Écrits de Marc Hodges

Éléments de l'HyperFiction dynamique et répartie La disparition du Général Proust.

11 mai 2008

De la célébrité

Un ami, poète de qualité reconnu comme tel, c’est-à-dire presque inconnu — nuance d’envie, de jalousie, modérée par un soupçon de surprise dans le ton de la voix— me dit: «tu es célèbre, partout où je vais dans le monde on me parle de toi!» et en effet, il m’arrive de loin en loin qu’un étudiant rédigeant un quelconque mémoire qui — comme tant d’autres — s’engloutira rapidement dans les profondeurs abyssales de quelque bibliothèque universitaire ou un universitaire, qui a dû, un jour, parler de mon travail pour éblouir de ses connaissances quelques rares étudiants en majorité endormis ou sans intelligence, m’abordent avec une attitude hésitante entre le respect et l’ironie, me parlent de «ce que je fais» sans trop savoir le définir, espérant que je pourrais les aider dans cette tâche, alors que, navigant à vue, je n’en sais trop rien moi-même sinon par ce qu’ils ont cru en comprendre et m’en disent. Célébrité donc, relative, dans un cercle minuscule même si international, succès d’estime comme l’on dit remède de cheval… N’aurais-je pas préféré être un aventurier à la Indiana Jones parcourant en folie et chaleur la planète en tous sens, risquant sa vie à tous moments plutôt que cet «écrivain», race d’être généralement rabougris, fermés sur eux-mêmes et leur écriture, toujours anxieux de savoir si on «les a lus», l’œil fixé sur l’horizon de leurs dérisoires droits d’auteur? On ne choisit pas tout à fait les orientations de sa vie. J’ai cru un temps, trop longtemps peut-être (certainement…) que l’écriture était une aventure avant de m’apercevoir qu’elle n’était qu’un soliloque, mais il était déjà trop tard, je m’étais installé dans le personnage et la vie qui l’accompagne. Ma seule fierté est d’avoir peu publié, d’avoir résisté à cette tentation marchande que je connais trop bien chez d’autres de la «recherche d’un éditeur» pour produire des livres que personne ne lit, seulement destinés à nourrir la machine et finir au pilon. Pour le reste, «il n’est jamais trop tard» dit-on, je crains bien pourtant qu’il ait été trop tard pour moi lorsque je me suis enfin extrait de cette narcose intellectuelle.

Et alors ?… Qu'en déduire et que faire?

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11 novembre 2008

Dans le vallon de Mativet, 17 heures 35

Bréauté aime ceux qui ne veulent pas se conserver. Les instincts de l'humanité future sont déjà là qui demandent à être satisfaits. L'horizon à la fois est proche et lointain. "Comme tout ici est incroyablement calme!" Son oreille se tend dans le silence sur un vide en lui qui n'a, soudain, aucun écho. L'herbe est courte et jaune comme du poil de bête et les buissons pareils à des pelotes de fil de fer. Tous ses souvenirs sont pris dans les ronces grisâtres de son cerveau, le calme est si pur qu'il entend avec beaucoup d'éclat des bruits lointains: branche qui craque, aboiement de chien, clochette de mouton; il est là et ce n'est l'affaire de personne de se préoccuper de sa présence. Tous cherchent à travers l'apparence, quelque chose de solide, capable de résister à l'effritement: il se souvient fort bien de tout ce qui s'est passé. La nature humaine le fait sourire. Des ombres planent dans sa mémoire et s'abattent sur sa vie aussi vite que des oiseaux de proie. Il entend résonner en lui une langue qu'il ne parle pas. L'extrême pauvreté de ce monde lui est une jouissance égoïste, il lui faut tenir bon; il rit, respire, s'arrête, désire l'assurance de demain… Il suffit qu'une voix vienne pour que tout le reste soit oublié. Les heures indifférentes s'empilent les unes sur les autres. Il y a quelque chose qui continue de tournoyer quelque part au-dessus de lui, rien qu'un étonnement, un sentiment de nulle appartenance, une solitude pénétrante, une question lancinante qui insiste: "Qui suis-je ?" Bréauté a envie de répondre à ses questions, pas à celle des autres. Il est là et cette pensée l'emplit de contentement. Le soleil paraît sans mouvement. Toujours ses pensées vont à leur rencontre. Dans sa mémoire des voix enfantines s'appellent. Bréauté aspire à l'éternité mais préfère encore son temps: il pourrait quitter tout cela, ne s'y résigne pas. Comment supporter la vie sans espoir? Le causse lui semble l'âme impudique du monde. La vie passe… La tête lui tourne, pourtant il se sent plein de force et d'assurance. Rien ne parle, ni le vent, ni les arbres, ni la terre. La joie vient, elle s'en va. Que faire?… L'odeur de la terre entre en lui jusqu'au profond du corps, jusqu'à cette ombre où dorment les grandes terreurs de l'homme. A l'orée des vallons l'air hésite. Bréauté aspire à son enfance.

