18 octobre 2007
De Germaine à Argencourt
Par moments le vide presque tyrannique de ce paysage que j'aime m'effraie... Produit de mon imagination? Tous les gens suivent le même chemin les uns commencent par la droite les autres par la gauche, la vie passe ainsi or j'estime avoir droit à tout, venez à Fontainebleau... Je me demande quel avenir aura lieu ! Il faut bien dire quelque chose. Autonomie excitée! La nuit est tiède - à Fontainebleau comme ailleurs, faute de temps et de passion, les habitants s'aiment sans le savoir! La lune brille; oubliez Ganançay, vous seul comptez à mes yeux, je vous aime, en doutez-vous; des ombres dessinent votre visage, l'air vibre, la lune bouge depuis l'église Saint-Louis! Je ne vois plus personne, le G20 a une enseigne neuve...
Qu'est-ce donc qu'une lettre d'amour ? Je ne sais pas écrire une lettre d'amour... Les rencontres nouvelles font échapper à l'expérience, Argencourt, moi Germaine, je suis folle de vous... Mon regard se perd dans les perspectives des chaussées, la cruauté se contemple avec soin dans les miroirs des vitrines, pourquoi ai-je honte de mes sentiments, je suis au désespoir, Argencourt, je ne vous verrai pas de toute la journée, que deviendrais-je si je venais à vous perdre... Faites de moi ce que vous voulez. Que de larmes me coûte notre brève rencontre d'avant-hier... Je ne me méprends pas sur ce que cela veut dire : l'absence qui est pour les vrais amants un supplice abominable, n'est-il pour vous qu'un repos : je meurs du besoin de dire le vrai; je vous imagine en train de rire, pourquoi votre bonté se dément-elle quelquefois...
Je suis impuissante à maîtriser le désordre de sensations qui se bousculent en moi et mon cœur ne peut négliger de rendre grâces à son délicieux Argencourt.
Adieu, je vous aime…
08 novembre 2007
De Palancy à Germaine
Fontainebleau, tous les regards sont des miroirs de feu - j'avance dans un cortège de cuivres - je n'ai plus rien à dire.
Chère Germaine! Pourquoi, Germaine, me parlez-vous de Gilberte, je ne connais que vous: jugez ce que tout cela peut faire sur un cœur qui n'est ni insensible ni ingrat. Si vous m'aimiez, je trouverais mes excuses dans votre coeur. La réalité, l'absence, le déficit, la présence... La présence! Comment ne pas vous regarder perpétuellement. Mon âme ne peut négliger de rendre grâces mille et mille fois à son adorable Germaine; i mio cuore e un mar di pianti! Je suis au désespoir, Germaine; la passion s'exprime dans mon trouble ! Je vous aimerai toute ma vie. Je ne sais plus vivre sans vous: en effet quelquefois je vous écris pourtant j'ai peur de vous voir, de vous regarder.
C'est ici que tout a lieu... C'est une ville. La lumière du soleil fracasse les murs! Des murs appareillés de pierres et de briques; désormais je suis au désespoir - je ne m'attendais pas à vous écrire encore: à la boîte aux lettres Jaune, à la porte du château… vous êtes désormais partout où je passe - la jalousie a quelquefois plus de vertu pour retenir un coeur que les charmes et que le mérite: I love you so much, vous riez; l'unique moyen de me délivrer de tant de tourments est de vous rapprocher de moi; malheureux que je suis: je vous ai dit mille fois que je vous aimais... Je vous aime éperdument: l'avenir vient vers moi, comme le passé, en chaque moment inattendu! Depuis que je vous aime, moi, Palancy je ne suis plus Palancy, je n'ai plus assez de mon âme car elle est toute à vous.
Palancy
16 novembre 2007
De Germaine à Argencourt
My dear Argencourt,
je cherche par des termes à décrire un monde qui échappe aux mots. Je cours le risque du souvenir, s'il y a quelque chose qui m'empêche d'être crue quand je parle de passion, c'est que j'en parle trop bien; je suis sortie d’auprès de vous avec le Paradis au-dedans de moi. Se peut-il que vous ne me donniez jamais un moment de désir. Ne savez-vous pas que les histoires en disent plus que tout le reste... Si je pouvais conserver de l'estime pour vous, je serais fort navrée de ne pas mourir, écrire n'est pas une nécessité; j'ai besoin de vous. Comment ne pas vous regarder perpétuellement... J'attendrai donc de vos nouvelles avec impatience - l'amour ne s'obtient pas il s'arrache. Je tremble quand je lis ou que j'entends votre nom! Je suis celle que les petites villes et la solitude ravissent,
Vous m'avez écrit, vous écrivez agréablement. Je suis au désespoir, Argencourt. Qui tiendra une place plus grande dans les jouissances que j'attends; ou alors il faut que je vous retrouve - je ne sais plus très bien où je vais; croyez moi digne de votre confiance - vous me pourrez bien voir mourir sans être touché. Je n'aime la vie que pour la passer avec vous... Mon sort reste dans vos mains: pourquoi faut-il qu'il y ait parfois tant de différences dans les compréhensions: ne me laisserez-vous jamais en repos.
