30 août 2008
Dans le métro
Métro bondé, on fait du corps à corps.
Je regarde les femmes: visages fermés, corps de bois corsetés dans la
routine. Aucune ne me donne envie de baiser. Aucune. Pourtant je
regarde bien, scrute les visages et ce qu'il y a à voir des corps.
Entre
une très grosse jeune femme, confite dans ses rondeurs. Je m'imagine un
moment m'engloutir dans cette masse de chair comme dans une eau chaude,
m'y laisser aller… mais cette image ne m'excite qu'une seconde car je
mesure instantanément tout ce qu'il me faudrait d'énergie pour remuer
toute cette gélatine et parvenir à mon plaisir…
Je regarde alors
les hommes: visages fermés, corps de bois corsetés dans la routine.
Aucun ne me
donne envie de baiser. Aucun. Pourtant je regarde bien, scrute les
visages et ce qu'il y a à voir des corps mais non, c'est non… Je
fantasme sur les fesses d'un jeune homme debout qui sont à hauteur de
mes yeux, mais la noirceur, la densité des poils que ses mollets
révèlent à la faveur d'un déplacement de voyageurs me découragent à
l'instant.
Il
est vrai que je ne me suis jamais livré à une intense activité
sexuelle… Pour tout dire, j'ai même quelque mal à participer à ces
éternelles démonstrations verbales de puissance auxquelles se livrent
volontiers les hommes lorsqu'ils se retrouvent en groupe. Pour moi, le
sexe fait partie de la vie, ni plus ni moins. Il n'est en rien cette
activité centrale qui se manifeste en société ou sur Internet. Sur
Internet surtout…
Il va falloir que j'analyse tout cela.
03 septembre 2008
Avoir un sexe
Il y a toujours, inévitablement, une première fois…
J'essaie de me souvenir quand, dans quelles circonstances, s'est située la première fois où j'ai découvert que j'avais un sexe.
Je ne m'intéresse pas, bien entendu, à l'organe qui sert à uriner et dont tout enfant prend conscience quand "il devient propre" ou compare la performance de ses jets avec les membres mâles de sa famille. Non. Ce qui m'intéresse serait de savoir quand, pour la première fois, j'ai fais connaissance avec mon pénis — que j'appelais alors "zizi, petit oiseau, robinet, bistouquette…" ou autres noms-masques hésitant entre masculin et féminin — pouvait procurer un plaisir particulier. Je ne me souviens pas, enfant, m'être particulièrement "tripoté" ("arrête de te tripoter" disaient parfois autour de moi les adultes à certains de leurs enfants mâles). Je vivais avec cet organe dans le rapport le plus naturel du monde, ne lui connaissant que l'usage de la miction auquel je le considérais comme destiné. Je pense — il me semble — qu'il m'a fallu attendre mes sept ou huit ans pour que de nouvelles perspectives m'apparaissent, même si, pour l'essentiel, elles sont longtemps restées en germe et si je les ai peu exploitées.
Creusant ma mémoire, je ferais remonter cette découverte à une anecdote: un jour, cousins et cousines mêlés, d'âges, à un an ou deux près, identiques, nous jouions dans la grange d'un grand mas languedocien, appartenant à un membre lointain de la famille par lequel j'avais été invité pour des vacances d'été. Cette grange était constituée de trois niveaux: un rez-de-chaussée où l'on entreposait du matériel agricole, un premier étage formé d'un plancher de bois sur lequel séchait le foin et un troisième étage aux poutres duquel pendait de la charcuterie. Ce troisième étage, qui ouvrait largement sur le second était en fait un demi-étage. Notre jeu consistait à sauter du troisième dans le foin du deuxième où, à l'occasion, bien sûr, on se bousculait le plaisir étant au moins autant dans ces contacts "inattendus" des corps que dans les sauts eux-mêmes: les enfants se poussaient, roulaient l'un sur l'autre, s'accrocahient par les vêtements pour passer l'un devant l'autre, etc.