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12 novembre 2008

Attente avant la pose

L'attente est une des épices du désir: j'avais dès le collège retenu ce pastiche d'un vers de Racine "et le désir s'accroît quand les fesses reculent" qui sous la dérision m'était vite apparu, au cours des successives étapes de découvertes érotiques que je vous rapporterai bientôt, comme une vérité profonde… Je publierai un jour le "petit traité de la patience" que j'ai écrit lors d'un voyage en Asie Centrale où j'étais allé faire des affaires. J'ai appris à attendre…

J'attendais donc 13 heures.

La femme vint, ponctuelle, juste avant la fermeture du magasin. Je ne dirai pas que c'était une très belle femme, mais c'était une belle femme. Le seul défaut que je lui trouvai lorsque je la vis s'avancer tranquille vers l'entrée du magasin est qu'elle avait les jambes un peu courtes et les hanches un peu larges mais sa chevelure rousse répandait du soleil, ses seins, bien placés, faisaient deux globes jongleurs s'abaissant et se rabaissant au rythme souple de la marche et, comme tout le monde dans le camp, elle n'avait, pour tout vêtement qu'une paire de tongs au pied.

Il m'arrivait, dans le camp de nudiste, de regretter les maillots de bain, ces ridicules petits morceaux de tissus qui suffisaient pourtant à donner du mystère au corps et à les rendre plus attractifs. Quand je voyais un maillot sur un beau corps, j'avais envie de le retirer, lentement, centimètre à centimètre pour prendre plaisir à dévoiler ce que je devinais déjà mais que je ne pouvais connaître dans toute sa réalité que l'opération terminée. J'avoue que dans ce cas encore plutôt que de fixer mes regards sur la petite touffe de poils roux frisottés qui ombrageait son bas-ventre, j'aurais eu plus de plaisir à glisser ma main sur un slip, puis lentement, doigt à doigt, sous le slip, découvrant d'abord la qualité tactile de la pilosité, son odeur propre de sauvagine, avant d'être ébloui par sa couleur.

J'avais encore une mentalité de "textile" et c'est nue qu'elle venait vers moi portant au bout d'une main mon cahier et sous son bras droit un carton à dessins.

26 décembre 2008

Les ordres du désir

Le désir est impérieux: j'ai envie de baiser, maintenant, sans attendre… or je suis seul, devant mon clavier, regardant par ma fenêtre le ciel gris et les toits rouillés qui me bouchent un horizon à petite pluie. Je n'ai pas envie de me masturber, non que je sois opposé à cette pratique qui permet de délicieuses plongées lentes profondes dans l'imaginaire érotique, mais, en ce moment, ce n'est pas d'imaginaire dont j'ai besoin, me masturber serait dénaturer la légitimité lumineuse de ce désir…

 

