Écrits de Marc Hodges

Éléments de l'HyperFiction dynamique et répartie La disparition du Général Proust.

14 septembre 2007

Où Wilfrid rencontre enfin Zabre

Entrant dans le village, d’Eurymédon croisa le garde-champêtre qui épinglait un procés-verbal à l’œillère gauche d’un cheval mal garé devant la porte cochère des WC piblics. Il le salua lui aussi. Soupçonneux par fonction le garde ne lui rendit pas son salut.

Wilfrid arriva au Roi Artus et, pour boire l’apéritif — on n’est pas souvent en vacances et, de temps en temps on peut bien faire des folies — s’installa dans un fauteuil du salon. Posant la canne de X… à côté de lui, il prit sur une table basse une des nombreuses revues de métaphysique qui traînaient là. Il la feuilleta d’un air distrait… Quelques illustrations retinrent pourtant son attention : un garde-champêtre vêtu d’un uniforme aux luxueuses broderies d’or et d’argent représentant Dieu, une coquille d’escargot écarlate et vide représentant le destin, un beau jeune homme aux longs cheveux blonds représentant le mal, etc. Mais c’était un ouvrage pour intellectuels : il y avait presque autant de texte que d’images.

Comme, pour prendre son verre de porto, il posait la revue sur la table, il vit un individu d’âge mûr qui, debout devant lui, le regardait. Il le regarda. Ils se regardèrent. Longuement. Puis, lui tendant la main, l’homme se présenta :

Monsieur X… je suppose, je m’appelle Zabre.
Enchanté, mais vous devez faire erreur, je me nomme Wilfrid d’Eurymédon.
Oh, excusez-moi… mais alors, cette canne est-elle bien à vous ?
Cette canne ? Non… Elle appartient effectivement à monsieur X… Il me l’a prêtée avant-hier.
Puis-je me permettre de vous demander un entretien particulier, déclara le nommé Zabre… Peut-être pourriez-vous venir déjeuner dans ma chambre ?
Avec plaisir, répondit Wilfrid qui ne savait pas trop comment user son après-midi car sa promenade de la matinée avait un peu fatigué sa –cheville. S’appuyant sur la canne, il se leva, finit son verre de porto…
Montez donc, dit Zabre, je vais dire au garçon de nous servir en haut… Chambre 15, premier étage.

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19 septembre 2007

Repas d'affaire

Wilfrid vit Zabre se diriger vers le bar et dire quelques mots à une très joile blonde jeune fille qu’il n’avait encore jamais vue dans l’hôtel. Il pensa : ne s’embête pas… et monta les escaliers. Quelques secondes. Zabre le rejoignit dans le couloir, le mena à sa chambre sans rien dire. Entrèrent, s’assirent, parlèrent de choses nulles — la grève en Nouvelle Guinée, la bombe atomique en Iran, la faim dans le monde, le réchauffement climatique, la déroute américaine en Irak, la mort des phoques et des baleines, l’impôt sur la fortune…— attendirent le garçon, commandèrent :

Zabre : langoustines, moules marinières, sole sauce hollandaise, fruits
Wilfrid : langosutines, moules marinières, lotte à l’armoricaine, trois crêpes (double blé noir confiture de myrtilles — ce qui lui permettait d’atteindre le cap des 310 chiffre qui, sur le moment, lui paraissait indispensable)

Mangèrent en parlant toujours d’autre chose — refonte de la gauche oui, bien sûr mais comment, taxes sociale sur la valeur (de quoi) ajoutée (à qui) — c’est si difficile de juger la valeur réelle des gens — autoroutes, automobiles, autosatisfactions, autontimonourémos. Ce n’est que le café servi que Zabre, audace du ventre plein, parla de ce qui le préoccupait : je pense que si X… vous a confié sa canne, c’est que vous êtes de ses amis, dit-il fouillant ses poches.

Très flatté de passer pour l’ami d’un savant, Wilfrid ne le contredit pas.

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02 octobre 2007

Approche scientifique d'un problème

Très flatté de passer pour l’ami d’un savant, Wilfrid ne contredit pas Zabre.

