous débarrasser du sable dans les douches du camping qui, à l'époque, divisées en une partie pour les femmes et une autre pour les hommes, étaient collectives, les enfants seuls au-dessous de dix ans, ayant les privilèges de pouvoir passer de l'une à l'autre et de se doucher nus s'ils le désiraient hommes et femmes conservant leur maillot, ce qui les obligeait à diverses contorsions pour se laver les parties couvertes.

Un jour, je ne sais pour quelle raison, je rentrais me doucher avant ma mère et la plupart des campeurs qui avaient tous, plus ou moins, adopté les mêmes horaires. Un adulte était déjà sous la douche, un bel homme athlétique qui me paraissait âgé, mais qui ne devait guère avoir plus de trente ans, qui se savonait avec attention. Il était nu. J'avais déjà vu quelques hommes nus à commencer par mon père. J'en avais rarement vus d'aussi athlétiques. Son corps était un nœud de muscles dont le bronzage et le savon dont il se recouvrait faisaient ressortir les volumes. Je le regardais. Il vit que je le regardais. Il me sembla que ses gestes se ralentissaient, devenaient plus voluptueux. Il se savonnait lentement le sexe faisant, comme si rien n'était, jouer la peau du prépuce. Il bandait. Me lavant, je me mis à bander aussi. Il me tendit sa savonnette, je m'enduis comme lui. S'installa entre nous une certaine tension érotique. D'une certaine façon, je sentais — je suis sûr qu'il le sentait aussi — que quelque chose était possible mais, soudain, il se rinça, détourna le yeux, dit: "Comment t'appelles-tu?" Je répondis sans gêne. Il prit sa serviette, s'essuya, la noua autour de sa taille: "Au revoir Marc", dit-il, et il s'en alla. Je restais quelques secondes dans un état bizarre, je sentais qu'il y a avait en moi quelque chose qui aurait voulu s'exprimer, un besoin de détente que je ne savais comment trouver. Je finis de me doucher et rentrai dans notre caravane essayant, en vain, de m'intéresser au livre que, d'habitude, j'adorais lire.

20 septembre 2008

Deux chiens

A partir de dix ans donc, mon éducation sexuelle s'accéléra et je commençai à regarder le monde d'un autre œil. Ainsi, de nombreux événements auxquels je n'avais jusque là prêté aucune attention me semblèrent tout à coup pleins d'intérêts et d'enseignements comme, par exemple, les rires stupides des adolescentes de ma famille (j'avais une famille aux ramifications nombreuses qui aimaient souvent à se réunir dans les vastes propriétés des uns ou des autres…) lorsque les garçons les chatouillaient, leur parlaient à l'oreille, leur prenaient la main ou chahutaient avec elles dans une des rivières que nous fréquentions les jours de soleil d'été. Ce qu'ils m'enseignaient n'était pas d'une clarté éblouissante et ma conscience des mécaniques du fait sexuel ne s'installa que peu à peu mais, quoi qu'il en soit, ces nombreuses observations m'apprirent que, entre garçons et filles, existait tout une zone de non-dits, d'interdits, de limites avec l'interdit qui relevaient du territoire d'un plaisir aussi étrange et recherché que celui que me procuraient mes douces caresses sur mon sexe.

C'est ainsi qu'un jour, dans la petite ville semi-campagnarde où j'habitais alors, je tombais sur un spectacle qui mobilisa toute mon attention et me donna longtemps à penser. Rentrant chez moi à la sortie de l'école (la vie semblait plus sûre alors et il ne serait pas venu à l'idée de mes parents de venir me chercher pour faire à pied les trois cent mètres qui m'en séparaient), je tombais sur la danse à laquelle se livraient deux chiens, un marron foncé tacheté de noir et un tirant sur le beige, le premier tournait autour de l'autre s'efforçant de lui renifler le derrière, le second — queue serrée entre les pattes — semblait vouloir refuser cette sorte d'attention mais, pourtant, ne se sauvait pas. Au moment où, ne trouvant encore guère d'intérêt à cette scène, je m'apprêtais à passer, le chien marron grimpa sur le derrière du beige et j'aperçus nettement un sexe très rouge qui pénétrait dans ce que je crus alors être son anus. A dix ans je n'avais pas une grande connaissance de l'anatomie et cette pensée rencontrait diverses expressions grossières que j'avais entendu ça et là comme "va te faire enculer" dont j'avais sous les yeux une illustration…