J'ai besoin d'un corps, d'un corps chaud contre mon corps, d'une peau souple, vivante, tiède, de poils où mes doigts s'égarent, de l'humidité d'une bouche sur ma bouche ou de celle d'un sexe sous mes doigts, d'une langue qui prenne ma langue, de doigts qui me caressent et de mains qui s'attardent sur mon pénis dont le durcissement extrême, la tension vers un autre sexe, est presque à la limite de la douleur. J'ai besoin d'odeurs, de moiteurs, de liquides, d'échange de mucus, de l'humide des muqueuses, de tout l'abandon animal auquel se livre l'homme lorsqu'il fait l'amour, tourner toutes les capacités du cerveau vers les zones érogènes pour créer des points extrêmes de condensation du plaisir dans lequel m'engloutir. N'être plus que corps jouissant, nerfs, peau, odeurs, papilles, gustation, désordre, chaos de chair et de sens, fragmentations voluptueuses… Homme ou femme, peu importe, j'éprouve la brutalité du désir d'un mélange des chairs. Je ne suis plus que sensualité, exigences, être animal décérébré, pression le long de la colonne vertébrale, fourmillements des muscles autour du sexe, tension vers ces corps absents que j'appelle d'un silence impératif. Je ne suis plus, désire, le désir m'aspire comme si ma bite était le centre tourbillonant d'un trou noir…

De cette insatisfaction, mon désir se renforce, me met dans un état d'absence au monde, extase désirante, délirante, état mystique où le moi s'absente dans la puissance de la tension érotique. Loin de tout, sans possibilité aucune d'apaiser dans un temps plausible cette exigence, je n'ai plus qu'à m'enfermer dans l'absence, passer du désir immédiat au désir contrôlé, penser le désir…

02 janvier 2009

Du désir

D'où vient le désir?… Les réponses ordinaires ne me satisfont pas. Bien sûr que la vue d'une belle femme, d'un beau jeune homme nus, que des caresses, des provocations amoureuses peuvent le provoquer; sûr aussi que des lectures érotiques évocatrices peuvent y parvenir comme une promenade au travers des sites X d'Internet. Mais ces évidences ne m'apprennent rien sur sa réalité profonde. Pourquoi, parfois, alors que je suis seul, que je me promène tranquillement dans une campagne paisible, le désir devient soudain impérieux?

Un lecteur suggère que le désir est tapi en nous comme un ténia, un parasite, "une faim naturelle" dit-il. Bien sûr qu'il en est ainsi, le désir est en nous comme un organe virtuel qui fonctionne à notre insu mais ce n'est pas une réponse à mon interrogation car si je ne nie pas sa présence permanente, je n'en comprend pas moins comment et pourquoi, parfois, il se manifeste. Quelques exemples:

Je me promène en été dans la rue, devant moi une splendide jeune femme, 23-24 ans, très peu vêtue et dont les vêtements ne servent qu'à magnifier les formes. Sa démarche lente, langoureuse est, en elle-même, sensuelle et pourtant, si je suis sensible à sa beauté, comme à celle d'une statue, je n'éprouve aucun désir, rien qui me pousserait à tout tenter pour l'aborder, la séduire, la convaincre de passer, dans l'intimité, un moment avec moi.

Vérone, un jour d'hiver, une petite pluie froide, les femmes portent ce que j'appelle des tchadors occidentaux, espèces de manteaux informes de nylon matelassés, des gants et des chapeaux ou bonnets divers. Je rentre dans un restaurant au moment même où l'une d'entre elle en sort. Je croise son regard, un instant, un bref instant: bleu très pâle, presque transparent, un regard dans lequel on peut s'immerger… et le désir est là, violent, brutal, irrépressible. Je ne rentre plus dans le restaurant, la suit. Il faut , sous un prétexte quelconque, je lui parle, que je réussisse à la conduire dans un lit. Si je n'y parviens pas — situation statistiquement probable — le désir m'encombre l'esprit au point que je ne suis plus que sexe et qu'il me faut trouver un moyen quelconque pour me défaire de cette pression du corps qui m'emplit mais, en même temps, m'étouffe.

08 janvier 2009

La nécessaire attente du désir

Laissez moi savourer la plénitude de l'attente du désir, ne me pressez pas car il ne s'agit plus alors de plaisir mais de satisfaction biologique ce qui n'est en rien identique… Laissez-moi le temps de remonter le temps comme une caresse, de revivre, non seulement dans ma mémoire, mais sur ma peau, dans ma chair ce que je vous rapporte et qui, pour vous, n'étant qu'un récit comme un autre est pour moi le prolongement infini d'une jouissance que j'aurais voulu éternelle. Je lutte contre l'oubli, non celui de l'intellect mais celui du corps, des sens et pour cela j'ai besoin de temps, de temps pour sentir à nouveau, faire remonter la plénitude des sensations et de temps pour en jouir à nouveau le plus longtemps possible.

