Un sourire pur balaie son visage. Un vieux chien noir-blanc le suit comme une ombre, seul son halètement rythme le temps. Il pense que tout ce que propose la civilisation, tout ce qu'elle apporte, rien n'est rien si les hommes ne comprennent pas qu'il est plus émouvant pour chacun d'eux de vivre un jour que de réussir le progrès technologique. Un vol lent de corbeaux s'arrache du sol lourd comme une seule masse. Un peu plus, un peu moins, c'est beaucoup, c'est même l'essentiel. Il laisse la porte grande ouverte aux impressions qui pourraient le changer. Il presse l'allure, il aperçoit vers l'est la tache sombre d'une forêt. Il cherche dans la solitude le chemin qui mène à lui-même. Il pense que les mots peuvent prendre le goût intérieur des herbes. Un seul chemin vers le centre absolu…. Absent du temps, il est au-delà du bonheur, au-delà du malheur. Comme de vieux plumets dérisoires, des silhouettes d'arbres malingres soulignent les crêtes des collines. Seul le ciel peut ici avoir une couleur si franche. Il va sans savoir où il va, et plus sûr de ses pas que si une volonté lucide le menait. Comme de vieux plumets dérisoires, des silhouettes d'arbres malingres soulignent les crêtes des collines. Il ne s'oublie pas, il est en possession de lui tout entier et, en cet instant unique, il est égal à lui-même. Il est déjà au futur. Il pense que ces lieux sont insensibles au temps, aux passages des hommes, ignorent tout de leurs folies. Le monde autour de lui est  clos comme une coquille. L'homme qui songe est un dieu, celui qui pense un mendiant. Il aspire à l'éternité mais préfère encore son temps. Rien ne passe, pour qui ne passe pas. Il ne sait pas où il va ; il va droit devant lui. La solitude profonde et comme intemporelle qui l'environne, l'aspect incorporel de ce paysage, tout cela avive son imagination. Voir, revoir… il est incapable de dire ce qui du souvenir ou du présent l'emporte. Nul œil ne peut être plus clair ou plus brillant que l'œil qui n'a rien à créer, rien à faire que de chercher à voir. La solitude lui monte à la tête. Sa seule véritable exaltation est de savoir qu'on peut changer la vie, entrer dans un nouveau monde meilleur. Frémissement des ombres. Il n'a pas de montre. Le paysage est comme un soupir dans le silence. Il attend quelque chose, ne sait quoi, mais attend…. L'air ne porte aucune trace de passage. Il ne sait plus très bien où il va. Il sait l'orgueilleuse solitude que figure l'isolement presque absolu du plateau. Le versant tout entier de la colline chante doucement au soleil. Le silence l'attire-lui fait peur…. Il aime ceux qui ne veulent pas se conserver. Sur sa droite, s'étale de la rocaille à vipères, dégarnie d'arbres. Le paysage est comme un soupir dans le silence.