07 février 2007
12 heures, vers Vallongue
Toujours ses pensées vont à sa rencontre, sa parole est lourde, épaisse comme l'argile humide, il court le risque du souvenir. La nature se grave dans l'air: il respire, se rappelle, marche. Collines après collines transforment la beauté en distance rendant impossible de savoir quel miracle pourrait se produire ici, l'air est pesant et impassible; cette immobilité des choses, cet ennui harmonieux, cette monotonie ont pour lui un charme, une douceur profonde qu'il ne saurait oublier. Il n'est pas vrai que le silence parle. Même l'herbe lui résiste qui n'a ni la tendreté de celle de la plaine, ni sa mièvre douceur. Seules les mouches l'accompagnent sans crainte. Dans le lointain, un troupeau de moutons se confond avec les pierrières. Il aime l'infini de sa marche sur les sentiers sombres. Il ne vit que s'il relie. Il n'ignore pas qu'il y a des cieux de nuages et des bleus et des soleils ailleurs.
Trop de mots. Il faut passer lorsqu'on ne peut plus aimer. Il a peur qu'il arrive quelque chose… Mais que pourrait-il arriver? Il sourit, chantonne, songe, songe, se sent bien. Rien n'est fait pour attirer. Il cherche une langue qui dirait l'indicible.
Une plante jaune au bord d'un talus, une espèce de sauge, brille au soleil, solitaire dans la lumière. L'herbe est rare et cassante. Toute joie veut l'éternité de toute chose. Les petites collines sont parsemées de tâches vertes. Des ombres rapides et brusques courent sur les herbes sèches. Il se dit que les hommes ont abandonné les contrées où la vie était dure car ils avaient besoin de chaleur. Il éprouve comme un vague sentiment de reproche : regret d'avoir abandonné ce pays, rage d'avoir été contraint à l'abandon; le paysage lui paraît soudain vaguement hostile, passé et présent luttent en lui comme anges et démons. Le temps passe. Il pense que c'est bon de marcher ainsi, infiniment… Blanc cassé, blanc, la lumière, blanche, n'est plus qu'une buée sur le ciel.
20 juin 2007
Une notion de parenté floue
— C’est vrai, pousuit Constantin… nous n’avions que deux ans de différence, j’en avais quatre avec Sophie, six avec Blandine, huit avec Clotilde, onze avec Diane…
— Etc… etc…mais on parlait de Jonathan je crois ?…Tu prends autre chose ? Moi un café me suffira…
— Moi aussi, à mon âge je dois surveiller ma ligne… Tu crois que c’est grave ?
— Grave ? Non, pourquoi ?… Je crains simplement que Diane ne soit ennuyée, qu’elle ne sache pas bien comment se retrouver dans tout ça… Ta façon de vivre est parfois un peu compliquée.
— Mais je n’ai rien à voir là-dedans.
— Bien sûr que si : tu épouses, tu fais des enfants, tu divorces, tes ex-femmes font des enfants avec leurs autres maris, tu es cerné de frères, de sœurs, de demi-frères, de demi-sœurs, de ni frères ni sœurs et tu t’arranges pour avoir des relations cordiales avec tout ce monde, tout le monde t’aime, y compris les nouveaux maris tes ex beaux-parent, parfois même les parents des nouveaux maris ou leurs ex femmes…
— Tu ne m’aimes pas ?
— Bien sûr que je t’aime, c’est ça le problème, tout le monde t’aime, toutes tes femmes te quittent mais elles continuent à t’aimer, tes enfants t’adorent comme les enfants qu’elles ont avec leurs maris suivants… On ne s’y reconnaît plus vraiment… D’une certaine façon Jonathan a toujours considéré Marion comme sa demi-sœur.
— C’est grave ?
— Grave ?… Je ne sais pas ? Compliqué c’est sûr. Souviens-toi, petits les cinq enfants que tu as eu avec tes sept femmes ne savaient jamais combien ils avaient de frères, de sœurs, de grands parents. Thierry, ton dernier enfant, n’a que trois ans et il croit déjà que Jonathan, Aymard et Germain sont ses frères…
— Ce sont ses demi-frères !…
— Oui, bien sûr, et Mariette sa demi-sœur mais comme tu fais en sorte qu’il passe aussi du temps avec tous les autres, Murielle, Marc, Marion, Crépin, Clotilde, Quentin, Émeline… J’en oublie ?