Intéressé — une "leçon de choses" — je regardais le spectacle du chien marron pratiquant ses poussées rythmées sur le beige. Cela dura quelques secondes puis il descendit de la croupe de son partenaire qui était resté relativement passif. C'est alors que se produisit un fait qui me laissa stupéfait: les deux chiens — je n'avais pas encore compris qu'il y avait un mâle et une femelle —, reliés par le sexe du chien marron, ne pouvaient plus se séparer. Ils se mirent à tourner lamentablement sur place sans émettre ni aboiement ni gémissement, puis arrêtèrent de se déplacer comme s'ils attendaient quelque chose. Je me serais bien approché pour observer de plus près le phénomène mais ne connaissant pas ces bêtes, je craignais d'être mordu et l'enseignement de la prudence que m'inculquait ma famille me fit rester à l'écrt.

Enfin, au bout de quelques minutes, ils se séparèrent comme si rien ne s'était passé et, tranquilles, partirent chacun de leur côté.

Ainsi les sexes servaient à ça: relier les êtres. Il y avait une fonction technique que je n'avais jusque là pas perçue et qui, si j'en jugeais à la fois par l'excitation du chien actif et par mon propre intérêt, ne devait pas être désagréable… Ma curiosité pour ce partenariat s'éveilla ce jour-là.

20 octobre 2008

Découverte des sexes

Ma première soirée au camp fut de suivre cet homme qui brinquebalait ses couilles comme battant de cloche dans les divers secteurs de l'épicerie pour faire l'inventaire et écouter ses explications commerciales. La situation avait quelque chose de cocasse: comme un instrument de mesure épicière, son pénis frottait les boîtes de conserve, se posait sur les légumes, caressait les bouteilles de vin, s'étalait sur la tabouret posé derrière la caisse. Cela me fascinait… Non en tant qu'objet érotique mais comme une curiosité animalière: je ne cessai de le regarder tout en essayant de faire en sorte que mon regard ne soit pas perceptible. Au fond, j'écoutais peu ses explications car mon esprit était ailleurs et mon imagination travaillait plus que ma raison. A un moment je me mis à bander. L'épicier — il l'était encore pour quelques heures — s'en aperçut aussitôt: "Pas de ça ici, petit, faut t'habituer à oublier que t'as un sexe, les clients n'aiment pas trop et tu vas te faire jeter comme un malprope!" Il prit une poignée de glaçons dans la glacière: "Pose ça sur ta bitte, ça te calmera." Je le fis, l'effet mécanique agit, mais non sur mon imaginaire qui se peuplait de sexes grotesques et variés.

La soirée se passa ainsi. Vers minuit il partit me laissant seul dans la boutique. Cette idée m'inquiétait et à la fois, m'excitait: j'avais du mal à trouver le sommeil. Une petite masturbation tranquille et une barre de chocolat me permirent de m'endormir. Il était près de deux heures, l'épicerie ouvrait à neuf heures du matin.

La vérité est souvent difficile à croire lorsque les faits ne se cantonnent pas dans la banalité quotidienne, et pourtant il arrive bien souvent que le réel excède les capacités imaginatives de la fiction. Je n'aurais, par exemple, jamais pu imaginer la variété, la diversité (oserais-je dire la richesse) de formes des bas-ventres qui, dès l'ouverture du magasin, s'offrirent à mon regard. Bien que, comme je n'ai pas eu le temps, de vous l'écrire, j'avais déjà eu un certain nombre d'expériences, les sexes, les fesses, les seins qui se présentèrent me firent vite comprendre mon inculture en ce domaine et que j'avais beaucoup à apprendre de mon mois de séjour en ce lieu.

27 octobre 2008

De quelques sexes

Le magasin du camping naturiste était en fait un baraquement pré-fabriqué divisé en deux parties: ma chambre et le magasin proprement dit. La caisse étant située à l'entrée de ce dernier j'avais vu sur l'intérieur et sur l'extérieur. De plus, pour éviter des vols, le magasin était équipé d'un système de vidéo-surveillance qui, réparti sur quatre écrans permettait, de la caisse, de voir dans tous les rayons. C'était comme si j'avais eu des yeux de mouche à multiples facettes. Ma première journée fut une journée d'étonnement et de découverte: jamais je n'avais vu autant de sexes de toutes sortes…