A un moment, une cousine à peine plus âgée que moi — nous étions tous vaguement cousins et cousines dans cette famille étendue à la dimension d'un clan — essaya de me retenir sur la paille en tirant sur mon short, geste qui eut pour effet de me déculotter totalement mettant mon sexe à l'air.
Le plus naturellement du monde, elle le prit dans sa main droite pour, avant de reprendre le jeu, y déposer un baiser furtif, comme si elle jouait avec un poupon de celluloïd, en disant: "tu as une jolie bistouquette!".
Ce fut ma première érection consciente, la première fois où je sentis un vraiment plaisir particulier qui me laissa étonné quelques secondes avant que je ne remonte ma culotte.
08 septembre 2008
Ma découverte du plaisir
Après l'expérience du baiser sur le
sexe, relatée dans ma dernière page — qui explique d'ailleurs
peut-être mon goût profond pour la fellation — je sus que j'avais un
sexe. Plus précisément je compris au plus profond de ma chair que mon
corps offrait une zone érogène: je découvris soudain l'érotisme, le
plaisir orienté vers lui-même car je n'avais d'évidence alors aucune
idée de la sexualité et de son orientation reproductive.
Bien
entendu, à cet âge, tout ceci était encore flou mais, quoi qu'il en
soit, mon innocence prit fin ce jour-là et avec cette fin, j'acquis la notion de culpabilité. Le dire ainsi pourrait
faire croire à une approche religieuse de la sexualité; il n'en était
rien. Ce dont ce baiser impromptu m'avait fait prendre conscience
c'est, à la fois, qu'existait une territoire de plaisir dont j'avais
tout à découvrir et, dans le même temps, que sa découverte ne pouvait
se faire que dans une certaine discrétion. Je sentais, plus que je ne
le savais, que je ne pouvais demander cette sorte de baiser ni
n'importe quand ni à n'importe qui. J'aurais en effet tant voulu
renouveler l'expérience mais quelque chose m'interdisait de proposer à
qui que ce soit d'accomplir à nouveau cet acte, jamais
été offert auparavant et qui, dans les jours qui suivirent, ne le fut
pas davantage. La cousine qui m'avait éveillée à ces sensations
nouvelles était partie le soir même sinon peut-être aurais-je essayé de
jouer avec elle, qui avait osé ce geste inattendu, au
docteur. Je ne me permis pas le proposer à d'autres.
Cependant, cet acte initiateur m'ouvrit à tout un monde de significations: soudain, des discussions d'adulte dont jusque là je ne percevais rien, me devinrent plus claires; des plaisanteries me révélèrent un monde de sous-en tendus; soudain des remarques de parents comme "arrête de te tripoter" ou "on ne montre pas son zizi à tout le monde", etc. prirent un sens. En effet, cet organe, siège de plaisirs possibles, ne pouvait être qu'un territoire réservé, interdit à tout un chacun, car destiné à des sommets de délices.
11 septembre 2008
L'intuition de l'érotisme
Comme je l'ai avoué le 2 juillet 2006, je découvris la puissance de l'érotisme vers l'âge de huit ans mais pendant quelques mois, même si je sentais vaguement qu'en l'appendice de mon sexe reposait une étrange puissance de plaisir qui me poussait à y porter la main en cachette, je ne sus réellement qu'en faire. J'ai bien essayé, à diverses reprises, de répéter avec d'autres fillettes l'expérience qui m'avait éveillé au désir mais, soit qu'elles aient déjà été trop âgées pour agir avec l'innocence de ma cousine, soit que leurs catéchistes les aient déjà alertées contre les jeux avec les garçons, soit qu'elles préférassent jouer avec d'autres filles de leur âge… je n'y suis jamais parvenu aucune ne daignant jamais s'intéresser à l'esthétique d'un sexe que, en diverses occasions — lorsque je devais uriner dans la campagne, à la sortie d'une douche, en mettant un maillot de bain…— je laissais apparaître comme par hasard, sans le vouloir, avec une certaine négligence ce qui, l'âge avançant, ma mère ou mon père manquaient de moins en moins de me faire remarquer d'un, d'abord tendre puis de plus en plus sec: "Marc, range moi ça…", "ça" désignant sans ambiguïté l'organe que, justement, je me refusais à ranger.
