Écrits de Marc Hodges

Éléments de l'HyperFiction dynamique et répartie La disparition du Général Proust.

19 juin 2007

Au Gag Noz

Le jeune homme à la Spitfire rouge entra également à l’hôtel du Roi Artus mais ce ne fut que pour demander un renseignement, il voulait connaître la route du Gag Noz en Huelgoat. Ayant obtenu satisfaction, il sauta dans sa voiture, démarra aussi vite qu’il s’était arrêté suscitant le même intérêt à la fois furieux et jaloux des quelques rares passants. Il prit la route de Plouyé et, à trois kilomètres de Huelgoat, emprunta sur sa droite un petit chemin de terre. Deux cent mètres plus loin, dans un geyser de boue, il arrêtait sa voiture devant une ferme basse et blanche.

 

Dans la boîte à gants de sa voiture, il prit une pipe, la tapa au talon de sa chaussure droite, la bourra d’un tabac anglais (Capstan Navy en boîte métallique ronde achetée en Suisse lors de ses dernières vacances à la neige) à l’odeur d’épice — cannelle et miel. Tenant la pipe de la main gauche, il tassa, de l’index droit, avec soin les longues fibres humides dorées, renversa ensuite au-dessus de la boîte, le fourreau pour en faire tomber les quelques miettes de tabac non agglomérées, essaya en deux ou trois courtes aspirations, le tirage de sa pipe puis, à l’aide d’allumettes promenées avec amour sur la surface du tabac, il l’alluma refoulant une bouffée de fumée. Il prit alors le temps d’examiner la ferme puis, se décidant, alla frapper à la porte.

 

Une vieille dame en costume régional — grande blouse noire serrée à la taille mais très ample au niveau des mollets, coiffe courte en dentelle blanche — ouvrit la porte. Il demanda: Excusez-moi, est-ce que je suis bien au Gag Noz? Oui, répondit la vieille dame avec de grands yeux surpris, se demandant ce que pouvait bien vouloir ce jeune étranger élégant avec sa voiture bizarre de riche… Je voudrais voir Serge Lepen. C’est mon petit fils, entrez donc, va pas tarder à venir, l’est allé chercher les chevaux à la prairie, dit elle tout en s’effaçant pour laisser passer ce visiteur.

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23 juin 2007

Invitation à dîner

A l’invitation de la vieille dame, le jeune homme entra dans son penty: c’était une salle à manger au plancher ciré, meublée d’anciens meubles rustiques datés, abondamment cloutés de cuivre. Au fond de la pièce brulait un grand feu de bois dans une vaste cheminée de pierre.

Vous êtes peut-être de ses amis demanda la grand-mère ?
Oui, répondit le jeune homme tout en examinant discrètement les lieux, nous avons fait des études ensemble.
Vous êtes peut-être Robert ?
Oui, c'est ça…
Serge parle souvent de vous… asseyez vous donc… vous pourriez manger avec nous…
C’est que…
Que ?
Je voudrais pas déranger…
Pensez donc, Serge sera heureux de votre visite… Excusez-moi mais je dois mettre la table, vont pas tarder maintenant.

C’est ce qu’elle dit tout en sortant des couverts du buffet.
La porte d’entrée s’ouvrit. Deux hommes entrèrent. Robert, le jeune homme à la Spitfire rouge, se leva. Serge lui présenta son père : mon père… un paysan grand, fort, dont la carrure et le hâle inspiraient un respect certain, un de ces hommes épaules larges, paumes ouvertes, regards nets et francs — tu m’es sympathique mon gars — Je te plais — tant mieux, on se serre la main et on boit un coup ensemble — tu me déplais et j’ai du foin à retourner, bouche cousue, soudain muet… Il tendit la main à Robert. Ils passèrent à table. Quelques minutes plus tard, arrive la mère: taille moyenne, visage fin, charme certain même si indéfinissable, impression de bonté, de grâce, d’intelligence, de simplicité… Robert est tout de suite à son aise dans cette famille à l’entente parfaite. Repas simple mais copieux, atmosphère chaleureuse: Serge et Robert parlant de leurs études à la Faculté des Sciences Inhumaines, licence de pataphysique. Les parents, peu au fait de ces matières les regardent avec admiration, heureux de voir que leurs sacrifices ne sont pas inutiles, leur fils fréquente un milieu qu’ils considèrent supérieur au leur.

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24 juin 2007

La révolution

On mangea des crêpes faites par la grand-mère dans une poële immense.

Robert voulait partir : on le retint pour la nuit puis, parce qu’il dit être en vacances sans autres buts précis, on l’invita à rester quelques jours à la ferme avec Serge. Il chercha une excuse ; on insista ; il dit avoir peur de gêner ; on insista ; il accepta…

Serge et Robert échangèrent un regard complice.