— Non… il récapitule, compte sur ses doigts, ça fait bien douze en tout…
— Qu’ils ont des mères différentes, parfois des pères, mais que tu t’occupes toujours de tous d’une façon ou d’une autre, comment veux-tu qu’il ait une idée correcte des structures familiales ? jeune, chacun de tes enfants a cru qu’il avait au moins six grands parents…
— Tu me le reproches ?
— Comment pourrais-je te reprocher d’être aussi attentif et disponible ? Non… Simplement je crains que les amours de Jonathan ne soient un peu confuses.
— Il fera comme tout le monde, il s’y retrouvera !
27 juin 2007
Une histoire d'amour
Wilfrid se dit qu’il allait enfin pouvoir s’occuper sérieusement de la préparation de sa daube : il mit la poële sur le camping-gaz qu’il régla à très petit feu doux, mesura deux cuillerées d’huile d’olive extra vierge puis, quand elle commença à gazouiller, y versa les petits cubes de poitrine de porc qu’il avait préparés. Une nouvelle odeur légèrement acide de graisse fondante prit place au-dessus des autres. Wilfrid respira profondément…
Pourquoi La Beude est-elle morte se demanda-t-il à voix haute ?
Il savait bien qu’il n’aurait pas de réponse mais la question lui était venue comme ça, naturellement.
Wilfrid avait connu La Beude dans les années cinquante alors qu’il était ouvrier pâtissier: elle avait dix-huit ans, lui aussi. Elle était dactylo dans une petite boîte d’assurances. Rien d’original. Il n’y avait pas de raisons, depuis leurs naissances ils étaient voués au manque d’originalité: petite ville, familles des plus modestes, frères ou sœurs normaux, petites études, petits métiers, petites vies à venir ; vie de quartier, repas de familles, cinémas ou bals du samedi soir, fêtes foraines et de village… Une vie normale de gens normaux sans risque réel de dérapage. Ils se connaissaient vaguement depuis toujours habitant le même pâté de maisons modestes dans des rues identiques, meublées de la même façon…
Un jour de printemps, sous les platanes, ils s’étaient regardés davantage que d’habitude et ce qu’ils avaient vu ne leur avait pas déplu: ils avaient décidé d’engager un amour éternel construit par des rendez-vous successifs, de fausses cachotteries, de petites jalousies entretenues, de petits cadeaux, de flirts, d’abord dans la salle de cinéma de la ville, puis dans les bois alentours, derrière les rhododendrons du jardin public… Enfin, toute la panoplie indispensable du rituel amoureux. Vigueur des sens aidant, ça n’avait pas mal marché. Après un délai raisonnable de dix-huit mois (indispensable pour les économies) ils décidèrent ne plus pouvoir vivre l’un sans l’autre. Ce postulat convenait aux familles. Ils s’unirent pour le meilleur: le pire n’était pas au programme…
05 juillet 2007
Femmes
Sous-entendus… Sourires… Connivences… Complicité… Même, avec Émilie, sa première femme, Constantin a conservé des relations excellentes …
Comme d’ailleurs avec Sophie, sa seconde ainsi qu’avec toutes les autres : Blandine la belle créole, Clotilde l’artiste, Diane l’effrontée, Germaine la paysanne rougissante et pourtant si charnelle, Léonce la mystérieuse… Aisément séduit, toujours amoureux, à cinquante ans il a derrière lui un passé d’épouseur à tous crins étrenné l’année de ses vingt-deux ans, rarement interrompu depuis, si ce n’est par le temps légal de pause entre divorce et remariage.