Dire que j'en étais malheureux ou que j'éprouvais une grande frustration du désir insatisfait serait trop dire. L'attente du plaisir n'était encore qu'une vague sensation nébuleuse: j'avais une certaine complaisance à afficher mon pénis, j'aimais bien le toucher en mettant la main dans la poche de mon pantalon (qui finirent par être de plus en plus trouées sans que ma mère, jamais, ne m'en fit la remarque), j'espérais sans insister qu'une des fillettes que je fréquentais s'y intéresserait… rien de plus. Ce plaisir restait en latence. Je soupçonnais qu'il était appelé à prendre plus de place dans ma vie mais ce soupçon restait encore très vague.
Je dus attendre presque deux ans pour connaître ma seconde vraie expérience sexuelle.
Mes parents étaient adeptes du camping et possédaient une petite caravane. Tous les étés, nous allions à Mimizan-plage dans un camping dont j'ai oublié le nom. Notre activité principale était la plage sur laquelle donnait le terrain où ma mère s'étalait de longues heures durant me laissant jouer dans le sable avec des compagnons de camping pendant que mon père, après avoir pris le soleil quelques minutes et barboté un peu dans l'eau, s'en allait lire son journal au "bar de la plage". Lorsque l'après-midi arrivait à sa fin, nous rentrions alors nous débarrasser du sable dans les douches du camping qui, à l'époque, divisées en une partie pour les femmes et une autre pour les hommes, étaient collectives, les enfants seuls au-dessous de dix ans, ayant les privilèges de pouvoir passer de l'une à l'autre et de se doucher nus s'ils le désiraient hommes et femmes conservant leur maillot, ce qui les obligeait à diverses contorsions pour se laver les parties couvertes.
Un jour, je ne sais pour quelle raison, je rentrais me doucher avant ma mère et la plupart des campeurs qui avaient tous, plus ou moins, adopté les mêmes horaires. Un adulte était déjà sous la douche, un bel homme athlétique qui me paraissait âgé, mais qui ne devait guère avoir plus de trente ans, qui se savonait avec attention. Il était nu. J'avais déjà vu quelques hommes nus à commencer par mon père. J'en avais rarement vus d'aussi athlétiques. Son corps était un nœud de muscles dont le bronzage et le savon dont il se recouvrait faisaient ressortir les volumes. Je le regardais. Il vit que je le regardais. Il me sembla que ses gestes se ralentissaient, devenaient plus voluptueux. Il se savonnait lentement le sexe faisant, comme si rien n'était, jouer la peau du prépuce. Il bandait. Me lavant, je me mis à bander aussi. Il me tendit sa savonnette, je m'enduis comme lui. S'installa entre nous une certaine tension érotique. D'une certaine façon, je sentais — je suis sûr qu'il le sentait aussi — que quelque chose était possible mais, soudain, il se rinça, détourna le yeux, dit: "Comment t'appelles-tu?" Je répondis sans gêne. Il prit sa serviette, s'essuya, la noua autour de sa taille: "Au revoir Marc", dit-il, et il s'en alla. Je restais quelques secondes dans un état bizarre, je sentais qu'il y a avait en moi quelque chose qui aurait voulu s'exprimer, un besoin de détente que je ne savais comment trouver. Je finis de me doucher et rentrai dans notre caravane essayant, en vain, de m'intéresser au livre que, d'habitude, j'adorais lire.
15 septembre 2008
Découverte de la socialité du sexe
A partir de ma seconde expérience réellement sexuelle, telle que je l'ai rapportée dans mon billet du 6 juillet 2006, mon rapport au sexe se trouva changé. Bien qu'il ne se soit rien passé, j'avais senti qu'il aurait pu se passer quelque chose et cette intuition me donna envie d'en savoir plus. Ma curiosité, pour mon sexe d'abord, puis pour LE sexe en général, venait d'être éveillée. Vers 10 et onze ans j'essayais de comprendre.
