Écrits de Marc Hodges

Éléments de l'HyperFiction dynamique et répartie La disparition du Général Proust.

17 juillet 2007

Histoire de la bonne (2)

Coup de fourche appuyé, trop, l’herbe vole, explose en l’air, retombe légère pluis verte… Nom de Dieu de nom de Dieu, faut-il que je te le tire ton sarrau ? T’es trahuquée ou quoi que tu sais pas l’honnêteté ? Remets tes brailles vingt dieux, ou fous le camp, mais viens pas me chatouiller les yeux de trop près, y a des choses qu’on peut pas supporter, on est pas des bêtes tout de même… Tête baissée, fonce droit dans son travail, raide, trop, mal à l’aise, trop et le silence musical-odorant de la garrigue enferme le pré perdu au fond du vallon. Fait rudement chaud jourd’hui, sacré Dieu, c’est pas un jour à mettre un ivrogne dehors, à c’te heure vaudrait bien mieux trinquer vec les gars chez la Mathilde, vrai, ça vous tourne la tête un cagnard pareil et pour de bon qu’il t’a cogné le crâne le soleil que tu déraisonnes comme l’aînée des Landiers qu’est sonné depuis les foins passés… Voilà t’i pas que t’envoie ton sarrau à pouille maintenant. t’es un rien frappée ! Enfin, moi… c’est ton affaire, tes trucs ça me regarde pas, fais comme tu veux mais tu vas entendre chanter ton père à la soupe quand j’y conterai tes manigances… Effort redoublé, le travail mollit légèrement. Ciel bleu profond, promesse de longues fatigues… Sûr que, moi aussi, ça me plaîrait bien de poser ma liquette si c’était pas malhonnête avec celui-là, là haut… Y a pas à dire, il exagère de cuire comme ça mais c’est pas une raison pour te  déplumer toute nue à croire que t’as perdu toute jugeotte. Va te rouler ailleurs si t’as trop chaud, tu commences à m’asticoter pour de vrai, on a beau être honnête on est pas des saints, surtout que t’es plaisante à voir, miladiou ! T’es ben déjà un sacré bout de femelle, t’as de qui tenir pour sûr, une belle femme que ta mère, dieu oui, c’est une belle femme…

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30 août 2008

Dans le métro

Métro bondé, on fait du corps à corps. Je regarde les femmes: visages fermés, corps de bois corsetés dans la routine. Aucune ne me donne envie de baiser. Aucune. Pourtant je regarde bien, scrute les visages et ce qu'il y a à voir des corps.

Entre une très grosse jeune femme, confite dans ses rondeurs. Je m'imagine un moment m'engloutir dans cette masse de chair comme dans une eau chaude, m'y laisser aller… mais cette image ne m'excite qu'une seconde car je mesure instantanément tout ce qu'il me faudrait d'énergie pour remuer toute cette gélatine et parvenir à mon plaisir…

Je regarde alors les hommes: visages fermés, corps de bois corsetés dans la routine. Aucun ne me donne envie de baiser. Aucun. Pourtant je regarde bien, scrute les visages et ce qu'il y a à voir des corps mais non, c'est non… Je fantasme sur les fesses d'un jeune homme debout qui sont à hauteur de mes yeux, mais la noirceur, la densité des poils que ses mollets révèlent à la faveur d'un déplacement de voyageurs me découragent à l'instant.

Il est vrai que je ne me suis jamais livré à une intense activité sexuelle… Pour tout dire, j'ai même quelque mal à participer à ces éternelles démonstrations verbales de puissance auxquelles se livrent volontiers les hommes lorsqu'ils se retrouvent en groupe. Pour moi, le sexe fait partie de la vie, ni plus ni moins. Il n'est en rien cette activité centrale qui se manifeste en société ou sur Internet. Sur Internet surtout…

Il va falloir que j'analyse tout cela.

03 septembre 2008

Avoir un sexe

Il y a toujours, inévitablement, une première fois…

J'essaie de me souvenir quand, dans quelles circonstances, s'est située la première fois où j'ai découvert que j'avais un sexe.

