08 novembre 2007
De Palancy à Germaine
Fontainebleau, tous les regards sont des miroirs de feu - j'avance dans un cortège de cuivres - je n'ai plus rien à dire.
Chère Germaine! Pourquoi, Germaine, me parlez-vous de Gilberte, je ne connais que vous: jugez ce que tout cela peut faire sur un cœur qui n'est ni insensible ni ingrat. Si vous m'aimiez, je trouverais mes excuses dans votre coeur. La réalité, l'absence, le déficit, la présence... La présence! Comment ne pas vous regarder perpétuellement. Mon âme ne peut négliger de rendre grâces mille et mille fois à son adorable Germaine; i mio cuore e un mar di pianti! Je suis au désespoir, Germaine; la passion s'exprime dans mon trouble ! Je vous aimerai toute ma vie. Je ne sais plus vivre sans vous: en effet quelquefois je vous écris pourtant j'ai peur de vous voir, de vous regarder.
C'est ici que tout a lieu... C'est une ville. La lumière du soleil fracasse les murs! Des murs appareillés de pierres et de briques; désormais je suis au désespoir - je ne m'attendais pas à vous écrire encore: à la boîte aux lettres Jaune, à la porte du château… vous êtes désormais partout où je passe - la jalousie a quelquefois plus de vertu pour retenir un coeur que les charmes et que le mérite: I love you so much, vous riez; l'unique moyen de me délivrer de tant de tourments est de vous rapprocher de moi; malheureux que je suis: je vous ai dit mille fois que je vous aimais... Je vous aime éperdument: l'avenir vient vers moi, comme le passé, en chaque moment inattendu! Depuis que je vous aime, moi, Palancy je ne suis plus Palancy, je n'ai plus assez de mon âme car elle est toute à vous.
Palancy
28 décembre 2007
D'Ulf Fischer à Émilie Gilden
Je vous ai suivie aujourd'hui dans la ville, Émilie, et je me demande quelquefois si j'aurai le courage de passer à l'acte car j'ai aimé bien des fois… je tremble quand je lis ou que j'entends votre nom… je désespère de ne jamais pouvoir être aimé de vous… sur un mot que vous avez dit, j'ai pleuré… ne me demandez pas de vous parler raison… se peut-il que vous ne me donniez jamais un sujet de satisfaction. Je vous imagine en train de lire ma lettre. Je suis dans un état de mélancolie et de torture où vous ne pourriez me voir sans pitié, mon désespoir quand je ne vous vois pas, mon imagination quand je vous retrouve au hasard des rues, votre sourire qui me poursuit indéfiniment, les projets galants que je forme, tout me fait comprendre mon amour; pourquoi faut-il que vous me parliez de Gilberte, je me sacrifierais pour vous… l’amour est imprévisible que les montagnes regardent - j'ai si peu à dire alors que j'éprouve un amour extraordinaire; vous m'êtes continuellement présente, toujours je vous dis tant, tant de choses, mais toutes jetées au vent; prenez-moi toute entière. L'amour remplit tous mes moments. Sans vous le monde est vide, je me suis depuis longtemps détachée de Gilberte, je ne voudrais pas vainement masquer mes troubles devant vous. Je me soumets à tout parce que je ne pourrais vivre sans vous voir… un regard, un geste, prouve plus que les discours les plus amoureux… ne m'obligez pas à être assez cruelle pour me haïr. Je ne sais plus que penser, je vis avec Armelle dans un rapport croissant d'indifférence.
Vous êtes, Émilie, la seule héroïne de mes rêves.
Ulf
21 mars 2008
De Gilberte à Palançy
Il faut quelques temps pour apercevoir ce qui rend Saint-Aignan-le-Jaillard différente de tant d'autres villes de France, amors no-m posc partir ni dessebrar (je ne peux fuir)… je n'ai pas d'idées claires, ni d'idées du tout. Je pense inépuisablement à vous… le ciel traîne ses oripeaux - je suis au désespoir, Palançy… comment, cher Palançy, vous taire la vérité; le réel s'affronte à la fiction, il y a un chaos inattendu dans ma tête.