Me toucher, me caresser me donnait un plaisir étrange que je n'arrivais pas bien à qualifier et bien que je ne cessai, à travers mes poches trouées, de porter une main curieuse sur mon appendice sexuel, j'avais, de plus en plus, avançant dans le temps, l'impression d'une incomplétude. Il me manquait quelque chose, ce quelque chose que m'avait laissé entrevoir l'épisode de la douche… Bien sûr, je bandais souvent, je m'arrangeais souvent pour bander sans que mes érections ne soient visibles par des tiers, mais ces érections me laissaient avec un goût d'inachevé, elles provoquaient en moi une tension sans but. Je provoquais des érections pour maintenir au niveau du bas-ventre cette excitation qui était à la fois un plaisir et une inquiétude: je sentai qu'il devait y avoir autre chose et, cet autre chose, je souhaitais avec avidité le découvrir.
Je me mis à être plus attentif aux fréquentes plaisanteries sexuelles des adultes mâles qui m'entouraient et faisaient rire d'une façon étrange — à la fois indignée et faussement indignée, à la fois réprobatrice et quémandeuse —, je m'interrogeai sur leur admiration pour les culs, les seins, les fesses qui allaient jusqu'à susciter de longues discussions, je percevais que sous les remarques amusées qu'ils faisaient à propos de son "amoureux" à ma petite sœur alors âgée de quatre ans, se glissait autre chose; je regardais avec plus d'attention les rituels balnéaires des adolescents; je commençais à essayer de savoir pourquoi certaines scènes de film "ne devaient pas être regardées par des enfants", pourquoi certains livres "n'étaient pas pour moi", pourquoi il y avait "des lieux mal fréquentés", "des gens pas fréquentables", "des traînées, "des coureurs", "des séducteurs" et "des responsabilités qui devaient être assumées"; je découvrais les graffitis et inscriptions énigmatiques de certaines toilettes publiques comme "je suce et encule, RV ici après dix-sept heures", "je baise les gros culs" ou "cherche fille aimant les grosses bittes"… Les absurdités immédiates de ces termes, les sourires plus ou moins entendus, les indignations vraies ou fausses, les chuchotements et les mystères, me ramenaient inévitablement à cette zone d'influence, encore largement indéterminée, du sexe.
Si je n'établissais pas un rapport direct entre le plaisir réel que provoquait le fait de prendre en main mon "petit oiseau" — dont je ne sus qu'un peu plus tard qu'il avait bien d'autres noms — et tout le reste, je sentais qu'il y avait un rapport, et que ce rapport, je me devais absolument de le découvrir.
20 septembre 2008
Deux chiens
A partir de dix ans donc, mon éducation sexuelle s'accéléra et je commençai à regarder le monde d'un autre œil. Ainsi, de nombreux événements auxquels je n'avais jusque là prêté aucune attention me semblèrent tout à coup pleins d'intérêts et d'enseignements comme, par exemple, les rires stupides des adolescentes de ma famille (j'avais une famille aux ramifications nombreuses qui aimaient souvent à se réunir dans les vastes propriétés des uns ou des autres…) lorsque les garçons les chatouillaient, leur parlaient à l'oreille, leur prenaient la main ou chahutaient avec elles dans une des rivières que nous fréquentions les jours de soleil d'été. Ce qu'ils m'enseignaient n'était pas d'une clarté éblouissante et ma conscience des mécaniques du fait sexuel ne s'installa que peu à peu mais, quoi qu'il en soit, ces nombreuses observations m'apprirent que, entre garçons et filles, existait tout une zone de non-dits, d'interdits, de limites avec l'interdit qui relevaient du territoire d'un plaisir aussi étrange et recherché que celui que me procuraient mes douces caresses sur mon sexe.
