01 mars 2015

la boutique

Jour à jour je bricole ma vie étoupant avec des souvenirs les déchirures par lesquelles elle prend eau : ce récit me maintient en vie. La boutique du bouquiniste avait en ville une très mauvaise réputation que ne justifiait pas à elles seules la saleté de sa vitrine et le fouillis désordonné de livres et revues que l’on pouvait arriver à percevoir à travers leur malpropreté. Planquée dans le renforcement d’une des plus petites ruelles de la ville où de nombreux passants n’hésitaient pas à uriner, elle était tenue par un homme... [Lire la suite]
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22 février 2015

Le passé est un prurit

Le passé est un prurit et il faudrait avoir assez de force pour ne pas se gratter car sinon, bien vite, s'ouvrent des écorchures ou même des plaies saignantes. Le problème est que nous sommes tous masochistes aimant entretenir cette acerbe douleur. Je ne peux cependant m’empêcher de me souvenir encore… C’était en 1935. Sur cette date je ne peux me tromper car j’avais 13 ans et je venais d’entrer en troisième. Andrée, ma sœur, avec ses 11 ans sortait juste de l’enfance alors que Robert, mon frère, venait juste d’avoir les sept ans... [Lire la suite]
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10 décembre 2014

Curieux sentiment que celui de vivre dans le souvenir

Curieux sentiment que celui de vivre dans le souvenir : il n'y a en effet plus ni passé ni présent mais, pour l'esprit flottant, un seul espace flou, quelque chose comme une absence, un manque du temps. Je n’ai plus aujourd’hui un plaisir extrême à écrire et je dois avouer que je ne suis pas loin de considérer cette autobiographie comme un exercice pour essayer de maintenir mon vieux cerveau en activité. La graphomanie m’a lentement abandonné. Pourtant, à l’époque que je rapporte ici, il n’en était rien. Bien au contraire car... [Lire la suite]
17 novembre 2014

vivre d’illusions

Le bonheur étant tout d’intérieur, on peut vivre d’illusions un certain temps et s’en satisfaire : je dois avouer que cette première communion — bien que, dès cette époque, je me savais profondément athée — fut une période de félicité. Pendant près de deux mois je fus au centre des attentions car il fallait m’habiller de pied en cap ce qui permit à ma mère de se livrer à sa vague religiosité d’habitude brimée par l’anticléricalisme radical de mon père. Cette occupation lui permettait d’atténuer la solitude dans laquelle elle... [Lire la suite]
21 septembre 2008

Un flot d'écriture

Voilà ce que j’aurais aimé trouver chez Norpois, le massacre et l’incendie de l’orgueilleuse cathédrale, la destruction de ses deux tours, le pillage systématique de la ville par les soudards de Merle. Voilà qui aurait donné des couleurs à ses pages ternes. Rien à voir avec les mains des voleurs coupées sur la pierre de justice (sans aucun doute cependant un spectacle intéressant, je regrette que Père ne puisse plus ordonner ce genre de sentence). C’est le seul moment où cette ville trop calme a été confrontée aux couleurs de la... [Lire la suite]
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09 septembre 2008

Massacre dans la cathédrale

Norpois s’arrête là, ou presque, il n’évoque le massacre qu’en quelques mots, comme s’il avait peur d’imaginer, de voir ce qui s’est alors passé. Ça m’ennuie ce manque d’audace. A quoi sert d’écrire si ce n’est que pour parler comme tout le monde. J’aurais aimé quelque texte comme : les soudards se précipitent en hurlant dans la nef de la cathédrale. Ils brandissent des épées, des hallebardes, des haches, des pertuisanes, des poignards, des couteaux de toutes sortes. Un soudard se jette sur le banc le plus proche, donne des coups de... [Lire la suite]
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18 mars 2008

Exécution (Récit de Claude Norpois, suite)

Le geste du soldat est vif, brutal au point que seul son râle annonce le coup. La lame tourne lentement, éventre l’homme qui grimace et se tord de douleur; sans hâte elle tranche la chair, taille, écarte une large plaie rouge, luisante, fouille avec une certaine volupté le ventre, ouvre sensuellement le corps qui se noue, se tord, se roule dans l’impossibilité absolue de fuir sa souffrance. Puis, violente, une main plonge dans la plaie faisant jaillir un profond hurlement, déclanchant les rires grossiers de l’assistance, les... [Lire la suite]
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07 mars 2008

Arrestation (Récit de Claude Norpois, suite)

Paysage, sons, silence, convoi… Tout brutalement se fige, la troupe de Merle barre la route. Silencieux, sortis des taillis qui longent la voie, les soudards encerclent le groupe stupéfait. Merle s’avance, examine le contenu de la charrette, fait signe à ses hommes. Ils la vident: fromages d’Aubrac pour la foire du lendemain à Mende. Les bœufs sont dételés, la charrette dissimulée dans les taillis, les hommes saisis à bras le corps, attachés, entraînés dans les bois vers le camp huguenot. Paralysés par leur frayeur ils ne prononcent... [Lire la suite]
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24 février 2008

Le capitaine Merle (Récit de Claude Norpois, suite)

Chapitre III : Où l’on voit qu’un merle peut être un rapaceDu bruit. Un bruit lointain, grinçant, irrégulier, métallique raclant des cailloux, brisant des branches, traînant des pierres, avec, parfois, dans son ampleur, des sons de voix indistincts, enroulés dans la masse, des craquements, heurtés dans des chocs, brisés dans des crissements et comme perdus, avalés, étouffés par la forêt enveloppante puis, soudain, retrouvés, reconnus, répercutés dans la pâte dense des arbres, devenant évidents, indéniables bientôt tant la présence du... [Lire la suite]
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19 février 2008

Les bois sont des lieux de crimes

Je pense que, malgré tout, mon père ne serait pas d’accord pour raser les forêts — ni peut-être même pour essayer de faire baisser le nombre de crimes d’ailleurs — il ne veut jamais admettre les idées qui ne viennent pas de lui. Il se buterait. Il aurait tort mais il se buterait. Si l’on faisait une étude sérieuse sur les crimes ici, en Lozère, je suis sûr que l’on pourrait établir des relations sérieuses, étroites, continues, entre la forêt et le meurtre. On ne le fera pas. Ce n’est pas possible, trop d’intérêts en jeu. Les marchands... [Lire la suite]
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