16 janvier 2008
Histoire de la fille publique (1)
Lorsque le prêtre parvint au bas des marches, la foule se releva et, ayant suffisamment observé la tradition ne s’occupa plus de son curé qui retrouva une démarche plébéienne. Les cordiers se remirent à mesurer la corde qu’achetaient les marchands de cochons, les couteliers reprirent l’affutage de couteaux qu’ils vendaient aux marchands de cochons et les marchands de cochons recommencèrent à marchander, payer, attacher, assommer, égorger les cochons que leur cédaient les paysans. Plus loin, l’unique fille publique du village, juchée sur une estrade, fit reprendre ses enchères là où elles s’étaient interrompues.
Histoire de la fille publique
Toute ma vie je me suis voulue fille pubique et, confortablement allongée sur mon canapé Napoléon III en bois noir contourné et velours rouge, je surveille, par la baie vitrée de ma petite tour, les venelles de Huelgoat essayant de deviner dans la foule affairée des hommes celui qui sera mon prochain client.
Enfant trouvé, sans nom, sans âge certain, j’ai certes été favorisée par l’existence qui m’a, dès mon plus jeune âge, inculqué des notions d’appartenance à la collectivité. Pourtant je dois, sans forfanterie, préciser que ces qualités innées n’auraient pu faire de moi le personnage public que je suis aujourd’hui si je ne les avais cultivées, enrichies par l’effort, la persévérance et l’instruction. J’ose même affirmée que, livrée très tôt à l’influence pernicieuse d’une école bourgeoise religieuse, elles se seraient peu à peu altérées, pour peut-être même finalement disparaître. Heureusement, grâce à Lénine et à l’esprit de révolution, il n’en a rien été.
19 janvier 2008
Désœuvrement (Histoire de la fille publique (2))
L’événement déterminant de ma vie a très certainement été ce jour de juin 1962 où, alors que je vivais dans la villa des professeurs qui m’avaient recueillie, je découvris un livre. On me donnait alors quatorze ans. Considérant mes succès scolaires et les regards des garçons sensibles à mon charme de longue fille brune, j’aurais dû être tout à fait heureuse. Au fond de moi, je ressentais pourtant un manque, je portais un besoin flou et ténu, qui, avec le temps devenant de plus en plus sensible, demandait à être assouvi. Mon existence équilibrée, sans problèmes majeurs, protégée, me paraissait en partie vide. La certitude d’une longue suite de lendemains identiques ne cessait de m’inquiéter. J’avais passé les jeux de l’enfance, n’étais pas encore entrée dans ceux de l’adolescence ; je sortais peu, occupais la majeure partie de mon temps à fureter dans les pièces de la villa de Brest où nous vivions alors.
Ce jour de juin devait être un jeudi ou un dimanche, mes parents adoptifs étaient sortis, j’étais seule à la maison à préparer mon BEPC… Après avoir travaillé un long moment, j’étais un peu lasse. J’abandonnai mes livres, ma chambre, pour me promener dans les diverses pièces. Sans but, j’allai d’abord à la cuisine ouvrir machinalement la porte du frigidaire, grignotai un fruit, rôdai à l’étage et, sans préméditation, entrai dans le bureau. Je m’affalai dans le fauteuil Voltaire tapissé de toile olivâtre qui faisait face au bureau. Là, suçant mon pouce, je me laissai glisser dans une molle rêverie perdue dans le jeu agité des nuages, de le pluie et des branches. Puis mes regards rôdèrent dans la pièce, s’accrochant à un détail, à un autre, trouvant prétexte à vagabondages tant mon esprit, sollicité par mille vagues sujets divers s’enrichissant et s’annihilant l’un l’autre, était incapable de se fixer sur un objet précis.