C'est ainsi qu'un jour, dans la petite ville semi-campagnarde où j'habitais alors, je tombais sur un spectacle qui mobilisa toute mon attention et me donna longtemps à penser. Rentrant chez moi à la sortie de l'école (la vie semblait plus sûre alors et il ne serait pas venu à l'idée de mes parents de venir me chercher pour faire à pied les trois cent mètres qui m'en séparaient), je tombais sur la danse à laquelle se livraient deux chiens, un marron foncé tacheté de noir et un tirant sur le beige, le premier tournait autour de l'autre s'efforçant de lui renifler le derrière, le second — queue serrée entre les pattes — semblait vouloir refuser cette sorte d'attention mais, pourtant, ne se sauvait pas. Au moment où, ne trouvant encore guère d'intérêt à cette scène, je m'apprêtais à passer, le chien marron grimpa sur le derrière du beige et j'aperçus nettement un sexe très rouge qui pénétrait dans ce que je crus alors être son anus. A dix ans je n'avais pas une grande connaissance de l'anatomie et cette pensée rencontrait diverses expressions grossières que j'avais entendu ça et là comme "va te faire enculer" dont j'avais sous les yeux une illustration…
Intéressé — une "leçon de choses" — je regardais le spectacle du chien marron pratiquant ses poussées rythmées sur le beige. Cela dura quelques secondes puis il descendit de la croupe de son partenaire qui était resté relativement passif. C'est alors que se produisit un fait qui me laissa stupéfait: les deux chiens — je n'avais pas encore compris qu'il y avait un mâle et une femelle —, reliés par le sexe du chien marron, ne pouvaient plus se séparer. Ils se mirent à tourner lamentablement sur place sans émettre ni aboiement ni gémissement, puis arrêtèrent de se déplacer comme s'ils attendaient quelque chose. Je me serais bien approché pour observer de plus près le phénomène mais ne connaissant pas ces bêtes, je craignais d'être mordu et l'enseignement de la prudence que m'inculquait ma famille me fit rester à l'écrt.
Enfin, au bout de quelques minutes, ils se séparèrent comme si rien ne s'était passé et, tranquilles, partirent chacun de leur côté.
Ainsi les sexes servaient à ça: relier les êtres. Il y avait une fonction technique que je n'avais jusque là pas perçue et qui, si j'en jugeais à la fois par l'excitation du chien actif et par mon propre intérêt, ne devait pas être désagréable… Ma curiosité pour ce partenariat s'éveilla ce jour-là.
25 septembre 2008
De la lecture
Beaucoup d'enfants, filles et garçons, ont dû connaître l'expérience que je relate dans mon billet du 15 juillet. Ceux qui vivent à la campagne ont dû en vivre d'autres et devaient être plus avertis que je ne l'étais. Quant aux petits citadins d'aujourd'hui, je crains que l'amour des adultes pour les chiens — qui les pousse à les traiter comme ces enfants qu'ils n'ont pas voulu avoir — ne les prive de rencontres aussi naturellement instructives. L'homme se forme davantage dans ses rencontres de hasard que par l'éducation, souvent trop expurgée, qui lui est donnée. Et en matière de sexe, bien plus encore…
Le spectacle de la copulation des chiens éveilla en moi une curiosité définitive. Je me dis que, si jusque là aucun adulte ne m'avait parlé de ce qui s'était déroulé devant mes yeux, si aucun ne me l'avait expliqué ni même ne m'avait conduit quelque part pour y assister c'est qu'il devait y avoir encore beaucoup d'autres choses qui m'étaient cachées et que je devais absolument découvrir.
Je dois faire ici un détour… Comme je vous l'ai dit, ma famille était assez étendue — davantage un clan qu'une famille — et plutôt aisée, mes grands-parents, paternels et maternels, possédaient chacun de grandes maisons à la campagne. La propriété de mes grands parents maternels, aux alentours de Fontainebleau, était même appelée "le château". Mes huit oncles eux-mêmes avaient de belles demeures dispersées un peu partout sur le territoire français. Quant à mes parents, la maison qu'ils occupaient dans la petite ville de Bretagne où mon père était notaire, était bien plus un hôtel particulier qu'une maison ordinaire. Nous, les enfants, passions nos vacances de l'une à l'autre au grè des désirs de chacun, des disponibilités des adultes. J'y étais rarement seul, toujours quelque cousin ou cousine était là pour jouer avec moi.