Je ne m'intéresse pas, bien entendu, à l'organe qui sert à uriner et dont tout enfant prend conscience quand "il devient propre" ou compare la performance de ses jets avec les membres mâles de sa famille. Non. Ce qui m'intéresse serait de savoir quand, pour la première fois, j'ai fais connaissance avec mon pénis — que j'appelais alors "zizi, petit oiseau, robinet, bistouquette…" ou autres noms-masques hésitant entre masculin et féminin — pouvait procurer un plaisir particulier. Je ne me souviens pas, enfant, m'être particulièrement "tripoté" ("arrête de te tripoter" disaient parfois autour de moi les adultes à certains de leurs enfants mâles). Je vivais avec cet organe dans le rapport le plus naturel du monde, ne lui connaissant que l'usage de la miction auquel je le considérais comme destiné. Je pense — il me semble — qu'il m'a fallu attendre mes sept ou huit ans pour que de nouvelles perspectives m'apparaissent, même si, pour l'essentiel, elles sont longtemps restées en germe et si je les ai peu exploitées.

Creusant ma mémoire, je ferais remonter cette découverte à une anecdote: un jour, cousins et cousines mêlés, d'âges, à un an ou deux près, identiques, nous jouions dans la grange d'un grand mas languedocien, appartenant à un membre lointain de la famille par lequel j'avais été invité pour des vacances d'été. Cette grange était constituée de trois niveaux: un rez-de-chaussée où l'on entreposait du matériel agricole, un premier étage formé d'un plancher de bois sur lequel séchait le foin et un troisième étage aux poutres duquel pendait de la charcuterie. Ce troisième étage, qui ouvrait largement sur le second était en fait un demi-étage. Notre jeu consistait à sauter du troisième dans le foin du deuxième où, à l'occasion, bien sûr, on se bousculait le plaisir étant au moins autant dans ces contacts "inattendus" des corps que dans les sauts eux-mêmes: les enfants se poussaient, roulaient l'un sur l'autre, s'accrocahient par les vêtements pour passer l'un devant l'autre, etc.

A un moment, une cousine à peine plus âgée que moi — nous étions tous vaguement cousins et cousines dans cette famille étendue à la dimension d'un clan — essaya de me retenir sur la paille en tirant sur mon short, geste qui eut pour effet de me déculotter totalement mettant mon sexe à l'air.

Le plus naturellement du monde, elle le prit dans sa main droite pour, avant de reprendre le jeu, y déposer un baiser furtif, comme si elle jouait avec un poupon de celluloïd, en disant: "tu as une jolie bistouquette!".

Ce fut ma première érection consciente, la première fois où je sentis un vraiment plaisir particulier qui me laissa étonné quelques secondes avant que je ne remonte ma culotte.

11 septembre 2008

L'intuition de l'érotisme

Comme je l'ai avoué le 2 juillet 2006, je découvris la puissance de l'érotisme vers l'âge de huit ans mais pendant quelques mois, même si je sentais vaguement qu'en l'appendice de mon sexe reposait une étrange puissance de plaisir qui me poussait à y porter la main en cachette, je ne sus réellement qu'en faire. J'ai bien essayé, à diverses reprises, de répéter avec d'autres fillettes l'expérience qui m'avait éveillé au désir mais, soit qu'elles aient déjà été trop âgées pour agir avec l'innocence de ma cousine, soit que leurs catéchistes les aient déjà alertées contre les jeux avec les garçons, soit qu'elles préférassent jouer avec d'autres filles de leur âge… je n'y suis jamais parvenu aucune ne daignant jamais s'intéresser à l'esthétique d'un sexe que, en diverses occasions — lorsque je devais uriner dans la campagne, à la sortie d'une douche, en mettant un maillot de bain…— je laissais apparaître comme par hasard, sans le vouloir, avec une certaine négligence ce qui, l'âge avançant, ma mère ou mon père manquaient de moins en moins de me faire remarquer d'un, d'abord tendre puis de plus en plus sec: "Marc, range moi ça…", "ça" désignant sans ambiguïté l'organe que, justement, je me refusais à ranger.

Dire que j'en étais malheureux ou que j'éprouvais une grande frustration du désir insatisfait serait trop dire. L'attente du plaisir n'était encore qu'une vague sensation nébuleuse: j'avais une certaine complaisance à afficher mon pénis, j'aimais bien le toucher en mettant la main dans la poche de mon pantalon (qui finirent par être de plus en plus trouées sans que ma mère, jamais, ne m'en fit la remarque), j'espérais sans insister qu'une des fillettes que je fréquentais s'y intéresserait… rien de plus. Ce plaisir restait en latence. Je soupçonnais qu'il était appelé à prendre plus de place dans ma vie mais ce soupçon restait encore très vague.