22 janvier 2008
L'influence d'une phrase (Histoire de la fille publique (3))
J’ai toujours affectionné l’état de disponibilité intellectuelle où la solitude me permet de pénétrer et que j’avais atteint ce jour-là en l’absence de mes parents. Il laisse l’esprit au seul sentiment de vivre dans la plénitude empathique de la multiplicité des détails et, dans le même temps, offre un recul fatal au temps par rapport à une réalité qui, vécue dans le rythme du quotidien, tend à devenir par trop impérieuse… Mes yeux voletaient ainsi à travers l’espace, s’arrêtaient sur une ou l’autre des lithographies abstraites ornant les murs, glissaient sur la trame laineuse des rideaux, sautaient, à droite, sur les nervures des volumes de la bibliothèque, se promenaient avec lenteur sur le cuir rouge du vaste bureau où les objets rangés avec un soin méticuleux montraient la maniaquerie de leur propriétaire. Cet ordre était d’ailleurs si soigneux qu’un livre, cartonné de grenat, arrêta mon attention. D'instinct je le pris, l’ouvris au hasard, lus :
« On verra que l’affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l’industrie publique… ». Je ne compris pas sur l’instant la pleine portée de cette phrase ni, bien sûr, son importance pour ma vie à venir. Pourtant elle me frappa. Je refermai le livre, remarquai que l’auteur était un certain Engels, notai que son ouvrage s’intitulait «Origine de la famille, de la propriété privée et de l’état», reposai le livre là où je l’avais trouvé m’efforçant que personne ne remarque que je m’en étais emparé ne serait-ce qu’un court instant. Ma rêverie se déplaça sur la phrase qui faisait dans ma tête son tranquille chemin, les mots parlaient en moi sans signification précise puis leur contour se dessina, en émergea lentement une forme, des associations de mots, un sens… Ainsi donc la femme devait être affranchie, ainsi donc elle était une esclave et cet esclavage passait par la nature même de son sexe. Cette découverte me bouleversa, m’occupa longtemps, les mots tournaient en moi, prenant de plus en plus de force, me conduisant vers quelque chose que je ne comprenais pas vraiment mais qui, peu à peu, prenait sens. Je sentais confusément qu’il y avait là un moyen de combler l’impression obsédante de vide que, depuis toujours, je portais en moi comme un enfant.
27 janvier 2008
Solitudes (Histoire de la fille publique (4))
Quand, vers dix neuf heures, mes parents adoptifs rentrèrent chez eux, ils me trouvèrent plongés dans Voltaire, profondément abîmée dans mes pensées. J’étais déjà bien décidée d’aller plus avant dans la mise en pratique de la note de cet auteur remarquable.
J’abandonnai mes révisions pour le BEPC, me mis à lire… Dans la copieuse bibliothèque de mes parents adoptifs je trouvai une première matière à réflexion puis j’explorai les rayons de la bibliothèque municipale pour y trouver le plupart des ouvrages relatifs à la condition féminine susceptibles de m’éclairer davantage. Il y avait là un fatras d’idées contradictoires, hétéroclites, malgré tout j’en dégageai la certitude que le problème féminin n’était pas un problème particulier mais une partie d’une problématique plus vaste : l’exploitation de l’homme par l’homme et de la femme par l’homme. Absorbée par mes lectures, je m’enfermai souvent de longues heures dans ma chambre, prenant à peine le temps de manger ou de dormir. Je devins taciturne. Mes parents adoptifs attribuèrent cette humeur à l’inquiétude provoquée par la préparation de mon examen. Lorsque je fus reçue, ils pensèrent que cette vie d’ermite prendrait fin.
Ce ne fut exact qu’en partie. J’interrompis un temps mes recherches. Non parce que j’avais obtenu un diplôme, mais parce que, partis en vacances dans leur petite maison familiale du Massif Central (il était né à Brommat), je n’avais aucune envie de me joindre à eux. J’entrais dans mes quatorze-seize ans, parallèlement à mes découvertes intellectuelles j’avais fait quelques constatations sur mes changements physique d’état et, notamment, j’éprouvais de plus en plus de plaisir à me caresser ce dont, je dois l’avouer, j’étais vaguement honteuse, et que je ne faisais que dans la solitude familière et discrète de ma chambre.