Doué pour la vie qu’il envisage avec une profonde légèreté, d’une curiosité empathique bien qu’affamée, Constantin possède une capacité d’écoute peu commune. Capable de s’intéresser au moindre fait anodin de toute vie ordinaire, il séduit n’importe quelle femme par l’intérêt qu’elle sent susciter en lui : amant il les révèle à elles-mêmes ; mari il les laisse s’épanouir, ex-mari il est leur indispensable conseiller— souvent leur confident, parfois leur confesseur. C’est dans ces rôles successifs souvent simultanés qu’il trouve son plaisir de vivre. Rien ne le lasse. Sourires complices, petits plis aux coins des yeux, regards intenses, silences… silences… il fait preuve d’une capacité naturelle — et par suite sincère — de laisser penser à celle qui lui parle des émois sexuels de son caniche nain ou de la difficulté à trouver dans Paris une paire de chaussure à la fois élégante et bon marché que ce qu’elle dit est intéressant, original, brillant, qu’il découvre dans cette conversation décontractée, confiante… complice… des vérités aussi fortes que lorsque, abordant l’art, le cinéma, la littérature ou la philosophie… même la philosophie… elle s’aventure sur des terres plus intellectuelles. Avec lui les monologues semblent être autant de dialogues et les femmes, toutes les femmes, s’enthousiasment pour son art de la conversation et ses capacités d’écoutes. Elles pensent qu’il aime les autres : en fait il aime être aimé et se sentir aimable. L’attention qu’il porte aux femmes n’est que le reflet de celle qu’il attend d’elles. Il puise son plaisir à vivre dans ce jeu permanent entre son affichage vigilant d’attention et le charme qu’il sait susciter ainsi. Avec les femmes seules il est dans cette situation de dissemblance irréductible qui tout en le protégeant des pièges du trop proche lui promet la légère distance de la découverte. Comédien il ne peut se sentir vivre que dans le miroir des regards qu’elles portent sur lui et ne s’épanouit ainsi que dans la seule «conversation amoureuse». Raisons multiples de vivre: c’est dans cette diffraction constante des sens que Constantin vérifie la signification de son existence. Le commerce des femmes est sa passion. Et ce d’autant qu’il considère le sexe comme accessoire, non qu’il n’aimât pas le pratiquer — bien au contraire… et ses partenaires lui reconnaissent d’indéniables capacités en ce domaine — mais parce qu’il ressent davantage sa pratique comme une activité sportive qu’affective.
18 octobre 2007
De Germaine à Argencourt
Par moments le vide presque tyrannique de ce paysage que j'aime m'effraie... Produit de mon imagination? Tous les gens suivent le même chemin les uns commencent par la droite les autres par la gauche, la vie passe ainsi or j'estime avoir droit à tout, venez à Fontainebleau... Je me demande quel avenir aura lieu ! Il faut bien dire quelque chose. Autonomie excitée! La nuit est tiède - à Fontainebleau comme ailleurs, faute de temps et de passion, les habitants s'aiment sans le savoir! La lune brille; oubliez Ganançay, vous seul comptez à mes yeux, je vous aime, en doutez-vous; des ombres dessinent votre visage, l'air vibre, la lune bouge depuis l'église Saint-Louis! Je ne vois plus personne, le G20 a une enseigne neuve...
Qu'est-ce donc qu'une lettre d'amour ? Je ne sais pas écrire une lettre d'amour... Les rencontres nouvelles font échapper à l'expérience, Argencourt, moi Germaine, je suis folle de vous... Mon regard se perd dans les perspectives des chaussées, la cruauté se contemple avec soin dans les miroirs des vitrines, pourquoi ai-je honte de mes sentiments, je suis au désespoir, Argencourt, je ne vous verrai pas de toute la journée, que deviendrais-je si je venais à vous perdre... Faites de moi ce que vous voulez. Que de larmes me coûte notre brève rencontre d'avant-hier... Je ne me méprends pas sur ce que cela veut dire : l'absence qui est pour les vrais amants un supplice abominable, n'est-il pour vous qu'un repos : je meurs du besoin de dire le vrai; je vous imagine en train de rire, pourquoi votre bonté se dément-elle quelquefois...
Je suis impuissante à maîtriser le désordre de sensations qui se bousculent en moi et mon cœur ne peut négliger de rendre grâces à son délicieux Argencourt.
Adieu, je vous aime…
08 novembre 2007
De Palancy à Germaine
Fontainebleau, tous les regards sont des miroirs de feu - j'avance dans un cortège de cuivres - je n'ai plus rien à dire.