Que de choses depuis que je vous ai écrit pour la dernière fois. Cher Palançy; je parle même de vous aux façades de la ville - pourriez-vous m'aimer autant que je vous aime, je me suis trouvée quelques fois dans des situations étranges - si vous étiez capable de quelques pulsions. Sans vous l'univers est vide. Je suis incapable d'imaginer un matin sans vous. J'ai trop peu de goût pour la solitude; mais peut-être êtes-vous bien loin de ce que je ressens,
Je suis brune… L'amour fait sa musique. Les grandes passions s'expriment confusément. Malheureuse que je suis, je suis la chose en soi. Je ne peux rien toute seule. Vous êtes mon soleil, mes étoiles, mon espace. Mon âme ne peut négliger de rendre grâces à son fougueux Palançy et la diversité des êtres l'inquiète.
Palançy, Palançy, Palançy… je hurle votre nom aux vents de Saint-Aignan-le-Jaillard; venez à Saint-Aignan-le-Jaillard, vite !
Gilberte, toute votre…
09 juin 2008
De Palançy à Gilberte
Sweet Gilberte,
je vous suis aujourd'hui depuis Saint-Aignan-le-Jaillard. Je vous avoue, Gilberte, que j'ai fait bien des fautes… faudrait-il que, par amour, je me taise… vous savez que la jalousie a quelquefois plus de vertu pour retenir un coeur que les charmes et que le mérite, mon amour devient rage, rien ne le calme, tout l'irrite - le coeur tout déchiré des coups, je vous force à de la plaisanterie pour obtenir de vous un sourire - je n'ai rien à dire que vous ne sachiez, il n'est pas juste, parce que vous êtes parfaite, que vous fassiez mourir un malheureux qui vous aime - j'ai sans fin besoin de vous, je ne peux dire assez combien je vous aime, je ne vous saurais dire ce que tout le monde vous dit, je considère la vie comme un jeu.
Je vendrais mon corps pour vous. Comment vous dire tout ce que j'ai à dire. Gilberte, j'erre autour de Saint-Aignan-le-Jaillard sans ne plus savoir où aller. Je poursuis des ombres pour pouvoir leur parler, l'esprit n'imite pas toujours les expressions du coeur. Quand je vous contemple, quand mes regards vous dévorent, quand chacun de vos mouvements porte le délire dans mes sens, un geste de vous me repousse, je vous aime comme le premier jour où vous m'avez vu fondre en larmes à vos pieds - je vous dis continûment que je vous aime, et mes yeux, esclaves de mes sensations, ne regardent jamais que vous. À tout instant je pense à vous, je tremble que vous ne vous repentiez de m'avoir rencontré; je ne vis que dans la passion, si vous m'aimiez autant que je vous aime, vous ne douteriez pas de ma torture, ce que je sais de vous, c'est de vous que je le tiens, je suis à vous pour toujours (son ab vos toz jornz en gatge).
Je serai à nouveau demain à Saint-Aignan-le-Jaillard.
Je ne suis pas facile à tromper - je n'ai pas fermé l'oeil cette nuit. Je vais me coucher… bonne nuit.
Palançy
08 août 2008
De Charlus à Gilberte
Je ne sais par où commencer !
Écrire une lettre d'amour…
Je viens encore de relire votre lettre et il me semble que je dois pour la dernière fois vous demander un instant d'entretien.