Les parents allèrent se coucher laissant les deux jeunes hommes en tête à tête : ils parlèrent très longuement politique, notamment de la grève en Nouvelle-Guinée qui, après l’arrêt de travail illimité des fétichistes, prenait une ampleur inattendue.

Un homme peut échouer parce qu’un homme est seul. Un peuple ne peut échouer parce qu’il est fait de milliers, de centaines de milliers de volontés et d’intelligences ; il peut encore moins échouer si ces centaines de milliers de volonté et d’intelligence se fondent en une seule intelligente volonté…

Saouls de paroles et de théories :

Le bourgeois rural disparaîtra parce qu’il ne veut jamais marcher du pas des révolutions… Les intellectuels, eux, dans leur immense majorité, conscients de leur rôle historique, savent se ranger au côté des révolutions…

Ils allèrent enfin se coucher.

Huelgoat, mercredi 15 mai, 0 heures 33.

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19 décembre 2007

Toutes choses ont une fin

Wilfrid et Armelle échangent un coup d’œil furtif. Zabre est rempli de joie. Armelle n’y prête pas vraiment attention.

Le carillon du clocher sonne sept heures.

Ils retournent à leur hôtel du roi Artus. Serge et Robert essuient l’inscription tracée sur le parebrise de la Spitfire rouge. Un ancêtre assis sur un banc fume la pipe, les deux mains appuyées sur une canne, son menton repose sur ses mains jointes sur le pommeau sculpté dans le bois. Il est donc difficile de dire ce que représente la sculpture naïve qui l’orne mais, l’auteur, privilège inamovible, le sait: le pommeau représente un sanglier dans la force de l’âge si l’on en juge par les défenses impressionantes qu’il arbore. L’ancêtre ne s’intéresse pas à grand chose car il est déjà passé de l’autre côté de la vie, dans cette zone où l’homme ne devient plus qu’un spectateur irrité, amusé, critique des actes de ses semblables. Aussi passe-t-il l’essentiel de son temps assis sur ce même banc à simplement regarder les scènes qui se déroulent devant lui comme des fragments de film. Il vit pour mourir, doucement, laisse la vie couler comme un ruisseau lorsque l’on remonte vers sa source. Pour l’instant, il arbore un léger sourire légèrement ironique mais, en fait, ne pense vraiment à rien sinon que le soleil dans son dos est bien agréable et qu’il faut en profiter tant qu’il est temps.

Le rideau de la nuit tombe sur la scène.

Huelgoat, samedi 18 mai, 19 heures.

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15 mars 2008

Protagonistes

Le prêtre, disant son chapelet, réfléchit quelques instants, puis, soudain, comme inspiré: — Quel est votre métier? — Je suis occultiste… — Eh bien… dans ce cas… nous sommes un peu confrères… — Heureux de vous l’entendre dire. Vous voyez que vous pouvez me faire confiance!

La Spitfire rouge s’arrête devant l’hôtel du Roi Artus. Serge et Robert, bavardant, en descendent puis se promènent dans la foule…

— D’accord, dit le prêtre, je gagne environ… mais c’est plus simple par mois: janvier à juillet 2000 € — sauf exceptionnellement lors de grandes épidémies, de guerres ou de catastrophes d’inspiration divine, périodes pendant lesquelles mes gains sont beaucoup plus importants; juillet à septembre, avec les touristes, je peux me faire jusqu’à 3000 €. décembre un peu plus, grâce à Dieu et aux offrandes. Vous voyez que je n’ai pas trop à me plaindre, ma paroisse a encore des sentiments bien religieux et… — Je vous offre le double, dit Yvré qui ajoute: net de toutes charges…

Pendant quelques secondes, le prêtre semble absaourdi. Il se lève, marche dans la pièce, va vers sa petite bibliothèque, ouvre un livre pieux qu’il feuillète distraitement puis revient s’asseoir. Yvré ne l’a pas quitté des yeux.

Armelle, à sa fenêtre regarde se promener les deux jeunes gens descendus de leur Spitfire. Zabre ronfle dans sa chambre mitoyenne. Ce bonhomme commence à la fatiguer. Ne lui a-t-il pas, avec des trémolos dans la voix, parlé longuement de sa femme et de ses enfants…

Les deux jeunes gens se dirigent vers l’échafaud…

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05 avril 2008

L'échafaud

Serge et Robert s’approchent de l’échafaud. Serge guide Robert dans la foire et lui explique les coutumes locales, les diverses coiffes, le cérémonial de l’égorgement des cochons, celui de l’appauvrissement des pauvres, de l’enrichissement des riches, le travail des cordiers, le rôle du garde champêtre, du curé, la cérémonie de bâillonnement des jeunes, celle de la sanctification des saints artistes officiels, de l’élection dans l’académie des saints, de la lapidation des étrangers et des déviants… tout ce qui fait tenir la société. Ils évitent soigneusement de marcher dans les ruisseaux de sang qui, par endroit traversent la place. Robert, veut se moucher. il laisse tomber son mouchoir, le ramasse, le porte à son visage, s’aperçoit qu’il est souillé d’un sang nauséabond, grimace, le jette…

