Écrits de Marc Hodges

Éléments de l'HyperFiction dynamique et répartie La disparition du Général Proust.

05 juin 2007

Accident du facteur Mazel

Les bonnes femmes parlent aussi de l’accident de Mazel, le facteur. Certainement, il ne peut pas en être autrement parce qu’il est publié dans la page locale du journal :

Un étrange accident

Hier, monsieur Mazel, facteur, terminait sa tournée habituelle lorsque, à la sortie d’un virage situé à environ deux kilomètres avant le village de Méjantel, son véhicule — une deux chevaux mise à sa disposition par l’administration — a heurté un tronc d’arbre qui barrait la route. Sous la violence du choc, monsieur Mazel aurait perdu connaissance et ce n’est qu’environ une demi-heure après l’accident qu’il a pu aller chercher de l’aide à Méjantel.

Il n’est pas certain qu’il s’agisse d’une malveillance. Cependant la présence signalée, dans les bois de la Boulaine, d’individus louches laisse planer un doute.

La gendarmerie enquête.

Voilà… Il y a une photo de la voiture. Bien abîmée. Tout l’avant enfoncé, pare-brise cassé… Du beau travail. C’est sûr elles ont dû en parler : on doit vaguement s’inquiéter dans les familles.

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12 juin 2007

Parenthèse

Mais avec tout ça, je m’oublie, l’esprit humain est attiré par le vagabondage comme le phalène par la lumière, je parle, je parle, j’écris, j’écris et je néglige l’essentiel. Depuis ce matin je n’ai guère avancé. Mais aussi a-t-on idée de donner un sujet aussi con? Il faudrait pouvoir le dire de tempe en temps, pouvoir aussi refuser de travailler — je ne joue plus, ce jeu est trop bête, je préfère dormir — (il est vrai que certains élèves adoptent spontanément cette attitude) mais non, on continue… On s’emmerde mais on continue. On râle mais on continue. On fait ce qu’on nous dit de faire et le temps passe, on vieillit, on meurt, on n’a fait que des conneries toute sa vie et le plus grave c’est qu’on finit par ne plus s’en rendre compte, pire parfois, on croit que c’est important. Voyez mon père: il a peut-être été un type bien, vivant, autrefois, avant… maintenant inutile d’en parler, il n’existe pas, ne vit pas: il travaille, croit travailler, pour se persuader qu’il vit. Pour cela il emmerde le plus de monde possible, ça lui prouve qu’il est visible, audible, craint, infréquentable, détestable… qu’il est un être, un étant…

Bon, Théophraste n’aura qu’à trier dans le lot, il trouvera bien quelques passages dans tout ce fatras. Bon, je ne sais pas comment il va faire mais c’est son boulot… De toutes façons il s’en fout. D’autant qu’en ce moment il doit faire passer des brevets à sa patrouille scout et qu’en ce moment il n’a pas de temps à consacrer à autre chose. Il prendra au hasard, j’en suis sûr. Après tout, il verra bien, c’est son problème, pas le mien. Le mien est plus compliqué: il me faut trouver une solution.

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29 juin 2007

Une sensation désagréable

Il me faut sortir du piège où je me suis enfermé par naïveté faute de quoi je ne parviendrai pas à faire disparaître la désagréable sensation de fourmillement qui depuis quelques instant occupe mon mollet gauche, ni d’ailleurs l’engourdissement, la crispation nerveuse des doigts de ma main droite. Exactement comme le jour où je voulais photographier un écureuil qui sautait d’une branche à l’autre du parc : il ne m’avait pas vu, venait vers moi, je ne devais pas bouger, pas du tout, sinon il se serait enfui et je ne l’aurais plus vu, et je n’aurais pas pu le photographier, et je ne pourrais pas donner cette photographie à la professeur de sciences naturelles et je ne bénéficierais pas de sa bienveillance et j’aurais peut-être une mauvaise note et mes parents m’interdiraient d’aller au cirque malgré les places de faveur toujours offerte à mon père — un notable — et je ne verrais pas les clowns, ni les dompteurs, les jongleurs, les acrobates, surtout les acrobates, surtout une acrobate, mademoiselle Lili qui faisait de la haute voltige moulée dans des paillettes bleutées, tournait au-dessus de nos têtes comme un météore sexué… et c’était bien agréable. Si je n’étais pas si timide, je serais bien allé lui présenter mes hommages. Pas plus… j’étais trop jeune et je n’aurais pas alors su maîtriser la suite des événements. Mais j’avais des dispositions, je sentais déjà en moi un certain élan vers les femmes, la femme… mais pour ce qui était de comprendre, d’analyser mes sensations, savoir ce qu’elles signifiaient, et comment les assouvir, c’était autre chose… Je ne connaissais pas encore Vigouroux, il n’était pas dans ma classe, je n’avais pas encore de rayon vert à ma bibliothèque… Bref je suis comme ce jour-là, la même impression de muscles qui durcissent, se figent presque, comme s’ils allaient perdre souplesse, mobilité, raisons d’être.