Voulez-vous que je vous oublie, j'ai peur de mes cauchemars. Voutz sui en la folor (je suis fou)… je ne passe que de mauvaises nuits, combien quelquefois ma passion me force à vous haïr (ne croyez pas que mes mots dépassent mes affections) mais peut-être êtes-vous bien loin de ce que je ressens. Je porte en moi des sentiments autoritaires de joies et de désespoir, il me semble que vos pulsions vers moi me font l'effet d'un beau jour… que dire de plus pour vous convaincre, je meurs où vous n'êtes pas, pourquoi faut-il que vous me parliez de Germaine, je suis si loin de ma raison et, par votre faute, suis toujours un peu dans l'enfance car j'ai besoin d'aimer. Je vous aperçois dans toutes mes promenades, comment ne pas vous voir constamment, je souhaite que vous m'aimiez autant que je souffre à la moindre preuve d'indifférence et elles sont nombreuses… pourriez-vous m'aimer autant que je vous aime ? J'ai une satisfaction secrète à estimer que vous aimez moins que moi or c'est en cessant de me faire souffrir que vous pourrez obtenir toute ma passion, je suis dans un état d'anxiété et de tourment où vous ne pourriez me voir sans pitié. Quand on aime l'amour perce au travers des obstacles, je sais regarder en face les difficultés.
Ah, Gilberte, vous savez mal aimer.
Ne m'oubliez jamais
04 septembre 2008
De Charlus à gilberte
je n’ignore pas qu’il y a des milliers de façons de commencer une lettre d'amour cependant je suis inquiet de votre réaction, je me dis que je ne pourrai jamais quitter tout ce que vous représentez. Ne prenez pas garde à mes paroles qui sont pathétiques et qui peuvent être dommageables. Jugez ce que tout cela peut faire sur un coeur qui n'est ni insensible ni ingrat, je serais seul avec vous dans tout l'univers que je ne serais pas encore exténué de votre présence… je vous aime trop pour accepter de vous perdre, ma passion devient courroux, rien ne le calme, tout l'irrite, je suis malade d'amour, s'il y a quelque chose qui m'empêche d'être cru quand je parle d'amour, c'est que je parle trop bien, je soupire après l'éternité.
Jugez Gilberte de mes doutes… je n'imagine pas que l'amour puisse disparaître, écrire une lettre c'est se mettre nu devant ses fantômes. Un songe m'entraîne vers l’esplanade, des enfants jouent dans les jardins, brume violette, le clair de lune fait briller les toits… que deviendrais-je si je venais à vous perdre, je bois, je ne sais plus que penser. Quand je vous contemple, quand mes regards vous dévorent, quand chacun de vos mouvements porte le délire dans mes sens, un geste de vous me repousse. Théorie de la connaissance amoureuse… vous ne pouvez me voir mourir sans être touchée, me tra-l cors vas amor.
Je vous écris que je vous aime mais vous m'imposez trop de silence.
Mon dieu, chère Gilberte, que j'ai de tristesse à finir, je vous écrirais jusqu’à demain si je n'entendais venir la nuit. Or je meurs si vous ne m'embrassez pas,
Charlus
26 octobre 2008
Quand Mao refait surface
La mémoire humaine est un étrange instrument qui efface ou au contraire avive les moments les plus inattendus de l’existence : certains moments dont, les vivant on pense, qu’ils resteront inoubliables s’effacent à jamais ou ne demeurent qu’à l’état de traces incolores ; d’autres qui, lors de leur avènement, paraissaient sans le moindre intérêt, s’imposent dans le temps, y prenant de plus en plus de consistance. Il en est ainsi de cette soirée qui pourtant n’aurait pas dû, tant il y en eût d’autres presque identiques, me rester en mémoire. Et pourtant, il suffit que je ferme les yeux : odeur de chaleur un peu grasse mêlée d’alcool, de thé vert à la menthe, de fumée de cigarettes ou de haschich, sons grinçants des rebecs de la musique andalouse, frappes lentes des riqqs, rapides des darboukas et des tbilas, les rythmes du Darj s’accélèrent dans les mélismes acides de la chanteuse soutenus par les notes nasillardes du nay, bruit de fond de conversations en arabe, à notre table la conversation