Je dus attendre presque deux ans pour connaître ma seconde vraie expérience sexuelle.

Mes parents étaient adeptes du camping et possédaient une petite caravane. Tous les étés, nous allions à Mimizan-plage dans un camping dont j'ai oublié le nom. Notre activité principale était la plage sur laquelle donnait le terrain où ma mère s'étalait de longues heures durant me laissant jouer dans le sable avec des compagnons de camping pendant que mon père, après avoir pris le soleil quelques minutes et barboté un peu dans l'eau, s'en allait lire son journal au "bar de la plage". Lorsque l'après-midi arrivait à sa fin, nous rentrions alors nous débarrasser du sable dans les douches du camping qui, à l'époque, divisées en une partie pour les femmes et une autre pour les hommes, étaient collectives, les enfants seuls au-dessous de dix ans, ayant les privilèges de pouvoir passer de l'une à l'autre et de se doucher nus s'ils le désiraient hommes et femmes conservant leur maillot, ce qui les obligeait à diverses contorsions pour se laver les parties couvertes.

Un jour, je ne sais pour quelle raison, je rentrais me doucher avant ma mère et la plupart des campeurs qui avaient tous, plus ou moins, adopté les mêmes horaires. Un adulte était déjà sous la douche, un bel homme athlétique qui me paraissait âgé, mais qui ne devait guère avoir plus de trente ans, qui se savonait avec attention. Il était nu. J'avais déjà vu quelques hommes nus à commencer par mon père. J'en avais rarement vus d'aussi athlétiques. Son corps était un nœud de muscles dont le bronzage et le savon dont il se recouvrait faisaient ressortir les volumes. Je le regardais. Il vit que je le regardais. Il me sembla que ses gestes se ralentissaient, devenaient plus voluptueux. Il se savonnait lentement le sexe faisant, comme si rien n'était, jouer la peau du prépuce. Il bandait. Me lavant, je me mis à bander aussi. Il me tendit sa savonnette, je m'enduis comme lui. S'installa entre nous une certaine tension érotique. D'une certaine façon, je sentais — je suis sûr qu'il le sentait aussi — que quelque chose était possible mais, soudain, il se rinça, détourna le yeux, dit: "Comment t'appelles-tu?" Je répondis sans gêne. Il prit sa serviette, s'essuya, la noua autour de sa taille: "Au revoir Marc", dit-il, et il s'en alla. Je restais quelques secondes dans un état bizarre, je sentais qu'il y a avait en moi quelque chose qui aurait voulu s'exprimer, un besoin de détente que je ne savais comment trouver. Je finis de me doucher et rentrai dans notre caravane essayant, en vain, de m'intéresser au livre que, d'habitude, j'adorais lire.

15 septembre 2008

Découverte de la socialité du sexe

A partir de ma seconde expérience réellement sexuelle, telle que je l'ai rapportée dans mon billet du 6 juillet 2006, mon rapport au sexe se trouva changé. Bien qu'il ne se soit rien passé, j'avais senti qu'il aurait pu se passer quelque chose et cette intuition me donna envie d'en savoir plus. Ma curiosité, pour mon sexe d'abord, puis pour LE sexe en général, venait d'être éveillée. Vers 10 et onze ans j'essayais de comprendre.

 

Me toucher, me caresser me donnait un plaisir étrange que je n'arrivais pas bien à qualifier et bien que je ne cessai, à travers mes poches trouées, de porter une main curieuse sur mon appendice sexuel, j'avais, de plus en plus, avançant dans le temps, l'impression d'une incomplétude. Il me manquait quelque chose, ce quelque chose que m'avait laissé entrevoir l'épisode de la douche… Bien sûr, je bandais souvent, je m'arrangeais souvent pour bander sans que mes érections ne soient visibles par des tiers, mais ces érections me laissaient avec un goût d'inachevé, elles provoquaient en moi une tension sans but. Je provoquais des érections pour maintenir au niveau du bas-ventre cette excitation qui était à la fois un plaisir et une inquiétude: je sentai qu'il devait y avoir autre chose et, cet autre chose, je souhaitais avec avidité le découvrir.