Vous imaginez-vous ce que m'apporte comme transformations du corps ce que je vous ai raconté il y a deux jours, ce qui, pour vous, n'est qu'une anecdote? Obsédé par cette mimique d'un camarade, la tenter maladroitement sur soi-même, retrouver son corps de onze ans, l'intensité de la première vraie masturbation le soir dans ma chambre obscure, partagé entre la joie profonde d'apprendre autre chose de mon corps, d'en tirer un plaisir ignoré, craindre d'être surpris, se demander jusqu'où peut aller une telle jouissance, ne pas savoir s'il est possible sans douleur trop vive de dégager la peau du prépuce pour libérer la plénitude sensible du gland, découvrir cett sensibilité, sa puissance de sensations, avoir enfin l'impression de découvrir ce qui, depuis des années, était là, dans mon corps, mais que je n'avais pas su trouver par moi-même. Et les images… les images qui, alors, explosent dans le crâne liant indéfectiblement sexe et imaginaire… Les mots sont si pauvres…

De tout cela je ne veux rien perdre. J'ai besoin de temps, sachez vous-mêmes, attendre.

21 février 2009

Du désir

On revient toujours… On revient toujours à la même chose car le désir est ce qui nous fonde. Nous respirons, mangeons, notre cœur bat, nos poumons aspirent, notre corps évolue. Nous ne sommes faits que de fonctions inconscientes, mais le désir, même s'il est aussi une de nos fonctions vitales, n'est pas de cette nature qui, s'il transcende une part de notre conscience, a toutefois une part contrôlée, je dirai presque volontaire sur laquelle s'appuie notre imaginaire. C'est en cela que réside l'essentiel de sa force, sur cette possible "manipulation" imaginaire de notre inconscient par la projection du désir dans la fiction…

J'ai longtemps réfléchi à cela, certainement depuis la première rencontre (que j'ai relatée dans "jeux des nuages et de la pluie") des images érotiques, de l'impact qu'elles ont eu sur ma jeune imagination. Quoi de moins réaliste en effet que des estampes chinoises qui plus est reproduites en petit format? Ce que j'y voyais n'était pas des pénis et des chattes, mais des idées de pénis et de chattes. Les regardant, parfois longuement, je projetais mon esprit vers un réel que je ne pouvais encore connaître mais dont je pouvais déjà, simplement en me caressant ou même — paradoxalement — en fermant les yeux, imaginer la puissance. Tout le désir était dans cette distance et je n'ai jamais pu désirer qui que ce soit sans, par avance, imaginer ce que pourrait être la satisfaction ou l'insatisfaction de ce désir. Il est en effet très rare que le désir soit venu de façon purement physique. Si je creuse dans ma mémoire, même les fois où ne mettant pas de slip j'exposais mon gland aux frottements continus d'un pantalon dans le mouvement (ou mieux encore d'un short car à ce frottement s'ajoutait alors la sensation de la fraîcheur de l'air, l'accord entre mon corps et le monde) provoquant ainsi une lente montée de désir dont la jouissance particulière venait en grande partie de ce qu'il ne pouvait être satisfait immédiatement, il y avait préparation mentale, anticipation de cette situation physique qui créait une attente forte et me mettait "en situation" de désir.

J'en suis venu ainsi à me demander si l'imaginaire du désir ne m'importait pas davantage que sa satisfaction fonctionnelle qui, au fond, reste peu de choses, un simple retour à l'animalité fonctionnelle.

Mais ça c'est une autre histoire et il faut bien que je revienne au récit de mes diverses péripéties sexuelles.