Tendant à Wilfrid une feuille de papier, Zabre poursuivit : Voilà la lettre que X… m’a adressée il y a quelques jours.

Wilfrid prit la lettre. Il lut. Il ne comprit rien à ce qu’il lisait…

Zabre poursuivait: je suis arrivé ici il y a un trente six heures et je n’ai toujours pas réussi à trouver x… Pourriez-vous m’aider ? Simple problème d’algèbre, dit d’Eurymédon, je vous conduirai à sa tente dès que vous le souhaiterez.

Cette réponse finit de persuader Zabre que Wilfrid connaissait parfaitement bien X… C’est pourquoi, se penchant vers lui, il lui demanda: pourriez-vous me dire ce qu’il a trouvé? Je l’ignore répondit Wilfrid… A certaines de ses allusions je peux seulement deviner que ses recherches portaient sur l’influence de la lumière diffuse sur la basse vision des bas bretons. Vous pouvez parler clairement, dit Zabre, nous sommes entre amis. Je n’en doute pas, rétorqua Wilfrid. Puis, après un instant de silence, comme à la suite d’un mouvement un peu brusque, il ressentit une douleur vive à sa cheville blessée, il ajouta en serrant les dents : mais à votre tour vous pourriez m’aider! Je pense, puisque Monsieur X… demande votre aide, que vous poursuivez des recherches parallèles? Je le croyais jusque là, laissa échapper Zabre… Et bien, continuait Wilfrid qui, lancé dans son discours, n’avait pas entendu, je désirerais savoir, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, comment l’on peut présumer de la virginité d’une femelle de crapaud? Simplement en s’assurant qu’elle n’a aucun rapport avec un mâle, répondit Zabre soudain intrigué. Il me semble que ce n’est pas sorcier (Oh, pardon, s’excusa-t-il, s’apercevant qu’il venait de commettre un impair…). De rien dit, machinal, Wilfrid émerveillé de la facilité avec laquelle les vrais savants résolvent les problèmes les plus ardus ; puis, réfléchissant et détruisant dans son cerveau la tranquillité béate de ses neurones, et si on pêche des crapelles adultes?

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07 octobre 2007

Crapauds et néfliers

Pour les crapelles adultes, répondit Zabre, il faut un examen gynécologique… cependant la méthode reste peu sûre d’autant que les crapauds, créatures charmantes au demeurant, sont peu portés à la continence. Il ne faut pas hésiter à le reconnaître… Ceci se complique encore du fait que leur copulation — très rudimentaire si on y songe, heureusement nous sommes d’une autre sorte et connaissons ainsi des moments brefs, mais forts, d’exaltation profonde — reste externe et ne laisse dans l’organisme concerné que des suppositions de traces… Alors, larmoya Wilfrid, je suis perdu ! Auriez-vous joué votre âme sur la virginité d’un crapaud femelle, demanda Zabre apitoyé ? Non, mais X… m’a dit… Wilfrid raconta longuement son accident et le remède conséquent… Zabre, très attentif, écoutait, souriant : ce n’est pas le meilleur remède, dit-il lorsque Zabre eut terminé. Ah non ! Non ! Il vaut bien mieux secouer un néflier à minuit sous la lune en répétant d’un ton convaincu : « enté, entêté, entêté, que Dieu la remette comme elle était… Ce moyen là est infaillible. Merci bien, j’y songerai ! Vous ne devriez pas hésiter un instant et l’appliquer dès ce soir. Puis, regardant sa montre, Zabre ajouta : excusez-moi de vous abandonner mais j’ai un rendez-vous à quatre heures… Vous me promettez de me conduire à X… Dès demain… Entendu, accepta Zabre soutenant Wilfrid qui, vin aidant, avait soudain la cheville un peu lourde.

Zabre accompagna Wilfrid à la porte de sa chambre et, après l’avoir salué, le quitta.

Wilfrid alla s’allonger et comme les vapeurs du vin lui communiquaient des sentiments élevés, il sonna la bonne. Ce fut la garçon du bar qui monta. Il le renvoyant lui commandant deux cognacs : il ne se sentait pas encore assez bien pour goûter aux amours masculines.