 

Je me mis à être plus attentif aux fréquentes plaisanteries sexuelles des adultes mâles qui m'entouraient et faisaient rire d'une façon étrange — à la fois indignée et faussement indignée, à la fois réprobatrice et quémandeuse —, je m'interrogeai sur leur admiration pour les culs, les seins, les fesses qui allaient jusqu'à susciter de longues discussions, je percevais que sous les remarques amusées qu'ils faisaient à propos de son "amoureux" à ma petite sœur alors âgée de quatre ans, se glissait autre chose; je regardais avec plus d'attention les rituels balnéaires des adolescents; je commençais à essayer de savoir pourquoi certaines scènes de film "ne devaient pas être regardées par des enfants", pourquoi certains livres "n'étaient pas pour moi", pourquoi il y avait "des lieux mal fréquentés", "des gens pas fréquentables", "des traînées, "des coureurs", "des séducteurs" et "des responsabilités qui devaient être assumées"; je découvrais les graffitis et inscriptions énigmatiques de certaines toilettes publiques comme "je suce et encule, RV ici après dix-sept heures", "je baise les gros culs" ou "cherche fille aimant les grosses bittes"… Les absurdités immédiates de ces termes, les sourires plus ou moins entendus, les indignations vraies ou fausses, les chuchotements et les mystères, me ramenaient inévitablement à cette zone d'influence, encore largement indéterminée, du sexe.

 

Si je n'établissais pas un rapport direct entre le plaisir réel que provoquait le fait de prendre en main mon "petit oiseau" — dont je ne sus qu'un peu plus tard qu'il avait bien d'autres noms — et tout le reste, je sentais qu'il y avait un rapport, et que ce rapport, je me devais absolument de le découvrir.

19 septembre 2008

Sacrifier sa vertu à l'amitié

Fier de lui, Wilfrid d’Eurymédon remettait son pantalon de pyjama : il se sentait homme car à trois reprises il avait fourgonné le petit con velouté et campagnard de la petite bonne. Il se sentait bon, intelligent, courageux… Il toisa la servante pelotonnée sur le lit et d’un geste noble, mais mâle et sévère, lui caressa la croupe. On sentit que ce n’était pas pour lui déplaire car, chatte, elle s’étira voluptueusement s’offrant à nouveau avec une certaine ostentation. Wilfrid se sentait bien courageux et plein de forces mais il eût aimé un peu de répit aussi lorsque la bonne saisit sa main gauche et tenta de l’attirer à nouveau sur la couche, fut-il bien heureux (soulagé peut-être) d’entendre un bruit de voiture. Il prétexta de sa curiosité pour aller à la fenêtre. Il vit arriver Serge, Robert, Armelle. Il les regarda discuter un moment devant l’échafaud puis aperçut Serge et Robert se diriger vers le cadavre du chien et se pencher sur lui. Il réalisa soudain qu’ils coupaient les cordes qui ligotaient le condamné et se demanda ce qu’ils voulaient faire. Il sentit aussi que la soubrette lascive se collait à son cul et se lançait dans quelques caresses aussi habiles qu’impudiques. Feignant de regarder la place avec une grande attention, il en oublia pourtant un peu les jeunes gens : il lui fallait d’abord estimer jusqu’à quel point sa virilité risquait d’être froissée. Il comprit tout d’un coup que Robert et Serge détachainet le chien de l’échafaud, l’enlevaient. Il pensa : — Ils sont stupides, si quelqu’un les voyait ! Étant bien entendu que, dans son esprit, ilo n’était pas quelqu’un mais un être d’une espèce différente. Cependant les caresses de la bonne se faisaient de plus en plus convaincantes et sa langue qui maintenant, entre ses jambes, explorait son arrière couille, il se dit aussitôt : — Si la bonne les voyait ? Et pour sauver Serge et Robert consentit à sacrifier ce qui lui restait de vertu sur l’autel des appétits ancillaires.