La puanteur de la passion galope à travers les impasses de Fontainebleau. Rien ne s'épuise jamais. Fontainebleau est un produit de mon imagination... Fontainebleau est si saturée par elle-même qu'elle devient autre chose. Dans mes souvenirs d'adolescente, de nombreux amours se sont effilochés... Au centre de la place de l’Hôtel de ville la tête d'un poète mort fait une fontaine…
Depuis que je vous aime, moi, Germaine je ne suis plus Germaine, seulement jugez ce qu'il paraît à d'autres à qui votre amour serait absurde.
Servez-vous de moi.
Votre Germaine.
23 novembre 2007
De Germaine à Argencourt
Souvenez-vous toujours, Argencourt, que j'ai manqué de pouvoir, non de volonté, je ne m'attendais pas à vous écrire encore et encore! Cher Argencourt: je voudrais construire un univers devant lequel m'agenouiller: acceptez donc de me voir parfois - serais-je constamment dans des menaces de vous perdre! Pourquoi votre bonté se dément-elle de temps en temps, je suis incapable d'imaginer un matin sans vous... Je vous aime trop pour accepter de vous perdre! Ne doutez pas que lorsque le hasard nous rassemblera à nouveau, je ne vous donne les preuves les moins confuses de mes sentiments, mais qu'il est difficile de haïr celui qu'on aime - je vous en prie écoutez mon tourment... Mon âme est soucieuse et agitée, il m'est impossible de vous parler sans vous dire que je vous aime, croyez moi digne de votre confiance... Sempre mi siete presente, sempre vi veggo, sempre vi dico tante, tante cose, tutte al vento, tutte ! Sans vous je n'ai point de jouissances - trop profondes, les vallées sont autant de frontières à mes mots… Je n'ai plus assez de mon âme elle est toute à vous.
Le parc du château est plein d'amoureux; ce que vous lisez est une image de ma réalité; des garçons jouent: Fontainebleau nous regarde : souvenez-vous, Argencourt, que j'ai manqué de capacité d'action, non de désir, mon ambition est sans réponse mais je n'ai pas choisi mon destin. L'amour, qui n'est jamais sans angoisse de déplaire, me fait considérer que vous avez pu changer: j'accepte la part que vous m'offrez. L'approche du silence fait naître la parole; il y a quelqu'un d'instable en moi. Je vous aime trop pour risquer de vous perdre et ce n'est pas en cessant de me faire souffrir que vous pourrez obtenir ma haine. Au bord du Grand Canal la tête d'un poète mort fait une fontaine, sans vous les carrefours du parc sont inhabités. Il y a trop longtemps que je ne vous ai vu!
Je ne vous ai jamais tant attendue, ne m'oubliez pas.
11 décembre 2007
Lettre d'un inconnu adressée à Oriane
J'ai veillé jusqu'ici pour rien, Oriane,
Je ne sais comment commencer, je vous ai cherchée en vain rue Michel Maurette - je poursuis des ombres… je vous aime comme le premier jour; je ne suis plus à moi, je vous aimerai toute ma vie encore plus, s'il se peut, que je ne vous aime à présent; comment ne pas vous aimer, le passé est ce qu’il est.
Je ne supporte pas les promeneurs dans mes champs ou mes bois, si je pouvais vous prendre dans mes bras; je m'étonne devant l'existence - je ne suis pas libre, je laisse faire les événements comme s'il y avait là quelque chose de plus ancien qui me domine.
Je serai demain chemin de la cité, quelque part…
Pourquoi faut-il qu'il y ait parfois tant de différences dans les passions.