Chère Germaine! Pourquoi, Germaine, me parlez-vous de Gilberte, je ne connais que vous: jugez ce que tout cela peut faire sur un cœur qui n'est ni insensible ni ingrat. Si vous m'aimiez, je trouverais mes excuses dans votre coeur. La réalité, l'absence, le déficit, la présence... La présence! Comment ne pas vous regarder perpétuellement. Mon âme ne peut négliger de rendre grâces mille et mille fois à son adorable Germaine; i mio cuore e un mar di pianti! Je suis au désespoir, Germaine; la passion s'exprime dans mon trouble ! Je vous aimerai toute ma vie. Je ne sais plus vivre sans vous: en effet quelquefois je vous écris pourtant j'ai peur de vous voir, de vous regarder.
C'est ici que tout a lieu... C'est une ville. La lumière du soleil fracasse les murs! Des murs appareillés de pierres et de briques; désormais je suis au désespoir - je ne m'attendais pas à vous écrire encore: à la boîte aux lettres Jaune, à la porte du château… vous êtes désormais partout où je passe - la jalousie a quelquefois plus de vertu pour retenir un coeur que les charmes et que le mérite: I love you so much, vous riez; l'unique moyen de me délivrer de tant de tourments est de vous rapprocher de moi; malheureux que je suis: je vous ai dit mille fois que je vous aimais... Je vous aime éperdument: l'avenir vient vers moi, comme le passé, en chaque moment inattendu! Depuis que je vous aime, moi, Palancy je ne suis plus Palancy, je n'ai plus assez de mon âme car elle est toute à vous.
Palancy
16 novembre 2007
De Germaine à Argencourt
My dear Argencourt,
je cherche par des termes à décrire un monde qui échappe aux mots. Je cours le risque du souvenir, s'il y a quelque chose qui m'empêche d'être crue quand je parle de passion, c'est que j'en parle trop bien; je suis sortie d’auprès de vous avec le Paradis au-dedans de moi. Se peut-il que vous ne me donniez jamais un moment de désir. Ne savez-vous pas que les histoires en disent plus que tout le reste... Si je pouvais conserver de l'estime pour vous, je serais fort navrée de ne pas mourir, écrire n'est pas une nécessité; j'ai besoin de vous. Comment ne pas vous regarder perpétuellement... J'attendrai donc de vos nouvelles avec impatience - l'amour ne s'obtient pas il s'arrache. Je tremble quand je lis ou que j'entends votre nom! Je suis celle que les petites villes et la solitude ravissent,
Vous m'avez écrit, vous écrivez agréablement. Je suis au désespoir, Argencourt. Qui tiendra une place plus grande dans les jouissances que j'attends; ou alors il faut que je vous retrouve - je ne sais plus très bien où je vais; croyez moi digne de votre confiance - vous me pourrez bien voir mourir sans être touché. Je n'aime la vie que pour la passer avec vous... Mon sort reste dans vos mains: pourquoi faut-il qu'il y ait parfois tant de différences dans les compréhensions: ne me laisserez-vous jamais en repos.
La puanteur de la passion galope à travers les impasses de Fontainebleau. Rien ne s'épuise jamais. Fontainebleau est un produit de mon imagination... Fontainebleau est si saturée par elle-même qu'elle devient autre chose. Dans mes souvenirs d'adolescente, de nombreux amours se sont effilochés... Au centre de la place de l’Hôtel de ville la tête d'un poète mort fait une fontaine…
Depuis que je vous aime, moi, Germaine je ne suis plus Germaine, seulement jugez ce qu'il paraît à d'autres à qui votre amour serait absurde.
Servez-vous de moi.
Votre Germaine.
23 novembre 2007
De Germaine à Argencourt
Souvenez-vous toujours, Argencourt, que j'ai manqué de pouvoir, non de volonté, je ne m'attendais pas à vous écrire encore et encore! Cher Argencourt: je voudrais construire un univers devant lequel m'agenouiller: acceptez donc de me voir parfois - serais-je constamment dans des menaces de vous perdre! Pourquoi votre bonté se dément-elle de temps en temps, je suis incapable d'imaginer un matin sans vous... Je vous aime trop pour accepter de vous perdre! Ne doutez pas que lorsque le hasard nous rassemblera à nouveau, je ne vous donne les preuves les moins confuses de mes sentiments, mais qu'il est difficile de haïr celui qu'on aime - je vous en prie écoutez mon tourment... Mon âme est soucieuse et agitée, il m'est impossible de vous parler sans vous dire que je vous aime, croyez moi digne de votre confiance... Sempre mi siete presente, sempre vi veggo, sempre vi dico tante, tante cose, tutte al vento, tutte ! Sans vous je n'ai point de jouissances - trop profondes, les vallées sont autant de frontières à mes mots… Je n'ai plus assez de mon âme elle est toute à vous.