Ils sont maintenant devant l’échafaud.
Ils ne bougent plus.
Ils ne disent rien.
Ils se dirigent vers l’écriteau.
Ils lisent : « A contrevenu à la loi du 31 juillet 1881 »
Robert sort un paquet de cigarettes de la poche abdominale gauche de sa chemise, le tend à Serge. Celui-ci en prend une. Robert en prend une, aussi.
Midi sonne au carillon du clocher.
Le sacristain Petit traverse la place d’un air dominateur.
Serge fourre sa main droite dans la poche de son pantalon.
Armelle s’approche, elle aussi voit l’échafaud, elle s’arrête à côté des jeunes hommes. Ils se tournent vers elle, se regardent en silence quelques secondes puis leurs regards se portent à nouveau sur le cadavre du chien, les poils ocres du cou sont collés par une tache brunâtre sur laquelle dansent des mouches.
Armelle se retourne, s’en va.
Serge et Robert la regardent partir. Serge, le premier bouge, tape amicalement sur l’épaule de Robert, lui fait un signe de tête, discret. Tous deux s’en vont rejoindre Armelle.

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11 avril 2008

Nature canine

Dans l’église, Yvré commençait à avoir mal aux genoux. De plus son rhume prenait de l’importance, il éternuait… Il avait beau changer de position, ses genoux étaient de plus en plus douloureux mais lui restaient encore 3333 ave. La tache presque blanche de son derrière, accrochant la faible lumière qui s’écoulait des vitraux, attirait tous les regards: ceux de Petit, le sacristain, qui traversait souvent la nef ; ceux de la femme agenouillée deux bancs en arrière. Yvré sentait ces regards comme un poids, une pression sur son postérieur. Il en éprouvait un certain plaisir et ne voulait pas se retourner. Cependant, la douleur de plus en plus cuisante, il lui semblait être agenouillé sur du gravier. N’y tenant plus, il envoya Dieu au Diable, se leva, prit ses vêtements (posés sur le banc derrière lui), se dirigea vers la sortie de l’église. Au confessionnal entrait un cinquième pénitent. La femme en prières se leva aussi, suivit Yvré, l’accosta, alors qu’il se rhabillait, sur le parvis de l’église.

Serge et Robert rattrapent Armelle, l’abordent. Serge: — Les mœurs de la campagne sont rudes! — C’est horrible, répond Armelle. — Oui, c’est horrible, renchérit Robert. Vous n’êtes pas d’ici? demande Serge, la première fois ce spectacle est toujours effarayant. — Pourquoi la première fois, demande Robert, ce n’est pas la première fois que tu y assistes? — Non… c’est même assez fréquent, il est dans la nature des chiens de pisser sur les murs et les propriétaires redoutent l’érosion… — Mais, suggère Armelle, ne serait-il pas possible de les dresser? — On le fait, répond Serge, mais… Il n’y a pas grand chose à faire… On dirait que tous les chiens le savent : un jour ou l’autre, tous pissent contre un mur. — Tous, demandent en chœur Armelle et Robert? — Tous, répond Serge péremptoire.

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28 avril 2008

Réflexions d'Yvré

Les ombres des nuages déferlent en vagues sur la place. Tout en discutant, Armelle, Serge et Robert arrivent devant la crèperie «A l’anneau d’or». Serge suggère d‘entrer. Les deux autres acceptent. Ils entrent, vont s’installer à une table du fond de la salle. Ils se sentent étrangement bien, comme s’ils se connaissaient depuis toujours (impression de meubles patinés, trames usées aux accoudoirs des fauteuils, couleurs passées, oubliées, paroles disparues, éteintes… comme un emboîtement de moulages de choses anciennes…)

Dans sa chambre, Zabre s’éveille. Il a rêvé d’Armelle. Il se lève, va vers l’unique fenêtre, constate qu’il fait plutôt beau, pense à la promenade, qu’après le repas, ils vont faire ensemble.

Sur la place, dessinant un vaste coquelicot, les marchands de cochon se sont assis en rond, ils font circuler des paniers de charcuterie, mangent en silence tandis qu’autour d’eux les porcs encore vivants couinent avec vigueur car, pour vérifier leur bonne forme, les paysans-acheteurs-éventuels les piquent sans cesse de longues épingles à cheveux.