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20 septembre 2008

Deux chiens

A partir de dix ans donc, mon éducation sexuelle s'accéléra et je commençai à regarder le monde d'un autre œil. Ainsi, de nombreux événements auxquels je n'avais jusque là prêté aucune attention me semblèrent tout à coup pleins d'intérêts et d'enseignements comme, par exemple, les rires stupides des adolescentes de ma famille (j'avais une famille aux ramifications nombreuses qui aimaient souvent à se réunir dans les vastes propriétés des uns ou des autres…) lorsque les garçons les chatouillaient, leur parlaient à l'oreille, leur prenaient la main ou chahutaient avec elles dans une des rivières que nous fréquentions les jours de soleil d'été. Ce qu'ils m'enseignaient n'était pas d'une clarté éblouissante et ma conscience des mécaniques du fait sexuel ne s'installa que peu à peu mais, quoi qu'il en soit, ces nombreuses observations m'apprirent que, entre garçons et filles, existait tout une zone de non-dits, d'interdits, de limites avec l'interdit qui relevaient du territoire d'un plaisir aussi étrange et recherché que celui que me procuraient mes douces caresses sur mon sexe.

C'est ainsi qu'un jour, dans la petite ville semi-campagnarde où j'habitais alors, je tombais sur un spectacle qui mobilisa toute mon attention et me donna longtemps à penser. Rentrant chez moi à la sortie de l'école (la vie semblait plus sûre alors et il ne serait pas venu à l'idée de mes parents de venir me chercher pour faire à pied les trois cent mètres qui m'en séparaient), je tombais sur la danse à laquelle se livraient deux chiens, un marron foncé tacheté de noir et un tirant sur le beige, le premier tournait autour de l'autre s'efforçant de lui renifler le derrière, le second — queue serrée entre les pattes — semblait vouloir refuser cette sorte d'attention mais, pourtant, ne se sauvait pas. Au moment où, ne trouvant encore guère d'intérêt à cette scène, je m'apprêtais à passer, le chien marron grimpa sur le derrière du beige et j'aperçus nettement un sexe très rouge qui pénétrait dans ce que je crus alors être son anus. A dix ans je n'avais pas une grande connaissance de l'anatomie et cette pensée rencontrait diverses expressions grossières que j'avais entendu ça et là comme "va te faire enculer" dont j'avais sous les yeux une illustration…

Intéressé — une "leçon de choses" — je regardais le spectacle du chien marron pratiquant ses poussées rythmées sur le beige. Cela dura quelques secondes puis il descendit de la croupe de son partenaire qui était resté relativement passif. C'est alors que se produisit un fait qui me laissa stupéfait: les deux chiens — je n'avais pas encore compris qu'il y avait un mâle et une femelle —, reliés par le sexe du chien marron, ne pouvaient plus se séparer. Ils se mirent à tourner lamentablement sur place sans émettre ni aboiement ni gémissement, puis arrêtèrent de se déplacer comme s'ils attendaient quelque chose. Je me serais bien approché pour observer de plus près le phénomène mais ne connaissant pas ces bêtes, je craignais d'être mordu et l'enseignement de la prudence que m'inculquait ma famille me fit rester à l'écrt.

Enfin, au bout de quelques minutes, ils se séparèrent comme si rien ne s'était passé et, tranquilles, partirent chacun de leur côté.

Ainsi les sexes servaient à ça: relier les êtres. Il y avait une fonction technique que je n'avais jusque là pas perçue et qui, si j'en jugeais à la fois par l'excitation du chien actif et par mon propre intérêt, ne devait pas être désagréable… Ma curiosité pour ce partenariat s'éveilla ce jour-là.

25 septembre 2008

De la lecture

Beaucoup d'enfants, filles et garçons, ont dû connaître l'expérience que je relate dans mon billet du 15 juillet. Ceux qui vivent à la campagne ont dû en vivre d'autres et devaient être plus avertis que je ne l'étais. Quant aux petits citadins d'aujourd'hui, je crains que l'amour des adultes pour les chiens — qui les pousse à les traiter comme ces enfants qu'ils n'ont pas voulu avoir — ne les prive de rencontres aussi naturellement instructives. L'homme se forme davantage dans ses rencontres de hasard que par l'éducation, souvent trop expurgée, qui lui est donnée. Et en matière de sexe, bien plus encore…

Le spectacle de la copulation des chiens éveilla en moi une curiosité définitive. Je me dis que, si jusque là aucun adulte ne m'avait parlé de ce qui s'était déroulé devant mes yeux, si aucun ne me l'avait expliqué ni même ne m'avait conduit quelque part pour y assister c'est qu'il devait y avoir encore beaucoup d'autres choses qui m'étaient cachées et que je devais absolument découvrir.