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14 octobre 2007

Promenade sentimentale

Zabre accompagna Wilfrid à la porte de sa chambre et, après l’avoir salué, le quitta.

Wilfrid alla s’allonger et comme les vapeurs du vin lui communiquaient des sentiments élevés, il sonna la bonne. Ce fut la garçon du bar qui monta. Il le renvoyant lui commandant deux cognacs: il ne se sentait pas encore assez bien pour goûter aux amours masculines.

Zabre, désormais assuré de rencontrer X…, alla rejoindre Armelle qui l’attendait dans sa chambre lisant un livre d’alchimie qu’il lui avait prêté. Ils avaient projeté d’aller se promener… Aussi sortirent-ils et, ayant la veille visité la campagne environnante, décidèrent de flâner dans les rue du village. Armelle abandonna sa main à Zabre.

Ils trouvèrent le garde-champêtre occupé à inscrire au crayon feutre rouge un procès verbal sur le pare-brise d’une spitfire écarlate : ni le véhicule, ni le garde champêtre n’eurent droit à un regard.

Ils rôdaient en silence, allant au hasard des rues sans jamais s’arrêter, repassant plusieurs fois par les mêmes lieux, paraissant ne rien voir ou, plutôt, tel des poissons rouges dans leur bocal, trouvant tout toujours nouveau car c’est en eux-mêmes, dans les yeux l’un de l’autre, qu’ils découvraient leurs paysages.

Devant l’église, assise sur les pieds de la vierge éplorée, une vieille femme en costume local cirait les pierres du calvaire. Des enfants, riant et se bousculant, sortirent de l’école sous l’œil fatigué de leur maître…

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18 décembre 2007

Pendant ce temps à Huelgoat

Pendant ce temps :

Un tonnelier faisait des tonneaux
Une dentelière faisait des dentelles.
Un cordier faisait des cordes.
Un puisatier faisait des puits.
Un arbaletier faisait des arbalètes.
Un banquier faisait des bancs.
Un sardinier faisait des sardines.
Une boulangère faisait son mari cocu.
Un épicier faisait la sieste.
Un cordonnier faisait des chaussures.
Un carabinier faisait des carabines.
Un caravanier des caravanes.
Une bouchère faisait la gueule.
Un rentier ne faisait rien.

Zabre pense :

…comme ici la vie est calme et paisible, comme j’ai bien fait d’abandonner femme et enfants, je n’aurais jamais cru être aussi heureux, il faut banir famille et propriétés, peut-être dois-je déclarer mon bonheur à Armelle ? Je crois que je l’aime mais je n’ose pas le lui dire, elle est si jeune…

Armelle pense :

…c’est un joli petit coin de France mais je ne voudrais pas y rester trop longtemps, il ne semble pas y avoir ici beaucoup de distractions, faudra bien que je m’en aille un de ces jours… Qu’est-ce que je fais avec ce Zabre ? Il est bien gentil mais pas marrant, il ne dit rien, heureusement encore qu’il a ses curieuses manies d’alchimiste.

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21 décembre 2007

Coup d'oeil sur l'existence de Zabre

La vie de Zabre ne vaut guère la peine d'être rapportée même si résumer sa vie n'est pas chose facile…

Apparition de Zabre : Zabre a vu le jour un vendredi de 1949 à Buffalo (USA), il vit dorénavant à Crépy en Valois. Polarité astrale très lion.

Portrait : une toison de cheveux épais, un nez crochu. Zabre est svelte, de santé splendide, une peau satinée, le front lisse; bouche scélérate. Petit de taille, nez pointu de fouineur, Zabre, au premier abord, paraît très quelconque, son feutre marron au ruban sale, s’harmonise fort bien à son complet, d’un gris indéfinissable, dont les poches sont copieusement garnies de crayons et de stylos. Mais, à y regarder de plus près, l’expérience du métier apparaît: petits yeux apeurés mais vifs et rusés, lèvres minces dénotant la prudence, front lourd ridé par l’anxiété des attentes, en somme les traces d’une vie passée à épier les couloirs d’hôtels, à corrompre les femmes de chambre, à ignorer l’insulte ou la menace et à ne pas tenir ses promesses.