Le parc du château est plein d'amoureux; ce que vous lisez est une image de ma réalité; des garçons jouent: Fontainebleau nous regarde : souvenez-vous, Argencourt, que j'ai manqué de capacité d'action, non de désir, mon ambition est sans réponse mais je n'ai pas choisi mon destin. L'amour, qui n'est jamais sans angoisse de déplaire, me fait considérer que vous avez pu changer: j'accepte la part que vous m'offrez. L'approche du silence fait naître la parole; il y a quelqu'un d'instable en moi. Je vous aime trop pour risquer de vous perdre et ce n'est pas en cessant de me faire souffrir que vous pourrez obtenir ma haine. Au bord du Grand Canal la tête d'un poète mort fait une fontaine, sans vous les carrefours du parc sont inhabités. Il y a trop longtemps que je ne vous ai vu!
Je ne vous ai jamais tant attendue, ne m'oubliez pas.
11 décembre 2007
Lettre d'un inconnu adressée à Oriane
J'ai veillé jusqu'ici pour rien, Oriane,
Je ne sais comment commencer, je vous ai cherchée en vain rue Michel Maurette - je poursuis des ombres… je vous aime comme le premier jour; je ne suis plus à moi, je vous aimerai toute ma vie encore plus, s'il se peut, que je ne vous aime à présent; comment ne pas vous aimer, le passé est ce qu’il est.
Je ne supporte pas les promeneurs dans mes champs ou mes bois, si je pouvais vous prendre dans mes bras; je m'étonne devant l'existence - je ne suis pas libre, je laisse faire les événements comme s'il y avait là quelque chose de plus ancien qui me domine.
Je serai demain chemin de la cité, quelque part…
Pourquoi faut-il qu'il y ait parfois tant de différences dans les passions.
22 décembre 2007
D'Oriane à Saint-Loup
Comment, cher Saint-Loup, vous taire la vérité, dans la volupté et dans le désir - comment commencer une lettre d'amour où je voudrais mettre toute mon âme — en engradar e en voler es l'amors de dos fis amans - est la passion de deux authentiques amants. Chaque chose en son temps… je parle maintes fois du quotidien… tout ce qui est inhabituel m'effraie… l’amour est un espace de sons.
Saint-Loup, je suis folle de vous; cher Saint-Loup, souvent, le coeur tout meurtri de coups que vous me portez, je me force à du bonheur pour obtenir de vous un sourire je vendrais mon coeur pour vous, je crains de faire toujours quelque faute, je pense souvent que je vis comme quelqu'un obligé de retourner chaque pierre, serais-je sans arrêt dans des épouvantes de vous perdre. Ne doutez pas que lorsque le hasard nous rassemblera, je ne vous donne les preuves les moins douteuses de mes sentiments… je ne discerne pas les raisons de l'amour, j'ai besoin de vous.
Saint-Loup, je ne suis pas du genre à se projeter dans l'avenir, je vous dis continuellement que je vous aime, et mes yeux, esclaves de mes sensations, ne regardent jamais que vous - vous tenez mon être dans votre main comme dieu tient sa créature, votre lettre m'a fait un grand plaisir, oubliez Germaine; un regard, un geste changent tout mon univers pourtant je me soumets à tout parce que je ne pourrais vivre sans vous voir, jugez ce qu'il semble à d'autres à qui votre amour serait dérisoire.
Le ciel et la cité se font la cour, les chemins s'ouvrent à vous comme autant de choix; atressi con Persavaus, el temps que vivia (comme Perceval je suis…). Une méchante averse tombe sur la ville.
Pourriez-vous m'aimer autant que je vous aime, l'unique moyen de me délivrer de tant de tortures est de vous rapprocher de moi. Mon coeur n'est plus qu'un jouet dans vos mains.
Oriane.