Je dois faire ici un détour… Comme je vous l'ai dit, ma famille était assez étendue — davantage un clan qu'une famille — et plutôt aisée, mes grands-parents, paternels et maternels, possédaient chacun de grandes maisons à la campagne. La propriété de mes grands parents maternels, aux alentours de Fontainebleau, était même appelée "le château". Mes huit oncles eux-mêmes avaient de belles demeures dispersées un peu partout sur le territoire français. Quant à mes parents, la maison qu'ils occupaient dans la petite ville de Bretagne où mon père était notaire, était bien plus un hôtel particulier qu'une maison ordinaire. Nous, les enfants, passions nos vacances de l'une à l'autre au grè des désirs de chacun, des disponibilités des adultes. J'y étais rarement seul, toujours quelque cousin ou cousine était là pour jouer avec moi.

Pourtant, je ne saurais dire pour quelle raison, cet été-là, je me trouvai seul enfant dans le petit "château" de mes grands parents maternels. La demeure, entourée de son parc, était vaste d'une vingtaine de pièces. Mes grands parents, pris par des réceptions diverses, les activités de maire de mon grand-père, celles de diverses associations de ma grand-mère, n'avait guère le temps et très peu l'envie de s'occuper de moi car, d'habitude, la tribu des enfants vivait en autarcie.

Heureusement j'aimais lire et le château ne manquait pas de livres presque toutes les pièces ayant une petite bibliothèque qui complétait celle d'un salon appelé "la bibliothèque". Je pouvais me promener à mon aise dans toute cette littérature. Tous les rayons m'étaient ouverts.

Pourtant, fouillant dans la bibliothèque, montant sur la grande échelle mobile qui permettait d'accéder aux ouvrages en hauteur, je m'aperçus un jour, avec surprise, qu'une seule des nombreuses alvéoles grillagées qui constituaient la bibliothèque était fermée à clef. J'en parlais à la bonne. Elle me répondit qu'elle ne savait pas, que les livres ne l'intéressaient pas, et d'ailleurs qu'elle n'avait pas le temps. Je n'avais qu'à demander à mon grand-père. Je le fis. Il me répondit simplement qu'il n'y avait là que des livres pour les grands et qu'à mon âge, ils ne pouvaient pas m'intéresser. Quand je serais plus grand…

Bien entendu, cela ne fit qu'exciter ma curiosité.

03 octobre 2008

Jeu des nuages et de la pluie

Dans un de mes récentes pages, je vous ai raconté comment, alors que j'avais environ 10 ans, séjournant chez mes grand parents, j'avais découvert par hasard un compartiment de leur bibliothèque qui ne m'était pas accessible. Étant donné que je pouvais, me semblait-il jusque là, lire tous les livres que je voulais, cette découverte m'intriga au plus haut point.

 

Mes grand parents maternels — comme d'ailleurs la plupart des membres du clan familial —, partant du principe qu'une éducation se base sur la confiance et la transparence, m'avaient habitué à un grand libéralisme. Je les savais confiants en tout. Si cette partie de la bibliothèque m'était fermée, elle ne pouvait pas l'être à tout le monde, je ne les voyais pas en interdire l'usage à la plupart de leurs visiteurs. Je ne les voyais pas non plus obliger leus hôtes à leur demander la clef. Celle-ci devait donc être à portée de main, cachée mais accessible. Je décidai alors de raisonner comme eux… Je compris vite que la clef devait se trouver quelque part dans la pièce, discrète mais acessible. Aussi, après avoir ouvert deux ou trois tiroirs, je ne tardais pas à la trouver. Il devait être autour de trois heures, la maison était silencieuse, ma grand-mère faisait la sieste, mon grand-père courait les bois, les deux bonnes vaquaient à leurs occupations réciproques. Le moment était donc favorable et je montai à l'échelle, ouvrit le compartiment. Il devait contenir une centaine d'ouvrages de format et de reliures différentes. Rapidement j'en parcourus quelques titres: le Kama Sutra, Poèmes érotiques à Gilberte, Interdit aux moins de seize ans, Jeux des nuages et de la pluie, Justine, Les bijoux indiscrets, Histoire d'O, Le château de Cène, L'œil… rien de tout cela qui, plus tard pourtant, devait faire mes délices de lecture et de masturbation désormais indissolublement liés ne me semblait, à première vue, mériter une mise à l'isolement.