Yvré pique nique sous sa tente. Il devine pourquoi personne n’est encore venu le consulter: les clients veulent du mystère, du drame, du fluide… Son pouvoir étant étrange il ne faut pas le déprécier en l’étalant au grand jour, il ne faut pas laisser supposer qu’il est semblable à celui de n’importe quel autre marchand. L’herboriste peut ouvrir boutique au grand jour car il se contente de réunir des feuilles de tilleul ou des queux de cerise pour éviter cette peine à son client. Aussi personne n’attribue de grands pouvoirs à ses tisanes. Ceux qu’Yvré veut se faire attribuer sont d’une autre nature, les objets qu’il propose à la vente ou dont il se sert dans son ministère ne sont que des représentants de forces occultes, redoutables, ignorées. Ces objets sont des intermédiaires grâce auxquels il peut tout: vie, mort, vie dans la mort, mort vivante… Ses connaissances, jalousement transmises de siècle en siècle à quelques rares initiés, s’accomodent mal de l’aspect banalisé, quotidien, public, du négoce. C’est ce qu’il a compris maintenant, c’est aussi ce que savent les paysans surpris et éloignés par l’officialisation soudaine de sa sorcellerie. D’où leurs hésitations : le diable toujours fuit le soleil. Yvré sourit et, feuilletant distraitement les pages rouges d’un Agrippa de poche, mord dans son sandwich de couleuvre.

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06 mai 2008

Petite conversation entre amis

Armellle, Robert et Sege se sont assis à une table ronde au fond de la crêperie. Ils ont commandé des crêpes de froment (complètes, œufs miroir, bolée de cidre…) et poursuivent leur conversation : — Et si on les attachait, demande Robert ? — Ce ne seraient plus des chiens errants, répond Serge avec perspicacité, or le système social exige un certain nombre de chiens errants pour que les autres ne le soient pas… — C’est juste, acquiesce Armelle.

Robert attaque sa crêpe. Armelle coupe la sienne, Serge boit une gorgée de sa bolée de cidre… L’atmosphère de la pièce, meublée de vieux meubles rustiques en bois sombre bien ciré, ornés de toutes sortes de roues, est chaude, agréable, même un peu embarassante tant elle pousse ces jeunes gens qui, il y a quelques minutes ne se connaissaient pas, vers une camaraderie confiante et absolue.

— Mais, reprend Robert, prendre les chiens en flagrant délit doit pas toujours être facile? — Non, répond Serge. — Alors, poursuit Robert, ça doit limiter les exécutions! —Non. Un temps de réflexion, un angelot passe dans la vapeur des crêpes — Pourquoi donc, demande Armelle? — Ils ont plusieurs moyens, dit Serge. — Lesquels, demandent simultanément Armelle et Robert? — Assez simple, dit Serge. — Mais encore, insiste Robert entamant sa troisième bouchée soigneusement constituée d’œuf, de crêpe, de gruyère et de jambon!

Serge avale une gorgée de cidre. Il poursuit: — D’abord il y a les chats policiers… dès qu’un propriétaire constate une infraction, il requiert le garde-champêtre qui amène un chat policier sur les lieux. Celui-ci attire la plupart des coupables. Ensuite…

Il marque un temps d’arrêt, déglutit, se passe une main sur le front… — Ensuite, insiste Robert?

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10 mai 2008

D'Armelle à Serge

Un homme-lune passe sur sa moto, matinée très claire de septembre je suis toujoursincapable d'imaginer un matin sans vous (comme le rapport de la lettre d'amour au réel est étrange!). Votre lettre m'a fait un grand plaisir. Je souhaite que ma vie réelle et ma vie virtuelle se confondent…

Serge, je vous aime. Il n'est plus temps, Serge, mon secret est échappé, je suis folle d'espérance car je ne saurais aimer que vous et j'ai tant des choses à vous dire… Comment ne pas vous regarder éternellement, acceptez donc de me voir quelquefois, je ne suis nulle part ailleurs à ma place; je ne vous saurais voir sans vous déclarer mon amour - vous êtes le seul homme de ma vie et j'aimerais mieux vous voir mort qu'inconstant. Si vous étiez capable de quelques sentiments, vous ne me pourriez voir en l'état où je suis sans étouffer de douleur… je serais seule avec vous dans tout l'univers que je ne serais pas encore lassée de votre présence. Quoi, ne serais-je jamais maîtresse de votre cœur? Je crois pourtant faire ce qu'il faut et je ne me pardonnerais pas, Serge, de vous importuner perpétuellement.

Que de choses depuis que je vous ai écrit pour la dernière fois, j'attend de vos nouvelles avec impatience. Je souffre, pourquoi me faire des reproches? Je vous aime si fort n'étant point aimée de vous que je pourrais vous adorer: jugez de ma passion par mes troubles.

Serez-vous bientôt à Huelgoat; je vous écrirais jusqu’à demain si je n'entendais venir le jour.

Je vous aime plus qu'il n'est possible, venez à Huelgoat.

Armelle.

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