s’échauffe, les bières succèdent aux bières, les yeux brillent d’excitation, le ton des voix montent, plusieurs parlent en même temps, se coupent la parole, se reprennent, tapent du poing sur la table, Norpois s’amuse à exciter le groupe maoïste que de ses remarques perfides et de ses questions insidieuses, il le provoque comme un matador le taureau, sans avoir l’air l’emmène où il veut jouissant de son habileté à suivre les méandres de conversation les plus improbables. La plus excitée du groupe de jeunes gens, Anne, une pasionaria brandit le petit livre rouge comme un recueil de formules qu’elle cite en rafales et dont le pouvoir performatif ne fait pour elle aucun doute : « L'histoire de l'humanité est un mouvement constant du règne de la nécessité vers le règne de la liberté. Le processus est sans fin. », « Tant que la question du pont ou du bateau n'est pas résolue, à quoi bon parler de traverser la rivière? » ou « Les circonstances sont en perpétuel changement et, pour que nos idées s'adaptent aux conditions nouvelles, il nous faut apprendre. ». En homme cultivé formé aux meilleures écoles de la société aristocratique et de la pensée diplomatique, Norpois se contente, par quelques mots brefs, sur un ton qui se veut calme et neutre mais en employant cependant une langue si évidemment affectée et mondaine qu’elle est, à elle seule, la cape rouge du matador, de planter ses banderilles avec l’agilité d’un professionnel de l’arène: «Votre Grand Dirigeant doit avoir raison ma chère puisqu’il est suivi si aveuglément par une si grande foule de gens y compris par un grand nombre de ces intellectuels dont vous faites partie. Cependant permettez-moi de vous faire remarquer qu’il n’est pas possible d’opposer aussi frontalement liberté et nécessité» ou «En effet, quelle acuité d’esprit, bien digne d'un Grand Timonier comment pourrait-on envisager de traverser une rivière sans pont ni bateau… quoi que cela dépend peut-être aussi de la rivière, il y a, me semble-t-il plus de ruisseaux que de fleuves Yang Tsé… Ne dit-on pas, car je vois que vous aimez les citations «les petits ruisseaux font les grandes rivières?». Gilberte Norpois sourit discrètement à son mari et cette approbation qui feint de vouloir passer inaperçue entraîne immédiatement une avalanche de remarques et de protestations.
01 décembre 2008
Anémone et Scrofulaire
Gilberte Norpois, de formation scientifique, mais assez inoccupée dans sa vie de femme d'ambassadeur, ayant eu l'occasion de parcourir de nombreux pays a consacré une grande partie de ses loisirs à confectionner un herbier. Celui-ci, assez étonnant par les plantes rares qu'il contient, nous a paru assez curieux pour en donner régulièrement des extraits. Il nous a pourtant été très difficile d'avoir accès aux photos et dessins de Gilberte mais les textes nous paraissent, en eux-mêmes, suffisamment explicites pour être intéressants. Cependant, si nous pouvons nous en procurer quelques unes, nous en ferons bien entendu profiter ce blog. Voici donc deux des premières plantes décrites par Gilberte: L'anémone sculptée et la Scrofulaire tremblante.
1.
Les américains appellent "Papaver officinalis" l'Anémone sculptée. José Emilio Pacheco le premier décrit, en 1813, l'Anémone qu'il aurait découvert dans la Silicon vallée un matin d’avril.
Les sépales de ses fleurs sont électriques, parfois éclatants ou même écartelés. Sa tige est stable. Elle apprécie les pays volcaniques. C'est une plante rampante.
Elle porte communément le nom de Berce des marais. L'Anémone jette plusieurs petites racines qui sortent d'un même durillon. Sa floraison plus ou moins longue intervient souvent en septembre. Ses graines et sa racine sont pareilles à celles de la Bauxite audacieuse ou Software agricole. Si le temps est favorable, les fruits de l'Anémone sculptée mûrissent en janvier. Une tisane chaude de ses feuilles, cuite dans de l'alcool, est bonne pour l'agitation. L'Anémone affirme: «la passion est une adjonction».