 

Je pris, au hasard, Les bijoux indiscrets d'un certain Diderot, en lut quelques lignes qui ne me parurent pas particulièrement intéressantes, le reposai, pris Sexus de Henri Miller et tombai sur quelques lignes qui m'intriguèrent mais il fallait lire et je n'avais pas trop de temps… J'ouvris alors un ouvrage de grand format intitulé Jeux des nuages et de la pluie sous-titré L'art d'aimer en Chine et, par hasard, l'ouvrit à la page 25…

Ce fut une telle découverte que je refermai l'ouvrage, le prit sous mon bras, refermai le compartiment de la bibliothèque, rangeai la clef et courus le plus discrètement possible dans ma chambre où je m'enfermai pour découvrir à loisir l'univers qui s'offrait à moi.

18 décembre 2008

Découvertes

Le commentaire accompagnant l'estampe de la page 25: "Peinture (d'une série de quatre) sur peau de fœetus ou sur papier huilé" ne manqua pas de m'intriguer. A dix ans, je n'avais encore aucune idée de ce qu'était un fœtus et j'imaginai un animal érotique à la peau douce, souple, chaude… Je ne m'y attardai cependant qu'un instant et tourné la page tremblant que quelqu'un, sans prévenir, entre dans ma chambre. La page 27 n'était contrairement à la page 25 qui était colorée, qu'une gravure en noir et blanc qui présentait la même scène mais avec une variante drôlatique: l'homme et la femme s'accouplaient sur un petit chariot tiré par des boucs. Cette représentation excita aussitôt mon imagination car elle me révélait qu'il n'y avait pas de vrais limites à la recherche du plaisir. Je parcourus ainsi, lentement, tout l'ouvrage, allant de surprise en surprise. Cet ouvrage, auquel j’essayais, en prenant toutes les précautions possibles, d’accéder le plus souvent possible nourrit mon imaginaire tout au long de l’année.

Si l’année de mes dix ans fut, comme je viens de le raconter, une année de découverte intellectuelle, imaginative du sexe, celle de mes onze ans fut une année riche en découvertes physiques. En effet, cette année là fut marquée par un événement, mon entrée au lycée.

J'ai raconté ailleurs comment j'ai connu mes premiers émois sexuels et comment, à l'aide d'ouvrages trouvés chez mes grands parents, j'avais su les cultiver mais, si j'ose dire, je n'étais jamais "passé à l'acte". Le désir se situait pour moi dans une espèce d'exacerbation sensuelle des zones du bas ventre, une rigidification de mon minuscule sexe, une attente de quelque chose que ni je maîtrisais ni je n'identifiai pleinement.

Le premier des événements sexuels qui m'ouvrirent à un autre monde fut une mimique anodine d'un élève de lycée à peine plus âgé que moi. Je revois encore la scène: nous étions rangés dans un couloir incolore attendant l'arrivée d'une jeune et magnifique professeur d'anglais, presqu'une poupée barbie (bien que la marque fut alors inconnue) qui, qui plus est, portait un manteau d'un bleu clair lumineux qui faisait ressortir la blondeur solaire de ses cheveux longs. Nous en étions certainement tous plus ou moins amoureux… Les garçons, regroupés ensemble, faisaient comme souvent des plaisanteries salaces dont je ne suis pas sûr qu'ils comprenaient toujours le sens; du moins je suis sûr que je ne le comprenais que rarement. Soudain, à une remarque que j'ai oubliée de l'un d'entre nous, le garçon dont je viens de parler, se mit à mimer un geste que je n'avais jamais vu. Mettant sa main droite à hauteur de sa braguette, resserrant le pouce, l'index et le majeur, il la fit aller d'avant en arrière, dans un geste que je ne nommais pas encore mais qui n'en était pas moins explicite. Ce fut une révélation.

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