Je n’aime vraiment pas cette sensation: elle me fait peur… Il faut que j’en finisse, et vite !…

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04 juillet 2007

Les mouches

J’ai maintenant décidé de m’en tenir au paysage immédiat. Adieu les lointains et leurs complexes ouvertures multiples sur une infinité de mondes. C’est décidé. Du moins dans un premier temps car plus tard j’ai changé d’avis — j’expliquerai pourquoi le moment venu. Première décision: procéder dans un certain ordre. D’abord ce qui est devant moi; puis, un peu plus loin : ensuite un peu plus loin encore et ainsi de suite jusqu’à ce que j’obtienne une vue globale. Le problème est de définir avec précision le «un peu plus loin», je m’en expliquerai par la suite… Il me semblait que cette méthode me simplifierait le travail. En fait, je me trompais, je dois le reconnaître honnêtement mais, à ce moment-là, je ne le savais pas. J’avais bien déjà un peu essayé de travailler comme ça, mais ce n’était pas assez systématique, je m’étais contenté de survoler les choses et mon esprit se laissait capter ici ou là par de multiples incidents, par des mouvements locaux, contextuels, qui m’entraînaient je ne savais pas où, passant sans maîtrise du proche au lointain, du lointain au proche, du proche au proche, etc. L’attirance de l’espace, du flou ? Je ne peux que constater que c’est ainsi que j’ai procédé jusque là. Fini…

J’arrête et repars à zéro… Enfin presque, parce que ce n’est quand même pas tout à fait possible, un certain nombre de choses ont déjà été écrites, rapportées… ineffaçables. Je n’y reviendrai pas.

Commençons sur une nouvelle base.

Premier plan: la fenêtre. Une fenêtre de taille moyenne, entre un mètre cinquante et deux mètres de hauteur; largeur? Quelque chose comme un mètre. Pas de rideaux; elle n’a pas de rideaux, mère dit que sans voisins ce n’est pas utile… Mon bureau est placé tout contre: cela évite l’éclairage électrique jusqu’à une heure respectable. Après nous sommes censés dormir. Des carreaux (des vitres?): vingt-quatre à peu près carrés. C’est sur eux que se trouve la plupart des mouches surtout lorsque la fenêtre est fermée, à cause de la menace d’orage. Quand la fenêtre est ouverte, comme aujourd’hui, elles ne me gênent pas, je ne suis pas obligé de me lever pour les chasser, les écraser d’un coup de cahier et leur arracher les ailes lorsque je parviens à les attraper vivantes puis, après les avoir plongées dans une goutte d’encre noire, leur faire tracer leur agonie sur une feuille blanche. Elles font parfois de beaux dessins. Parfois… On ne se doute pas que des animaux aussi insignifiants puissent avoir un sens esthétique…

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09 juillet 2007

La vie grouille

Quoi qu’il en soit des mouches, en ce moment, ce sont plutôt les guêpes qui me dérangent en bourdonnant autour des restes de mon déjeuner : elles m’empêchent de me concentrer. Je ne peux quand même pas m’occuper de toutes les choses qui sont !…

Devant ma fenêtre, immédiatement visible, un pin de haute taille qui pousse au centre d’un petit parterre rond occupant la moitié droite de la terrasse et dont le cercle est délimité par des buissons de roses — du moins vu de ma chambre… Si je regardais de chez le concierge, le côté serait le côté gauche ce qui change tut à fait le point de vue sur le monde. La moitié gauche du parterre est occupée par un parterre presque identique d’où s’élance aussi un pin. Symétrie la plus rigoureuse possible bien que se heurtant aux aléatoires du vivant. Il paraît que cette symétrie donne une belle allure à la façade de notre manoir. Les gens cultivés qui nous rendent visite (il y en a… paraît-il…) emploient même l’expression «jardin à la française», ce qui en met plein la vue des ignares (il y en a aussi…).

En ce moment ls soleil est debout sur la terrasse et projette sur la maison l’ombre haute des pins: un éclairage de son et lumière. On devine pleins d’animaux là dedans qui bougent, rampent, grouillent, grimpent, creusent, grouillent. On les voit pas. Je ne les vois pas mais, parfois, je saisis le passage d’un papillon ou les étincelles vives des mouches crevant les rayons. Plein de vie. C’est gai, c’est là, ça ne se voit pas, mais c’est là où, pour l’instant, joue Anthracite. Aujourd’hui elle n’a pas école, je ne sais pas trop pourquoi et je m’en fous du moment que je n’ai pas à la surveiller. Toujours est-il qu’elle est là elle aussi, saute à la corde entre les deux parterres ronds, juste devant les cinq marches de la terrasse.