22 décembre 2007
D'Oriane à Saint-Loup
Comment, cher Saint-Loup, vous taire la vérité, dans la volupté et dans le désir - comment commencer une lettre d'amour où je voudrais mettre toute mon âme — en engradar e en voler es l'amors de dos fis amans - est la passion de deux authentiques amants. Chaque chose en son temps… je parle maintes fois du quotidien… tout ce qui est inhabituel m'effraie… l’amour est un espace de sons.
Saint-Loup, je suis folle de vous; cher Saint-Loup, souvent, le coeur tout meurtri de coups que vous me portez, je me force à du bonheur pour obtenir de vous un sourire je vendrais mon coeur pour vous, je crains de faire toujours quelque faute, je pense souvent que je vis comme quelqu'un obligé de retourner chaque pierre, serais-je sans arrêt dans des épouvantes de vous perdre. Ne doutez pas que lorsque le hasard nous rassemblera, je ne vous donne les preuves les moins douteuses de mes sentiments… je ne discerne pas les raisons de l'amour, j'ai besoin de vous.
Saint-Loup, je ne suis pas du genre à se projeter dans l'avenir, je vous dis continuellement que je vous aime, et mes yeux, esclaves de mes sensations, ne regardent jamais que vous - vous tenez mon être dans votre main comme dieu tient sa créature, votre lettre m'a fait un grand plaisir, oubliez Germaine; un regard, un geste changent tout mon univers pourtant je me soumets à tout parce que je ne pourrais vivre sans vous voir, jugez ce qu'il semble à d'autres à qui votre amour serait dérisoire.
Le ciel et la cité se font la cour, les chemins s'ouvrent à vous comme autant de choix; atressi con Persavaus, el temps que vivia (comme Perceval je suis…). Une méchante averse tombe sur la ville.
Pourriez-vous m'aimer autant que je vous aime, l'unique moyen de me délivrer de tant de tortures est de vous rapprocher de moi. Mon coeur n'est plus qu'un jouet dans vos mains.
Oriane.
28 décembre 2007
D'Ulf Fischer à Émilie Gilden
Je vous ai suivie aujourd'hui dans la ville, Émilie, et je me demande quelquefois si j'aurai le courage de passer à l'acte car j'ai aimé bien des fois… je tremble quand je lis ou que j'entends votre nom… je désespère de ne jamais pouvoir être aimé de vous… sur un mot que vous avez dit, j'ai pleuré… ne me demandez pas de vous parler raison… se peut-il que vous ne me donniez jamais un sujet de satisfaction. Je vous imagine en train de lire ma lettre. Je suis dans un état de mélancolie et de torture où vous ne pourriez me voir sans pitié, mon désespoir quand je ne vous vois pas, mon imagination quand je vous retrouve au hasard des rues, votre sourire qui me poursuit indéfiniment, les projets galants que je forme, tout me fait comprendre mon amour; pourquoi faut-il que vous me parliez de Gilberte, je me sacrifierais pour vous… l’amour est imprévisible que les montagnes regardent - j'ai si peu à dire alors que j'éprouve un amour extraordinaire; vous m'êtes continuellement présente, toujours je vous dis tant, tant de choses, mais toutes jetées au vent; prenez-moi toute entière. L'amour remplit tous mes moments. Sans vous le monde est vide, je me suis depuis longtemps détachée de Gilberte, je ne voudrais pas vainement masquer mes troubles devant vous. Je me soumets à tout parce que je ne pourrais vivre sans vous voir… un regard, un geste, prouve plus que les discours les plus amoureux… ne m'obligez pas à être assez cruelle pour me haïr. Je ne sais plus que penser, je vis avec Armelle dans un rapport croissant d'indifférence.
Vous êtes, Émilie, la seule héroïne de mes rêves.
Ulf
08 janvier 2008
De Bréauté à Elizabeth Fisher
Je suis certain, Elizabeth, que quand le dépit vous aura jetée dans mes bras, l'amour vous y retiendra; j'aime. Je vous aime, vous, comment pourrais-je vous oublier, je me juge capable d'amour… que les réflexions que je fais diffèrent de celles que je faisais avant notre rencontre anormale de Berlin, Charlottenburg; à qui pourrais-je confier mieux qu'à vous la félicité que me donnent des espoirs si charmants. Je crains d'ouvrir les yeux sur moi-même - le mot passion me tient lieu de pain, de vin, de raison de vivre - je n'ai rien à dire que vous ne sachiez, je veux vous voir tant que cela ne vous fatiguera pas; vos sentiments me font l'effet d'un beau jour, non, je ne suis point barbare, je ne sais plus ni voir ni penser sans vous, les avenue s'ouvrent devant moi comme autant de choix aléatoires.