Amis : Zabre a mis longtemps à s'apercevoir qu'il n'a pas d'amis.

Aversions : Zabre redoute de voyager en Fiat.

Passions : vendrait son âme pour les chiens.

Son livre de chevet est “Les diaboliques”; c'est en écoutant un air de John Adams que Zabre a découvert la musique… aime par dessus tout la peinture et particulièrement “La laitière” de Jan Vermeer… conserve un souvenir ébloui de sa visite au cercle polaire. Zabre est passionné par les cathédrales. Zabre apprécie de vivre à Crépy en Valois.

Travail : détective magnétiseur est une profession aussi épouvantable que sportive de haut niveau pour apprendre à vivre chaque jour comme si c'était le dernier.

Philosophie : "origine et destin doivent rester inséparables" est une scie répétée sans lassitude par Zabre en toutes occasions.

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25 décembre 2007

Matin de marché

Ainsi, devant les yeux du maître, tout n’était que sites étrangers, les mouillages des ports, les rocs inaccessibles, les sentes en lacets et les arbres touffus.
Odyssée, chant XIII

Huelgoat, jeudi 23 mai, 8 heures 15

D’un coup précis de son canif, la garde-champêtre trancha la gorge du chien ficelé sur l’achafaud. Un jet de sang puissant jaillit de la gorge de l’animal dont l’aboiement s’affaiblit en un long sifflement d’agonie. Le sang, giclant au rythme cardiaque, mouillait les chaussures de l’exécuteur, rebondissait sur les pavés tachant la place d’une mare de de rouge brun. Quand la bête cessa de s’agiter, que le sang ne coula plus que goutte à goutte se coagulant avec lenteur le long des pieds de la table qui servait à l’exécution, la foule applaudit bruyamment puis commença à se disperser. Passant devant le cadavre un jeune homme se signa, une grand-mère trempa dans la mare de sang une branche de buis, un enfant prit quelques photos avec un appareil jetable, un peintre croqua la scène puis, peu à peu, chacun retourna à son travail et ceux qui n’avaient rien à faire se dirigèrent vers la place Aristide Briand où se tenait l’habituel marché du jeudi.

Une agréable odeur de cochon rôti et de fumier emplissait l’air, des paysans venus de toutes les fermes environnantes avaient posé sur le sol, alignées le long des trottoirs, des caisses renfermant chacune cinq ou six piorcins embrennés. Déjà des camions arrivaient.

Zabre et X…, l’air fatigué, traits tirés, teint have, rentraient de leur labeur nocturne. Ils traversèrent la place sans trop regarder autour d’eux tant il leur tardait d’aller enfin se coucher. Rue de Berrien ils se séparèrent.

Ouvrant la fenêtre de sa chambre à l’hôtel du Roi Artus, Armelle, sans geste ni mot, regarda Zabre pénétrer dans l’hôtel.

05 février 2008

La Radio

Introduire à un moment ou un autre une radio libre (La Radio), que Wilfrid va fréquenter quelques temps au moment où il décide de ne plus habiter avec La Beude, dont le but principal est de vendre la parole et les livres du révérend Zabre. Cette radio permet de décrire toute une galerie de personnages  divers mais la plupart déséquilibrés et asociaux comme par exemple le désespéré «clean», un petit employé raté qui trompe sa tristesse et son malheur dans une minutie rigoureuse et une excessive maîtrise de son hygiène morale, ce dont il est conscient mais ne parvient pas à se libérer parce que toute sa vie d’adulte s’est construite sur ces principes auxquels il feint de croire (un Cottard désargenté, il pourrait s’appeler Bloom bien que ce nom un peu trop joycien fasse anglais ou Bouviala, mais ce nom trop auvergnat renvoie à une image de bon vivant grassouillet, ce qui ne convient pas… Nivolet peut-être, plus neutre et riche cependant de relations avec La mort dans l’âme). Il y a aussi quelque chose de La Beude dans ce personnage mais elle est une obsédée de la conservation, elle entasse tout, garde tout, ne veut rien perdre, sa relation au monde est faite d’accumulations au sein desquelles elles de réfugie comme dans un nid à rat ou un cocon.