21 mars 2009

Gymnastique du désir

Comme le temps passe; comme nous passons…

Il y a déjà presque deux mois que j'ai commencé à vous raconter comment j'avais eu un véritable éblouissement en découvrant dans la bibliothèque secrète de mon grand-père un certain nombre de livres érotiques (je vous en donnerai un jour la liste) dont un, "Jeux des nuages et de la pluie" dont les gravures ont impressionné avec force l'imaginaire érotique de mes onze ans… Je ne suis même pas loin de croire qu'elles ont orienté, par la suite, une grande part de mes fantasmes et de mes recherches dans le domaine du plaisir.

Je me souviens notamment d'une d'entre elles qui m'avait beaucoup intrigué au point que j'en avais fait, au crayon de couleur, une copie — maladroite certes — que je possède toujours dans une de mes caisses de souvenirs. Si je la retrouve, je la mettrai en ligne. En attendant, si les mots peuvent d'une certaine façon compenser le manque de vision, je vais essayer de vous la décrire: je crois qu'elle éclairera beaucoup les confessions que je fais ici.

Il s'agit d'une peinture sur soie rectangulaire (côté horizontal plus grand que le vertical) du XVIII ème siècle intitulée "L'escarpolette". Sur la gauche, un homme portant quelque chose comme une robe de chambre bleutée et des jambières mais la robe de chambre est ouverte et toute la face de son corps est dénudée ce qui permet de mettre en évidence un sexe bandant qu'il tend en avant en se cambrant légèrement. Le regard de l'homme porte sur son sexe.

La partie de gauche de la gravure présente trois jeunes femmes complètement vêtues et dont on ne voit que les mains et le visage. Deux de ces jeunes femmes ont les bras en avant car elles contribuent à pousser un escarpolette dont le mouvement principal est donné par la troisième à l'aide d'un long ruban rose. Cette escarpolette est le sujet principal et occupe donc, avec logique, le centre de la peinture.

Sur l'escarpolette, une autre jeune femme, avec de tous petits pieds, ne portant qu'une tunique rouge ouverte. Elle se tient aux cordes qui portent l'escarpolette. Celle-ci n'est pas constituée d'une planchette, comme il est d'usage mais de deux lanières formant boucle qui soutiennent la jeune femme au niveau du creux des genous, tandis que le ruban rose que tire et relâche alternativement une des jeunes femmes est relié à une ceinture verte divisant son corps en deux partie. Cet ensemble technique donne à la jeune femme une position provocante car, lui écartant les jambes, il fait saillir un petit ventre rond et met en avant l'ouverture assez discrète d'un sexe où un léger trait carmin évoque l’excitation d’un clitoris. Les regards de la jeune femme sont fixés sur le sexe de l'homme qui lui fait face.l'attend

Le sexe de la femme se tend vers celui de l'homme qui l'attend…

C'est cette tension qui dès l'abord m'éblouit car on devine entre ces deux êtres une impatience de désir extraordinaire, l'exercice est difficile et l'on devine que de nombreux frottements vont se produire avant que la copulation puisse se réaliser; on devine aussi que lors même que la pénétration aura eu lieu, le mouvement de l'escarpolette ne pourra aboutir à la satisfaction complète du plaisir de l'un et l'autre qu'après de multiples tentatives d'aller et retour, certaines couronnées de succès, d'autres d'insuccès relatifs. Le désir ne peut, dans ces va-et-vient, que s'exacerber.

Je compris dès lors que l'érotisme, le désir, devaient s'assumer dans une forme de gymnastique, que le corps tout entier devait y prendre sa part et que la part des organes sexuels proprement dits, n'y était que relativement secondaire, qu'il s'agissait de les faire accéder à une plénitude physique telle que leur satisfaction ne pouvait plus être que la polarisation sur leur "pointe" des sensations totales de corps entiers.