02 février 2008
Itinéraire philosophique (Histoire de la fille publique (5))
Heureusement, continue à penser la fille publique, heureusement un ami de vacances, jeune parisien de dix sept ans, qui revenait tous les étés au village, s’offrit, dès notre première promenade dans la forêt de chênes, à me libérer du sentiment de culpabilité auquel me livraient mes caresses solitaires. Il me démontra, non seulement qu’il était normal d’éprouver, dans les caresses, un plaisir physique, mais encore qu’il était logique, sain de rechercher celles d’entre elles qui procuraient le plus de jouissance. Allant souvent me promener, je consacrais donc mes vacances à des recherches mutuelles qui, je dois le reconnaître, furent rapidement assez avancées d’autant que, plus âgé et donc plus averti que moi, il possédait déjà sur la question un point de vue plus riche qui me permit de m’affranchir d’étapes préliminaires. Qui plus est, non content de m’initier sur le plan pratique, il poussa l’amabilité (voyait-il en moi une élève d’exception?) jusqu’à me faire partager les connaissances théoriques qu’il avait de la question sexuelle, me lisant et me commentant, entre deux séances de travaux pratiques, l’Introduction à la psychanalyse d’un certain Sigmund Freud, un ouvrage de gymnastique physique, le Kama Soutra, Justine d’un certain DAF de Sade et Éros et civilisation d’Herbert Marcuse.
Ces découvertes philosophiques successives eurent sur mon jeune esprit la plus décisive des influences. Peu à peu s’était dégagée l’idée que seule une lutte sociale pourrait combler le vide que je sentais en moi tandis que, dans le même temps, je prenais conscience de l’emprise profonde du sexe sur la personne humaine ainsi que son rôle collectif… Ma voie était désormais tracée, c’est sur ce terrain du sexe que je pouvais agir avec efficacité en vue d’une transformation sociale profonde: «La femme n’est pas plus au foyer qu’ailleurs. Comme celle de l’homme, elle est partout, partout où leur activité peut et veut s’employer» dit avec justesse Jules Guesde dans son livre «La femme et le droit au travail». Je compris que le sexe était une activité sociale comme une autre.
06 février 2008
Début de carrière (Histoire de la fille publique (6))
En septembre toute la famille a regagné Brest : ma décision était prise, définitive. Cependant, encore jeune, je manquais de bases à la fois théoriques et pratiques; je décidai donc, tout en complétant ma formation théorique, de ne me livrer, sur le plan pratique, qu’à des expériences limitées. Tout en lisant avec soin Lénine, je commençai d’abord par convaincre quelques camarades de lycée (je dois avouer que ce furent des succès assez faciles et que, éblouis par mes connaissances philosophiques et érotiques, leur conversion fut presque immédiate). Rapidement, je formai un groupe de jeunes gens résolus à changer les bases du monde. Leurs manifestations bruyantes et désordonnées (affiches sur la porte du proviseur, encriers jetés depuis les fenêtres du lycée sur des agnets de police, chahuts durant les cours, etc.), quoique partiellement positives, attirèrent sur nous une attention prématurée et provoqua — sous la vague d’exclusions qui s’en suivit — l’éclatement du groupe.
Je compris que mon action devait rester clandestine et que je devais la mener davantage en direction des milieux ouvriers que des petits bourgeois lycéens.
Je commençai donc par quelques racolages au port mais, là, ma lutte m’apparut vite décevante : mes partenaires étaient peu sédentaires, mon action idéologique — qui vue le peu d’acculturation de mes « clients » aurait dû se mener sur un temps long — était trop brêve, aléatoire pour être suivie d’un quelconque effet d’autant que, travaillant encore en amateur, mes apparitions étaient elles aussi épisodiques.