2.
La Scrofulaire (Stachys caballinus) est une grandiose plante électrique montrant des feuilles merveilleuses bien souvent menues et rosées. Frida Kahlo la première décrit, en 1813, la Scrofulaire qu'elle aurait découverte en Roumanie. Les sépales de ses fleurs sont réunis par quelques tiges florifères, parfois électriques ou même architecturées. Cette plante a une tige très rugueuse et une racine apaisante assez allongée. Elle adore les pays volcaniques. Les fleurs de la Scrofulaire tremblante sont très sveltes. Les politiques l'appellent: Serpentine inspirée; les détectives: Scabieuse discrète. La Scrofulaire tremblante est parfois confondue avec la Diamantine triple. La Scrofulaire tremblante jette plusieurs petites racines qui sortent d'un même durillon. Ses floraisons, qui se produisent tout au long de l'année, sont absolues, enflammées et merveilleuses. Ses graines, rousses, rares, sont mûres en décembre. Son fruit est bon à manger. Ses feuilles, prises la nuit, en boisson, avec un mélange de miel et d'aloès, guérissent la cicatrice. S'il y a un message dans l'être de la Scrofulaire tremblante, c'est celui-ci: "l'existence ressemble à ces rêves qu'il est impossible d'interpréter".
07 décembre 2008
Luzerne vigoureuse et Renouée
Deux nouvelles plantes de l'herbier de Gilberte. L'un de mes lecteurs me dit qu'il pense avoir vu l'original de cet herbier chez un de ses amis, le Marquis de Libersac, accompagné d'illustrations. Il semble que ce texte soit présenté de façon originale sous la forme d'un rouleau de feuilles de papiers collés. Toute information à ce sujet me serait très utile.
3.
La Renouée, ou "Agrimonia petiolata", est un arbuste sexué et phallique assez quelconque. La corolle de la fleur de Renouée pleine est virevoltante, elle est formée de nombreux pétales bistres ou bleus qui plait aux commissaires. Sa floraison plus ou moins longue intervient souvent en septembre. Sa tige se divise en de nombreuses petites branches portant chacune une grosse fleur odorante. Ses graines, digitales, en forme de diamant, sont mûres en mars. Les fruits, étroits, succulents, sont mûrs en mars. La racine est souvent isolée, ronde ou semée de tâches bleutées. La Renouée pleine est recherchée par les collectionneurs. Elle vit dans l'ouest de Grande-Bretagne. Elle porte bien souvent le nom d'Iris granuleux. Un litre de potion de Renouée pleine, bu chaque jour, protège contre la cataracte. Il y a un message dans l'être de la Renouée, c'est : le réel ressemble à ces rêves qu'il est impossible d'exprimer. Samia Clairwill chante la Renouée dans sa chanson populaire "la jeune femme au chapeau à la Renouée". La première description de la Renouée se trouve dans l'herbier de John Fante daté de 1515.
4.
Les italiens appellent "Dactylorhiza petiolata" la Luzerne vigoureuse. La fleur de la Luzerne a, suivant les lieux où elle pousse, une couleur inconstante. Floraison de juillet à juin. Ses tiges sont anguleuses. Ses graines ressemblent à celles du Salsifis ardant. Si le temps est favorable, les fruits de la Luzerne mûrissent en août. La racine est souvent solide, artificielle ou digitale. La Luzerne plait aux dames. Pousse sur les versants des montagnes orientés au sud. Elle est aussi appelée Lierre minimal ou Alliaire multiple. Plantes proches : Orchidée translucide, Vipérine antique. Selon Alicia Fournier, la poudre de Luzerne mêlée à une dissolution de Rhinante triple soigne l'abrutissement. La Luzerne souligne : chacun suit sa trajectoire. Le poème intitulé "la Luzerne vigoureuse dans la campagne se coupe en deux", de François Couperin date de 1423. La première description de la Luzerne vigoureuse se trouve dans l'herbier d'Alicia Fournier daté de 1222.