09 juin 2009

Le jeu du voile (4)

Je ne parviens à terminer aucun de mes récits car les souvenirs se bousculent et s'empilent les uns sur les autres comme dans le corps à corps d'une mêlée de rugby. Les écrivant je me rends compte des effets curieux de la mémoire et me demande parfois si je me souviens ou invente. Ainsi François et Françoise. N'y a-t-il là qu'une coïncidence ? L'inconscient sans cesse nous manipule, dans le domaine du désir certainement d'ailleurs bien plus encore que dans n'importe quel autre. Je vous propose ainsi deux fins à cette montée de désir due à la dissimulation de ce qui devint son objet. Une fin réelle (la première) et une fantasmatique (la seconde). Ainsi au moins mes souvenirs retrouveront un peu de leur unité perdue. 1. Il aime la sensation que procure cette machine chaude, Françoise lui lèche le ventre - elle a envie de ça. Sous le voile qu’il lui a demandé de garder, Françoise sent la queue se dresser contre elle avec une force stupéfiante. Un homme au corps lourd, Françoise a le désir de mordre dans ce grand corps, d'entendre sa voix sensuelle gémir de plaisir. Ils baisent frénétiquement... Il a la sensation de tomber, sa bite bat à coups irréguliers... Son corps fébrile et nerveux tremble de jouissance... Son corps est… Françoise n'en a jamais fini avec l'amour, des doigts fébriles ouvrent son ventre... Françoise est dans la profondeur du désir - elle n'est plus qu'un sexe... Son désir ne meurt pas avec l'orgasme ! Elle sent, à travers le voile, la verge gonflée se frotter sur son corps; elle veut vaincre, devenir passion; il lui caresse l'intérieur des cuisses, fouille sa bouche d'une langue experte, s'échauffe d'un vocabulaire ignoble, déchire le voile, la prend sans ménagement: Françoise aime ça - il embrasse goulûment ses seins, les caresse de son pénis... etc. 2. Rien n'existe qui ne peut être dit avec les doigts, les lèvres, le sexe et l'odeur des corps, je n'en aurai jamais fini avec l'amour, mon corps est un champ électrique sensible à la main de François, je rêve de la chaude douceur de sa peau que je perçois à travers la douceur satinée du voile qui le dissimule encore... Un homme avec un ventre soyeux et souple - sa peau est moite, chaude, tendre... François aime une certaine violence dans le sexe - je sens la montée de son désir à celle de l'humidité entre mes cuisses, je perds la tête - François veut des caresses d'homme qui le feraient crier, s'échauffe d'un vocabulaire ignoble, je danse avec lui; ma main droite se glisse sous le voile jusqu’à son pubis - pendant que je recherche mon plaisir, François me bat les poings fermés, ses doigts pétrissent ma chair. J’aime la sensation que procure cette machine chaude qui bat mon corps... Un homme avec une toison en croix sur sa poitrine… pendant un moment je demeure immobile en lui turgide et palpitant; il sent l'homme qui le remplit profondément - François ne résiste pas, il a envie que d'autres hommes glissent leur bite entre ses cuisses: je l'inonde d'amour, ne suis plus que sexe et bouche...

16 juin 2009

Aveux de Robert S…

Écrire dans ce blog a sur moi un effet étrange: il m'oblige à revisiter ma vie sous l'angle très particulier de l'érotisme et m'obliger à m'apercevoir que, dans ma vie, le sexe — je suppose comme chez la plupart d'entre vous — occupé une part plus grande que ce que j'aurais pu le penser a priori. Ce côté animal à la fois m'est indispensable et à la fois m'ennuie: j'avais de moi une image moins primitive. Mais, après tout, le sexe n'est pas seulement pulsion qui s'enracine dans l'imaginaire du corps et celui de la culture. La part animale et la part spirituelle ont, le plus souvent, en l'homme, la même racine.

Parenthèse fermée, ma dernière note m'a obligé à m'interroger sur ce qui, regroupé sous la rubrique "à suivre", reste à vous raconter. Je m'aperçois que manquent bien des moments marquants. En voici quelques autres:

- la forêt et ses taillis

- la jeune anglaise

- l'auto stop

- les adolescentes des Alpes

- le voyeurisme

- les livres érotiques

- mes rares "maîtresses"

- l'adolescent du camp de nudiste

- l'odeur des dunes de sable

- les moustiques africains

- la nuit dans les vignes

- mes lectures de Sade

- les miroirs

- la ferme collective

- etc

Allonger la liste ne servirait à rien.

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