Nous étions en juillet 1983. Mes parents adoptifs voulaient repartir dans le Sud: je les abandonnai et commençai, sur les quais de Brest, ma carrière de fille publique. Un ancien membre de mon groupe lycéen accepta de jouer le rôle indispensable de souteneur, personnage en soi inutile mais nécessaire pour que je sois acceptée dans le milieu professionnel.
Je crois que j’ai fait du bon travail.
12 février 2008
Histoire de la fille publique (7)
Je crois que j’ai fait du bon travail.
A combien d’hommes n’ai-je donné le sentiment de son aliénation et le besoin de sa révolte? Les nombreuses grèves qui se sont déclanchées aux arsenaux en témoignent… Le plus difficile fut, afin de donner une certaine ampleur à mon combat de convertir d’autres professionnelles à ma cause. Peu d’entre elles acceptèrent de m’aider. Sans doute faute d’intelligence, incapables de prendre conscience du caractère impérieux de la lutte, de la nécessité absolue de leur participation: «il s’agit de ramener la prostituée au travail productif, de lui assigner une place dans l’économie sociale» disait déjà Lénine dans ses lettres à la camarade Clara Zetkin. Cependant, après six ans de militantisme acharné, ayant réussi à implanter un réseau de trois camarades, je décidai de transférer mon activité en d’autres lieux.
Étudiant à cette époque l’ouvrage de Léniné intitulé: «L'alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie», je décidai d’aller poursuivre mon action sur les terres vierges de la campagne. Je choisis Huelgoat.
Je dois à l’honnêteté de reconnaître qu’entre les théories marxistes et mes méthodes d’application pratiques se révélaient certaines divergences et que, même, parfois, certaines des thèses soutenues notamment la conception de « lumpenproletariat » ou la célèbre théorie du « verre d’eau », étaient en contradiction avec mon action mais, réconciliant marxisme et freudisme, un peu dans la lignée d’un Marcuse que je découvrais alors, j’étais intimement persuadée d’agir dans le sens de l’histoire. C’est cette conviction profonde qui m’a toujours soutenue dans les périodes difficiles.
15 février 2008
Histoire de la fille publique (8)
Tout n’a pas été rose, la vie ne m’a pas épargné, j’ai, en effet, connu bien des périodes de difficultés, dans mes démêlés, par exemple, avec les cellules révisionnistes du Parti Communiste soucieuses de morale bourgeoise (Ah, Jeannette, que de mal commis en ton nom…) qui se refusaient à admettre le rôle émancipateur de mon engagement ou encore lors de mon arrivée dans Huelgoat, ce gros village, où, bien que la plupart des mâles aient joui de mes faveurs, mes actes suscitèrent aussitôt une animosité féroce me contraignant au secret, à une dissimulation nuisible à mon action révolutionnaire. Il me fallut faire preuve de beaucoup de persévérance et même (j’ose l’affirmer), d’habilteté tactique pour, lentement, me faire admettre puis, les notables ne connaissant pas mes idées et se persuadant à la pointe de leur sexe que mes agissements ne pouvaient que les servir, pour me faire apparaître comme une nouvelle institution communale due à leur dévouement à la communauté. Aveuglés par leur appétit de jouissance, ils ne voulurent pas voir que ma position me permettait de saper ces institutions elles-mêmes. C’est maintenant chose faite et, sana la méfiance toujours en éveil et les tentatives de récupération et de noyautage de Stanislas Zoubatov, le garde-champêtre, Huelgoat aurait certianement connu des heures de révolte.
Quoi qu’il en soit, la pression monte dans les testicules, les utérus s’irritent de leur délaissement, la révolte ne saurait tarder. Je suis persuadée que, sous peu, se constituera dans le village une opposition résolue, décidée, radicale, sauvage qui fera éclater les structures archaïques, les pesanteurs socio-culturelles, les oppressions idéologiques de toutes sortes, les aliénations religieuses. L’homme alors se libèrera des multiples jougs qui l’oppriment.