Pourtant, je ne saurais dire pour quelle raison, cet été-là, je me trouvai seul enfant dans le petit "château" de mes grands parents maternels. La demeure, entourée de son parc, était vaste d'une vingtaine de pièces. Mes grands parents, pris par des réceptions diverses, les activités de maire de mon grand-père, celles de diverses associations de ma grand-mère, n'avait guère le temps et très peu l'envie de s'occuper de moi car, d'habitude, la tribu des enfants vivait en autarcie.
Heureusement j'aimais lire et le château ne manquait pas de livres presque toutes les pièces ayant une petite bibliothèque qui complétait celle d'un salon appelé "la bibliothèque". Je pouvais me promener à mon aise dans toute cette littérature. Tous les rayons m'étaient ouverts.
Pourtant, fouillant dans la bibliothèque, montant sur la grande échelle mobile qui permettait d'accéder aux ouvrages en hauteur, je m'aperçus un jour, avec surprise, qu'une seule des nombreuses alvéoles grillagées qui constituaient la bibliothèque était fermée à clef. J'en parlais à la bonne. Elle me répondit qu'elle ne savait pas, que les livres ne l'intéressaient pas, et d'ailleurs qu'elle n'avait pas le temps. Je n'avais qu'à demander à mon grand-père. Je le fis. Il me répondit simplement qu'il n'y avait là que des livres pour les grands et qu'à mon âge, ils ne pouvaient pas m'intéresser. Quand je serais plus grand…
Bien entendu, cela ne fit qu'exciter ma curiosité.
29 septembre 2008
Je suis une femme dans la rue
Dans une rue montante, je suis
involontairement d'abord, puis par jeu, une jeune femme noire, nuance
café-au-lait, assez belle pour ce que je peux en juger par son dos, non
pas grosse mais bien en chair, rien à voir avec ces filles à la mode
qui n'offrent au regard que la matière de leurs os et la déchirure de
leur entrejambe. Ma position, légèrement en contrebas, fait que mes
yeux sont à la hauteur de ses fesses qui ondulent harmonieusement de
gauche à droite et de droite à gauche mettant en valeur des formes
rondes-pleines soulignées par l'usure de la couleur du jean qui dessine
une sorte de cœur.
Je
la suis assez longuement et m'interroge
sur l'érotisme de la situation. En fait je joue avec mon désir me
demandant, non si je vais l'aborder car je n'ai jamais eu la certitude
tranquille des hommes capables d'aborder n'importe quelle femme dans la
rue pour leur demander si elles veulent coucher avec eux. En ce domaine
je suis plutôt, — n'étant sûr ni de l'intérêt physique que je présente,
ni de ma séduction, ni de ma compétence amoureuse— du genre réservé et
il me faut des approches longues et lentes, ce qui réduit d'autant mes
capacités d'action. Je joue à imaginer que je couche avec elle et si je
ne m'interroge pas sur la réalité du fait — l'imagination suplée — je
m'interroge sur la qualité de ma satisfaction: si je baisais avec elle,
quelle qualité de plaisir saurait-elle me faire partager? Aurais-je
envie de partager ou de prendre? De violer ou d'être violé? Et je me
dis que c'est cette imagination du sexe qui est un plaisir en
elle-même. Différente bien sûr du violent spasme physique que provoque
le sexe, d'une autre nature, mais tout aussi puissant dans la durée… Je
bande violemment.
03 octobre 2008
Jeu des nuages et de la pluie
Dans un de mes récentes pages, je vous ai raconté comment, alors que j'avais environ 10 ans, séjournant chez mes grand parents, j'avais découvert par hasard un compartiment de leur bibliothèque qui ne m'était pas accessible. Étant donné que je pouvais, me semblait-il jusque là, lire tous les livres que je voulais, cette découverte m'intriga au plus haut point.