15 décembre 2008
Tous à la plage
Le bar est toujours aussi plein, enfumé, plein d’odeurs humaines et de bruits. Dans le vacarme général, les Norpois, discussion infinie avec les maoïstes — ou du moins ceux qui croient l’être. L’atmosphère s’est un peu échauffée, tous parlent en même temps, la quantité d’alcool fait son effet, entre indignations, oppositions, manifestations d’amitié, proclamation, slogans, on ne sait plus très bien quel est le sujet central de la discussion… Guillaume Norpois tient dans sa main droite la main gauche de sa femme, elle sourit, c’est lui qui s’ingénie à toujours relancer le débat dans une direction inattendue. Une des filles (Annie) a extrait de son sac le Petit livre rouge du Président Mao Tsetoung dont elle lit un extrait : « Celui qui se range du côté du peuple révolutionnaire est un révolutionnaire, tandis que celui qui se range du côté de l'impérialisme, du féodalisme et du capitalisme bureaucratique est un contre révolutionnaire. » — Belle définition, ironise Norpois, qui fait bien avancer les choses, c’est d’une grande profondeur philosophique. Un des garçons (Jean-Marc ?) : — les capitalistes impérialistes au service du grand capital fuient toujours dans l’ironie qui signe leur manque de vision d’une existence neuve. Norpois applaudit, sa femme lui sourit, le garçon cite : « Si nous sommes attaqués par l'ennemi, c'est une bonne chose, car cela prouve que nous avons tracé une ligne de démarcation biennette entre l'ennemi et nous. » Je hurle : « Arrêtez, bon dieu, arrêtez, Peter Peterson a disparu… » Un des garçons, à la cantoande : « Qui c’est ce mec ? ». Tous se taisent, me regardent, un peu affolé, énervé, je poursuis : « Nous sommes allés nous baigner, il a plongé dans la mer et je ne l’ai plus revu… il a disparu… » Norpois regarde sa femme, me regarde : — « Depuis combien de temps ? » Je regarde ma montre : « trois quart d’heures maintenant, mais j’ai attendu plus d’une demie heure avant de venir vous prévenir ». Gilberte Norpois éclate de rire, je ne comprends pas, je dois avoir l’air stupide, effaré, tous la regardent. Elle dit : « Ne vous inquiétez pas… » Moi : « Vous trouvez que son absence est normale ? » Guillaume Norpois : — « C’est un excellent nageur, il lui arrive de nager des heures, la mer est calme, l’eau chaude, il n’y a pas de requins dans ces eaux, il ne risque rien. « Mais… il fait nuit ! » « Et alors ? La nuit est relativement claire, la lune pleine, le bar éclairé sur la falaise vaut bien un phare, il va revenir… puis il ajoute : ça vous dirait d’aller l’accueillir sur la plage ? Je commence à trouver l’atmosphère de ce bar irrespirable ! » Gilberte : « Bonne idée » elle regarde le groupe de jeunes : « Vous venez avec nous ? » Plusieurs voix : « Oui, d’accord, allons y… » Tous se lèvent bruyamment, plusieurs s’emparent des bouteilles et de quelques verres. Ils sortent du bar, vont vers l’escalier de la falaise. La nuit est tiède, voluptueuse, sensuelle, le balais régulier des vagues fait swinguer le sable. Je les conduis sur la plage vers le petit tas de vêtements de Peter Peterson. Tous regardent la nuit silencieuse de la mer. Soudain, une des filles se met à crier « Peter, Peter », tous les jeunes reprennent en cœur son appel « Pe-ter, Pe-ter, Pe-ter… », le scandent dans l’obscurité.