Ce jour réalisera le plus beau de mes rêves…
27 février 2008
Un entretien d'affaires
Le prêtre resta un instant (court…) songeur puis: — Vous m’ennuyez quelque peu… Bien que prévu par le droit canon ce genre d’entretien ne se pratique que peu… Du moins ici et… je ne suis pas au courant des cours… Enfin, je n’ai qu’une parole et maintiendrai mon tarif initial. Quand désirez-vous me voir? Je suis libre, si vous voulez. pardon… Cinquante, cria-t-il à l’adresse des enchères de la fille publique… Où voulez-vous? Chez vous? A l’église? En marchant? Dans le bois? — Tout de suite et chez vous, si vous le voulez bien, l’interrompit Yvré. — Et bien, suivez moi, dit le ministre du culte qui, après un salut amical à la fille publique, s’en retourna vers l’église laissant à son sacristain Petit, le soin de poursuivre ses enchères de charité.
Yvré suivit le prêtre. Passant devant sa tente, il put constater que la curiosité était toujours aussi vive. Il enleva donc l’écriteau «Fermé» mais, à son approche, tous les curieux s’éloignèrent aussitôt. Le prêtre l’attendait devant le porche de l’église. Dominant la foule, il vit arriver une Spitfire rouge vif qui l’intrigua un instant et dont la couleur lui inspira les plus vives inquiétudes. Il arrêta Yvré: — Mon fils on ne pénètre pas au saint lieu dans une pareille tenue. Dieu ayant créé l’homme nu, dépouillez-vous totalement… ou allez revêtir une tenue plus correcte. Yvré trouva plus simple de se dévêtir. La fraîcheur, l’humidité du sanctuaire le surprirent. Il éternua. Une légère odeur de soufre traversa l’atmosphère. Le prêtre dit: — Dieu vous bénisse ! Puis, le faisant entrer dans le presbytère par une petite porte dissimulée au fond de l’abside, il ajouta: — Maintenant vous pouvez remettre vos sous-vêtements.
29 mars 2008
Sortie de confession
La fille publique était maintenant descendue de son estrade et, au bras du marchand de cochons vainqueur des enchères de cette matinée, se dirigeait vers son appartement.
Le sacristain Petit, voulant profiter de la tribune pour vendre un de ses discours se précipita. Malheureusement, habitués et méfiants, les employés municipaux commençaient déjà le démontage. Les curieux, par petits groupes, éclataient vers les cafés encadrant la place. — Soyons donc fair play, poursuit Yvré qui au travers de ses vagues études secondaires a conservé quelques lueurs de langue, statut quo intelligent plutôt que lutte improductive… — Pas de concurrence déloyale, acquiesce le prêtre. — Pas de miracles impromptu, reprend Yvré. — Pas de sorcellerie spectaculaire, répond Yan de Guillet. — Pas trop de saints, quelques martyres… — Pas de sorcière au bûcher… — D’accord ? — D’accord accepte Yvré. — La concurrence est le nerf du commerce conclut le prêtre. — Pourvu qu’elle soit régulée, ajoute Yvré. — Tout à fait, des règles libres librement consenties sans dumping ni coup bas ni ententes illicites, d’accord ? — D’accord… Bonne chance ! — Bonne chance à vous. De tempe en temps je prierai le tronc de Saint Yves ! — Dieu vous le rendra, j’implorerai pour vous les puissances infernales…
Yvré sort du confessionnal, va s’agenouiller sur un banc de la chapelle de Saint Yves où il commence à réciter le premier des 3649 ave que lui a imposé le prêtre pour avoir quitté son logement sans payer son propriétaire. Il faisait plutôt froid dans l’église et Saint Yves était en plein courant d’air, pour ne pas éternuer Yvré se pince le nez avec force.
Toute courbée, appuyée sur une grosse canne noueuse, une vieille paysanne entre dans le confessionnal ; deux bancs en retrait, tête couverte d’une voilette noire posée au sommet de sa coiffe bigoudène, une femme, abîmée dans la contemplation de la nudité d’Yvré, atteignait presque à l’extase.