Mes grand parents maternels — comme d'ailleurs la plupart des membres du clan familial —, partant du principe qu'une éducation se base sur la confiance et la transparence, m'avaient habitué à un grand libéralisme. Je les savais confiants en tout. Si cette partie de la bibliothèque m'était fermée, elle ne pouvait pas l'être à tout le monde, je ne les voyais pas en interdire l'usage à la plupart de leurs visiteurs. Je ne les voyais pas non plus obliger leus hôtes à leur demander la clef. Celle-ci devait donc être à portée de main, cachée mais accessible. Je décidai alors de raisonner comme eux… Je compris vite que la clef devait se trouver quelque part dans la pièce, discrète mais acessible. Aussi, après avoir ouvert deux ou trois tiroirs, je ne tardais pas à la trouver. Il devait être autour de trois heures, la maison était silencieuse, ma grand-mère faisait la sieste, mon grand-père courait les bois, les deux bonnes vaquaient à leurs occupations réciproques. Le moment était donc favorable et je montai à l'échelle, ouvrit le compartiment. Il devait contenir une centaine d'ouvrages de format et de reliures différentes. Rapidement j'en parcourus quelques titres: le Kama Sutra, Poèmes érotiques à Gilberte, Interdit aux moins de seize ans, Jeux des nuages et de la pluie, Justine, Les bijoux indiscrets, Histoire d'O, Le château de Cène, L'œil… rien de tout cela qui, plus tard pourtant, devait faire mes délices de lecture et de masturbation désormais indissolublement liés ne me semblait, à première vue, mériter une mise à l'isolement.
Je pris, au hasard, Les bijoux indiscrets d'un certain Diderot, en lut quelques lignes qui ne me parurent pas particulièrement intéressantes, le reposai, pris Sexus de Henri Miller et tombai sur quelques lignes qui m'intriguèrent mais il fallait lire et je n'avais pas trop de temps… J'ouvris alors un ouvrage de grand format intitulé Jeux des nuages et de la pluie sous-titré L'art d'aimer en Chine et, par hasard, l'ouvrit à la page 25…
Ce fut une telle découverte que je refermai l'ouvrage, le prit sous mon bras, refermai le compartiment de la bibliothèque, rangeai la clef et courus le plus discrètement possible dans ma chambre où je m'enfermai pour découvrir à loisir l'univers qui s'offrait à moi.
06 octobre 2008
Premier travail
Mon père possédait des usines. La bourgeoisie sait s'adapter et la terre n'étant plus moderne, une branche de la famille avait su réussir dans l'industrie. Mon père possédait quelques usines alimentaires et des chaînes de magasins. Il est de bon ton, dans une certaine bourgeoisie, celle qui croit encore en son utilité sociale et ne se contentant pas de faire "fructifier" son argent dans de pures spéculations, estime devoir "produire" quelque chose; il est de bon ton de préparer les héritiers en les faisant, de loin en loin, participer à des activités de subalternes. C'est ainsi que, l'été de mes seize ans, il fut décidé que je devais m'occuper d'un des magasins de la famille. On me laissa le choix. La plupart d'entre eux étaient implantés dans des villes moyennes, certains en bord de mer, d'autres à la montagne… Je choisis l'un d'entre eux qui se situait dans un camping sur une plage du Languedoc. J'ignorai pourquoi, mon choix fit sourire mon père qui, cependant, n'émit aucune réserve.
Le jour dit, c'était un dimanche de fin juillet, sur la petite moto qui m'avait été offerte pour mon anniversaire, je quittai la villa familiale de Pèzenas et me rendis au camping où mon prédécesseur m'attendait pour m'expliquer comment, deux jours après, prendre mon magasin en charge.
Lorsque, après une heure de route, j'y arrivai enfin, je découvris avec stupéfaction qu'il s'agissait d'un camp de nudistes.