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14 juillet 2007

rouge orange verts

Elle est bien belle Anthracite, un vrai petit ange (c’est ce qu’on en dit habituellement) toute habillée de jaune-orange, jupe à mi-mollets et pull de laine (mère a tricoté un énorme rond rouge orangé au milieu du dos, comme une cible ; devant aussi, je crois, mais je ne la vois pas de face), elle saute à pieds joints faisant tourner sa corde, face aux allées du parc. Drapeau japonais flottant au vent… Encore faudrait-il qu’il y ait du vent, mais c’est une image et je peux, peut-être, m’accorder quelque licence poétique, encore que…

Je ne sais pas à quoi elle peut penser, ses pensées d’ailleurs m’intéressent peu. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vois, la tache de couleur vive qu’elle forme sur les multiples verts du parc, un spectacle insolite auquel on ne peut rester insensible. Je ne pense pas. Ou alors c’est qu’on est insensible à tout, aux fleurs, aux petits oiseaux, à la nature, aux femmes, à l’amour, à la vie… Anthracite c’est la vie du parc. Elle me rappelle irrésistiblement (encore un adverbe, je devrais me méfier…) mon premier flirt, avec la nièce de la bonne, le jour où nous sommes allés promener du côté des petits enfers, dans la forêt de pin qui domine les pentes érodées : elle portait une robe de cretonne rouge. J’ai eu la même impression. Moins forte peut-être. Mais c’était la première fois. Aujourd’hui je me comprends mieux, m’analyse mieux: tant que ma sœur restera là, le parc sera différent. Je sais qu’elle va y rester longtemps, j’ai l’habitude, elle ne se lasse pas de sauter à la corde et ses cheveux blonds flottent autour de sa tête comme une douce légère brume d’été que le soleil élève. Elle est bien belle…

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16 juillet 2007

Souvenirs

Au delà d’Anthracite, c’est l’allée centrale du parc. Rien de remarquable sinon son immuabilité : rien, jamais, n’y change. Calme permanent assuré par les murailles rigides des pins ; coupure du monde. Même les saisons n’y introduisent que très peu de variations : des nuances de verts peu saisissables, lentement introduites par les couleurs du ciel ou de la terre, variations plus sensibles de l’environnement… Je n’aime pas le parc. Trop calme, trop de souvenirs. Nous habitons ici depuis dix ans. C’est beaucoup. Trop. Trop d’objets, de cachettes, d’arbres me rappelant des moments du passé. Je ne peux pas dire heureux. Non. Ni malheureux. Passés, c’est tout… Mais ils me reviennent cependant en mémoire. Ça retarde. On ne peut pas vivre à la fois vie et souvenirs, faut choisir… Ici le choix est difficile d’autant que je suis naturellement porté à me laisser entraîner par tout ce qui passe… J’ai peu de force de caractère, tout le monde me le reproche d’ailleurs : père, mes professeurs, les gens responsables qui savent ce que c’est que la vie. Suffit qu’une mouche traverse la pièce pour qu’elle m’emporte je ne sais jamais où. Ça ne dure pas, bien sûr, faut rien exagérer. Quand même, en classe, c’est suffisant pour me faire engueuler. Une fois, c’était à l’enterrement d’un des oncles du côté paternel (je ne le connaissais pas, presque pas, il était quelque chose comme consul en Finlande), il avait fallu que toute la famille assiste aux obsèques. La solennité l’exigeait. L’héritage aussi, il était célibataire et on espérait bien qu’il nous reviendrait quelque chose (c’est d’ailleurs ce qui s’est passé, il avait fait un testament attribuant à mes frères et moi une part de ses économies, mais comme père gère notre capital, je n’en sais guère plus, je verrai plus tard).