Je fus d'abord attiré par les sexes mâles, car les plus extérieurs, donc les plus visibles, depuis ceux fermes et à peine esquissés des jeunes enfants jusqu'à ceux aux poches pendouillantes et au tube flasque des vieillards, il y en avait pour tous les goûts et je ne cessai de m'émerveiller en découvrant des particularités que je n'avais encore jamais vu comme un pénis courbe, un autre minuscule et râblé comme rentré dans une poche, certains d'une longueur et d'une finesse étonnante, certains encore paraissant devoir déséquilibrer l'homme qui l'arborait alors que d'autres étaient si fluets qu'ils ne me paraissaient pas pouvoir accomplir leur fonction essentielle; la variété des couleurs des glands du rose franc au rose violacé perceptibles lorsque l'individu qui l'arborait avait été circoncis, plus mystérieux dans le cas contraire bien que montrant parfois le bout de son nez; des testicules fermes comme des balles, plutôt ronds ou plutôt oblongs, d'autres flasques et pendant… Je m'étonnais sans cesse de la variété des formes que donnait cette combinatoire pourtant élémentaire entre deux boules et un tube.

Ceux des femmes, bien que plus discrets, présentaient aussi d'intéressantes variantes depuis la couleur, la densité, la texture des touffes de poil, jusqu'à la variété des reliefs plus ou moins dissimulés par les plis du bas ventre. Il y avait ceux, lisses et gentiment dessinés, des fillettes sportives, ceux gonflés par la graisse des petites filles un peu grosses, ceux forestiers des femmes mûres, ceux plus ou moins desséchés des vieilles femmes.

A tout ceci s'ajoutaient les couleurs de peau et les nuances de bronzage…

Mon magasin était une vraie leçon d'anatomie. A la fin de la première journée, je décidai d'occuper l'ennui de mon temps commerçant à tenter une taxinomie.

En ce qui me concerne, la vérité m'oblige à dire, que si je dissimulais mon peu d'aisance devant cet étalage de nudités, j'essayai aussi de préserver ce qui pouvait l'être de la mienne en me tenant obstinément derrière mon comptoir. Il fallait cependant que, par moments, pour répondre à la demande d'un client ou d'une cliente, j'en sorte. Je le faisais d'abord en évitant le plus de frottements possibles puis, devant l'exiguité des couloirs de circulation, ne pouvant faire autrement, en les acceptant… Je finis par m'habituer et même, je dois le reconnaître, à y prendre un certain plaisir bien que, sur ce plan, le camp de naturiste affichant une moralité sans faille proche même de la pruderie, je me devais d'être très prudent et de m'habituer à la situation au point même de ne plus avoir à m'en étonner.

15 novembre 2008

Dessin de sexes

Dès que j'eus baissé le rideau de mon magasin, Uwe, appelons-la Uwe, car elle avait un accent allemand ou hollandais, prit les choses en main. Elle me damanda si j'avais une table. J'en avais une, elle était dans ma chambre… Elle posa, ouvert au hasard, sur la table mon cahier de notes, montrant un de mes croquis. C'était un bas ventre d'adolescente que je reconnus aussitôt comme celui de la petite blonde anglaise qui, tous les matins vers neuf heures trente, venait acheter six croissants: à la pointe du V majuscule qui séparait le haut des cuisses du ventre proprement dit, un renflement discret coupé verticalement d'une petite dépression surmontée d'une petite touffe discrète de poils blonds frisottés. "Regarde", me dit celle que désormais j'appellerai Uwe. Elle ouvrit son carton à dessins que je vis empli de croquis de sexes. Elle tourna les feuilles, en choisit une qui représentait sans erreur un ventre d'adolescente et la posa près de mon cahier. Elle répéta, "regarde". Je regardai et comparai. La différence était incontestable entre mon misérable croquis fait de quelques traits maladroits et ses pastels pleins de nuances. Je reconnus: "Oui, c'est bien mieux… mais je ne sais pas dessiner et je n'ai pas beaucoup de temps pour chaque croquis. Je ne veux pas que les clients s'aperçoivent que je dessine leurs sexes." "Je ne dessine que des sexes, dit Uwe, depuis "L'origine du monde" de Courbet, tout a été dit, il n'y a plus rien d'autre à faire…" Je ne pus résister au plaisir de regarder les dessins qu'elle avait apporté. Elle me laissa faire puis prit une feuille vierge et commença à dessiner mon sexe. "Je peux, demanda-t-elle, approchant une lampe pour mieux l'éclairer?"

Je n'avais aucune raison de refuser et la laissai faire. Bientôt elle le prit en main. Tranquille, elle le manipulait comme s'il ne s'agissait pour elle que d'un simple objet d'observation, soupesant les testicules, étalant mon pénis sur sa main, approchant ses yeux pour saisir les nuances, tirant sur le prépuce pour faire ressortir le gland. On aurait dit un médecin examinant un corps malade.

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