Les orphelins : frère et sœur, entre 23 et 25 ans, incestueux mais avec très bonne conscience.
Le technicien inventeur de machines à baiser toutes plus farfelues et ingénieuses les unes que les autres. Ces trois personnages sont en relation, les orphelins ayant répondu à une petite annonce de La Radio pour servir de cobaye à ses expériences contre rémunération.

Pour Moulay Isamaïl, cf Charles André Julien, Histoire du Maghreb, tome 2. Il y a là environ vingt pages intéressantes.

« Il n’y a que chez Marcel qu’on acceptait encore La Beude, Marcel était un pote, un vrai, un vieux, ils s’étaient connus à l’école élémentaire, y avait une paye. Ça, ça s’oublie pas… Puis Marcel avait acheté ce troquet entre la gare et l’achélème, ce qui crée encore des liens. Sûr que c’était pas un beau bistro pour gandins ou matuvus, pas de miroirs propres, de banquettes de skaï, de formica ou de marbre, ça sentait la frite et, putain, on le remplissait à six, mais on y était bien à se saoûler la gueule entre potes en s’en racontant de bien bonnes même que, malgré les interdictions, on y fumait des clopes à bec que veux-tu » (à reprendre quelque part…)

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12 mars 2008

La vraie réalité / la fausse

Que faire de la réalité? Par exemple ce prolo du Blanc-Mesnil au visage remarquable et qui devrait figurer dans la galerie de portrait. Ça ne peut pas être le visage de Wilfrid (déjà décrit ailleurs). Peut-être celui de Zabre ou d’Yvré: «il avait une petite tête de brute ascétique, taillée à la serpe, sous des cheveux noirs de jais plaqués à la gomina et qui, de part et d’autre d’une raie centrale lui faisaient comme deux oreilles d’épagneul sur le côté du visage. Son nez était remarquable qui prenait la moitié verticale du visage, un gros nez tout piqueté de rouge, aux pores dilatés, qui laissait deviner qu’il n’était pas insensible à la boisson, mais écrasé sur sa bouche comme celui d’un boxeur, donnant ainsi à son profil une allure verticale rectiligne; de petits yeux ronds et noirs sous des sourcils minces; la lèvre inférieur charnue, lippue, très en avant, formant crochet avec la courbure du nez comme pour enfermer dans cet intervalle ce qui oserait passer à sa portée.»

 

Penser aussi à la semi-clocharde du RER et à son chien mangeur de cacahuètes qui pourrait faire un épisode de la vie de La Beude; ou encore à cet autre moment où endormie sur un banc, elle est chassée par un chien minable, pelé, qui veut prendre sa place.

 

Pourquoi ce besoin d’emprunter des personnages à la réalité pour les prendre en otage dans le monde de Wilfrid?

Ce roman doit être comme un cirque, comme une image criarde et fantasmatique du monde, une réalité exacerbée où les individus sont des clowns (gais ou tristes), des funambules, des trapézistes, des dompteurs de fauve. décrire l’épicier arabe qui vit sa vie solitaire dans les huit mètre carrés de son sinistre magasin au rez-de-chaussée d’une vielle maison délabrée en clown triste par exemple. La maison pourrait être décrite ainsi: «un ridicule petit chalet de mauvais ciment dont la façade néo-rocaille s’orne d’un entrelacs de faux branchages en ciment grisâtre d’où émergent de petits personnages grotesques, tout ça décati, déjeté, descellé, puis la maison comme une espèce de cheminée de brique de trois étages, chicot incongru et grêle, tour loqueteuse dominant de très peu des arbres moribonds dont la cime empanache de hauts murs noirs, percés de soupiraux grillés, qui semblent ceux d’une forteresse»

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