L'horizon s'ouvre au silence; on se marie, on aime encore un peu, on travaille, on oublie d'aimer, on aime encore… il y a une sagesse qui enseigne à se réjouir des petites choses de l'existence; je vous adore vous, je suis assuré, Elizabeth, que quand le dépit vous aura jetée dans mes bras, l'amour vous y retiendra, j'ai une satisfaction secrète à penser que vous aimez moins que moi, je sens bien que je vous aime plus que tout le monde n'a accoutumé d'aimer - il y a près de six ans que je n'ai pas revu Stéfanie, est-il rien de plus abominable que de se combattre sans fin, sans pouvoir jamais se vaincre… je meurs si vous ne m'embrassez pas, faites de moi ce que vous voulez - si je ne vous aimais autant je ne serais pas si fiévreux des injustices que vous me faites, je suis avec vous comme un instrument aveuglé - je ne sais plus vers où diriger mon réel aussi je ne le dirige pas. Je suis fâché contre moi-même de vous aimer à ce point… mais je parle encore trop pour avoir si peu à dire.
Bréauté
PS. Volgra saupsetz (je voudrais hurler) l'amore que-us port (l'amour que je vous porte)… adieu, servez-vous de moi, ne me forcez point à vous fuir.
15 janvier 2008
Lettre de Rachel à Elstir
Je suis ici pour quelques journées… Décor facile pour l'amour, la journée vient de commencer, la nuit a fini de chanter, le soleil va mitrailler la ville, adieu, ne manquez pas de venir… si vous voulez. Je crois vous apercevoir dans toutes les vitrines: amor ad hora-m dona joi e ad hora dolor, tantôt je souffre d'amour tantôt il m'enchante. Dire mille fois mon désir; je bois ma passion, et ma question n'est déjà plus une question.
Elstir, Elstir, mon amour tyranique… je suis certaine que vous m'entendez mieux que je ne m'exprime, je sens que la peine me guette, je suis plongée dans une nostalgie mortelle… que deviendrais-je si je venais à vous perdre.
Je me damnerais pour vous; quelle lettre et quel charmant procédé. J'ai l'assurance absolue de ne pouvoir vivre sans vous et je ne peux dire assez combien je vous aime; quand je vous contemple, quand mes regards vous dévorent, quand chacun de vos mouvements porte le délire dans mes sens, un geste de vous me repousse et me fait trembler; il faut me pardonner. Vous êtes le plus charmant… vous ne connaissez pas mon coeur il est triste - il n'y a rien que je ne puisse faire pour vous prouver combien je vous aime… Sur un mot que vous avez dit, j'ai pleuré car je savais bien que vous prendriez pour de l'amitié ce qui est de l'amour. Je vis au jour le jour.
Je ne vois plus personne.
Rachel.
21 janvier 2008
D'Albertine Ganançay à Charles Norpois
Norpois, comment vous dire toute la satisfaction que j'ai à vous voir, Norpois, mon inexplicable passion… en ce monde égoïste l'amour seul sauve et je veux vivre ma vie exactement comme je l'ai décidé. Je ne sais jamais ce que je dis quand je ne dis pas que je vous aime… jamais je n'ai aimé, jamais personne n'a aimé comme je vous aime. Ne me parlez plus de raison, je ne vous saurais voir sans vous déclarer mon amour et si je ne sais plus ce que je dis, c'est que je suis folle d'amour. Comment ne pas vous aimer éternellement.
Le paysage se coupe en deux, rien ne peut justifier le fait de vivre, aube (une faible lumière effleure à l'orient), le vent trotte le long de la Seine, ciel presque blanc. La réalité s’affronte à la fiction, je rêve de vivre sans jamais revoir Rachel, je ne sais plus pourquoi je marche le long de la Seine alors que les objectifs des caméras de détection de mouvement tournent sur les rues.
Aujourd'hui — de la chapelle des jésuites (je n'aurais jamais dû vous écrire) — n'êtes-vous pas un envoyé du ciel; je crois vous voir dans toutes les vitrines, je possède le don de voir tous les détails… je marche dans la ville et ne pense qu'à vous ; je parle de vous aux façades de la cité… il faut que je vous aime bien éperdument pour vouloir acheter votre coeur à ce prix.
Je viens de relire votre lettre… faites de moi ce que vous voulez. Je vous attends demain rue Michel Maurette autour de deux heures.
Albertine