Et bien, à son enterrement…

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21 juillet 2007

Les chenilles

A l’enterrement de mon oncle le consul de Finlande, on se met en cortège devant la maison (je ne sais plus trop dans quelle ville du Nord de la France) et la noire cohorte s’ébranle. On a marché, marché un moment, jusqu’au cimetière qui était assez loin, au sommet d’une colline, dominant la bourgade. On a procédé comme il se doit : discours, oraisons, mise en fosse, poignées de terre, fleurs… pendant ce temps j’avais remarqué sur une tombe voisine, accroché à quelque chose comme un oranger, un nid de chenilles et, pendant que je les regarde, voilà que des petites chenilles sortent du nid et descendent en procession les unes derrière les autres… J’étais un peu loin: je m’approche, pour cela contourne un caveau, m’assieds, contemple les chenilles m’absorbant tout entier dans le spectacle de cette multitude velue et — en apparence — disciplinée. Avec un bout de bâton, je m’amusai à les faire dévier, j’en écrasai quelques unes aussi, intrigué de leur complaisance, de leur refus de se disperser malgré les cadavres. En crevant, elles laissaient échapper un liquide jaunâtre et gras qui colorait les pierres… Je suis resté là longtemps. Deux heures paraît-il, du moins c’est ce que m’a dit père après m’avoir giflé avec conviction: ce laps de temps justifiait cela, paraît-il, justifiait aussi les réprimandes, et même les rappels de cet épisode que je subis de temps à autre. Depuis, il est établi que je suis un sans-cœur, un ingrat, un mal élevé, toutes notions morales qui me fatiguent. Mais… Dire qu’ici nous vivons dans un contexte religieux… Si j’étais courageux, si j’avais le temps, je me tirerais. Je ne sais pas où, c’est vrai! Mais ça n’a pas beaucoup d’importance — Katmandou peut-être ou Khokand…— et je partirais. J’oublierais le parc, j’essaierais… J’essaierai peut-être d’ailleurs, un jour…

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02 août 2007

L'allée

Disons, pour simplifier, que l’allée du parc est longue d’une centaine de mètres et qu’elle s’ouvre — d’ici on dirait plutôt qu’elle se ferme — par un portail de fer qui n’a rien de remarquable scellé sur sa droite au mur de la maison du concierge et sur sa gauche au mur d’enceinte du parc. Si on peut dire que c’est un mur d’enceinte car il s’est effondré par places, disparaissant même presque totalement sur certaines portions. Il n’arrête plus rien. Même pas les enfants du voisinage qui, les mercredis, viennent jouer par ici, ni le chien braque qui traverse comme un fou les buissons. Ce n’est pas lui qui constituerait une protection utile au cas où nous serions menacés. Faut se faire une raison, il ne servirait pas à grand chose.

Léa revient à petits pas de vieille, remonte l’allée. Elle doit avoir la tête pleine des nouvelles qu’elle nous rapportera tout à l’heure. Du moins les plus importantes. Les plus importantes pour elle. Ou celles qui lui auront paru telles. Elle nous dira certainement ce que la ville pense de l’attentat contre le facteur ou des propos des gendarmes, des soupçons qui pèsent sur tel ou telle. Chargée de tout cela, elle approche lentement du premier perron, celui de la terrasse, soufflant un peu, très légèrement penchée sous le poids du cabas. Sous son tablier gris à petites fleurs mauves, on devine la poitrine tombante sur son ventre… Elle donne un conseil à Anthracite qui saute toujours à la corde, un conseil affectueux, en passant, pour dire quelque chose. Approche de la maison, entre par la porte principale. L’allée est de nouveau vide, abandonnée à une tranquillité seulement rompue par le son régulier des sauts d’Anthracite sur le gravier de la terrasse.

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28 août 2007

Ça n'avance pas…

Je n’ai guère progressé, je ne suis même pas parvenu à dépasser la limite étroite du parc. Malgré le mal de tête qui depuis quelques instants me tenaille, malgré les crampes de plus en plus outrageantes de ma main droite, l’impression de froid et d’engourdissement de mes jambes, il va falloir poursuivre.

J’ai arrêté, me suis persuadé de la bêtise de ce travail: je ne pouvais pas continuer comme ça, je n’avançais pas… ou, ne décrivant que superficiellement les choses, je me dispersais ; si j’avançais méthodiquement, pas à pas, la vie ne m’attendait pas, elle filait, impossible à rejoindre. J’avais beau me dire qu’il fallait y arriver, qu’il n’était pas question d’abandonner, je ne voyais pas de solution. De fait, il s’avérait impossible d’enfermer la réalité, même une réalité restreinte par le cadre de ma fenêtre, disciplinée, dans l’espace étroit de ma feuille de papier. Assez désespérant. C’était assez désespérant et de moins tenaces que moi auraient certainement laissé tomber.

Pas question. Malgré les douleurs de plus en plus gênantes de ma main droite — qui maintenant, d’ailleurs, gagnaient même le fléchisseur et l’extenseur profond des doigts, enfonçant dans ces deux muscles de grandes aiguilles qui les raidissaient et les tailladaient à la fois — mon pari m’engageait trop pour que je puisse songer à une fuite. Je m’étais enferré dans la simulation, j’avais provoqué d’autres vomissements et la sous-alimentation à laquelle je m’étais contraint rendaient ma «maladie» de plus en plus plausible. Le docteur Charlus avait ordonné que je prenne quinze jours de repos. Je devais donc garder la chambre. Qu’y faire d’autre sinon regarder par la fenêtre et dire ce que j’y voyais ?

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