06 juin 2006

Ne plus pouvoir écrire

Les hommes de création, qu'ils peignent ou écrivent, ne considèrent jamais l'enfant qu'ils font comme le but. Le but est toujours d'être mieux aimé, plus fort, plus sûrement, pour atteindre enfin la merveille... Maintenant, au point où j'en suis arrivé, je ne sais plus lequel des deux écrit ce texte. L'ordinateur écrit. L'auteur n'écrit pas vraiment, il lit. L'auteur lit ce texte qui s'écrit et tous les autres qui sont écrits, et sa vie, et peut-être même tous ceux qui vont s'écrire. J'ai trouvé dans l'informatique une sorte... [Lire la suite]
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02 juin 2006

Les trois quart des folies ne sont que des sottises.

Pourquoi cela ne m'était-il pas tout aussi évident? Les vieilles ornières de l'écriture, sans aucun doute, tenaient mes pas. La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime, ne vaut guère mieux qu'une infidélité: prisonnier de ma culture du livre, je ne pouvais imaginer autrement l'écriture que dans ce que je croyais être son aboutissement. Dans les petites insuffisances des textes produits, je lisais, non les accidents générateurs de la vie, mais l'imperfection des programmes. Devant les remarques des lecteurs — ou des... [Lire la suite]
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25 mai 2006

D'où vient ce que nous écrivons ?

Souvent les lecteurs demandent d'où vient ce que nous écrivons ? Nous ne savons pas d'où vient le texte. Nous ne savons que le comment. Pour le reste, nous partons des mots. Nous en faisons des combinaisons neuves.J'avais programmé le comment. L'impulsion une fois donnée au programme, j'ignorais moi— même les chemins que, dans la complexité de ses calculs, il allait parcourir sur le terrain des mots et des phrases. Mais je savais que ce labyrinthe de chemins naissait de ce comment que j'avais défini. Toutes les combinaisons neuves... [Lire la suite]
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17 mai 2006

Plaisir du métatexte

Le troisième programme donnait, toutes les minutes environ, des poèmes tels celui-ci: oies sauvages je regarde l'arc-en-cielou celui-là : un cavaliersombre écoute la nuitsur une tombe il entend le rossignolfiévreux un villageois chasse les chèvres noiresqui me satisfaisaient presque totalement.Ce qui me convenait en eux, c'était leur équilibre. Ces textes, sensibles mais dépassionnés, étaient adéquats à mon projet. Ils montraient à la fois une certaine domination de l'écriture, une maîtrise de la langue et un contrôle suffisant des... [Lire la suite]
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11 mai 2006

Distance bénéfique de l'abstraction

Les sentiments que m'apporta le second programme furent de l'ordre du paradoxal: par simple modification des paramètres, je pouvais obtenir des textes lyriques exprimant diverses émotions. Or, si ces émotions pouvaient être les miennes, si elles s'exprimaient bien dans des formes qui me convenaient, si je pouvais, à l'occasion — comme je le fis sans trop de scrupules — les faire intervenir dans une stratégie de séduction, elles n'étaient que très rarement exprimées au moment où j'en éprouvais le besoin. D'une certaine façon, je... [Lire la suite]
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06 mai 2006

Naissance de l'écriture

Chacune de ces directions proposées par mes modèles fournit matière à un programme. Le premier rédigeait des histoires courtes; le second écrivait, à la demande, en quelques dixièmes de secondes, des poèmes d'amour, de haine, d'admiration ou de rejet; le troisième produisait à l'infini des poèmes d'observations sur la vie extérieure. Du premier j'eus la joie de la densité. Il composait des romans courts très simples, à l'écriture volontairement plate : «Le plombier est venu réparer l'évier», ou «Il entre. Elle regarde : il s'assied.... [Lire la suite]
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01 mai 2006

Perte du plaisir de lire

Le plaisir de la découverte dura quelques temps. Puis s'estompa. Au bout de quelques jours, de quelques centaines de sentences, ma lecture n'étant plus aussi critique, le plaisir n'était plus aussi évident. Le nombre provoquait un effet de brouillage, comme un gavage de l'esprit qui sous les affichages divers ne lisait que l'unicité des formes. L'incroyable richesse des textes produits, capable, en quelques jours, de remplir des dizaines de recueils de pensées, parce que leur création désormais m'était sans mystère, m'apparut comme... [Lire la suite]
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26 avril 2006

L'art d'aimer est l'art de trahir

Il est préférable de prouver par les faits les propositions que l'on avance. Il fallait, je le sais, étayer d'un grand nombre de preuves l'argumentation comprise dans mon théorème: il fallait passer à l'acte. Pour cela j'avais besoin de modèles. Je décidai d'agir avec prudence, de n'approcher d'abord que les formes brèves: je me tournai vers les penseurs. Les écrits de Vauvenargues, Chamfort, Cioran, ou La Rochefoucauld m'avaient toujours séduits par leur vérité immédiate : je percevais, dans l'aphorisme, une forme suffisamment... [Lire la suite]
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24 avril 2006

L'écriture et la technologie

Quand je regarde le point où je suis parvenu, quand je parle aujourd'hui de ces choses, il me semble qu'elles ont toujours été pour moi parfaitement claires, et l'on pourrait croire que ce me sont de très lointaines acquisitions de l'esprit, pourtant...Depuis longtemps j'avais remarqué, dans l'écriture, la présence de deux instances — non pas séparées — de deux moments différents, s'interpénétrant de manière dialectique, mais relativement analysables... Dans le premier moment, celui qui concerne l'opération où l'on souhaite construire... [Lire la suite]
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18 avril 2006

Comment j'écris…

Il est aussi facile de se tromper soi— même sans s'en apercevoir, qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aperçoivent.La Rochefoucauld. Maxime 115.Les commencements me fascinent sans fin. Ce moment troublant, quand l'écrivain devient témoin pour traduire de pures possibilités dans un nouveau système de signes renferme tout le danger intrinsèque à l'acte même de raconter des histoires: une fois engagé, plus question de faire demi— tour, tout le texte est là. Et, dans la légère excitation de ce risque suspendu,... [Lire la suite]
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