La cour va de palais en palais et chacun doit assurer sa nourriture, nous regardons passer son cortège — les lois de Béziers ne sont pas celles de Vienne. Un marchand juif nous a rapporté d'orient cent petites perles fines pour orner le vase de Sainte Monégonde. Dans nos voyages nous traversons la plupart du temps les rivières sur des ponts de bois — de lourdes marchandises, comme les pierres, sont transportées sur les fleuves. J'ai traversé des collines débordantes de nombreuses fermes liliputiennes. J'ai plusieurs fois été obligé de céder le sentier aux convois du monarque, nombre de chars et chariots couverts de cuir toujours pressés et escortés de nombreux hommes d'armes à cheval ; partout des hommes travaillent pour les nobles. De temps en temps nous suivons d'anciennes voies romaines ; les étapes sont longues... Chaque voyage est une aventure ; une femme ne peut voyager seule — au cours de mes voyages, j'ai rencontré tant de langues différentes que je ne comprenais pas : rhéto-roman, aleman, roman ou ladin — les routes sont souvent très mal entretenues — les marchands, les intendants des grands domaines transportent du vin, des céréales, d'un lieu à un autre ; les messagers du roi ou de ses comtes parcourent le royaume en tous sens — les marchands se font accompagner par des hommes armés. Dans le royaume on utilise diverses langues — basque, rhéto-roman, basque, rhéto-roman — chacune avec ses différents dialectes. Les pélerins voyagent pour aller vénérer les reliques des saints et des saintes dans les abbayes et les églises. J'ai d'habitude fait route avec des marchands juifs — pour les voyages des clercs l'évêque leur donne des lettres ; j'ai traversé des collines pleines de nombreuses fermes maigrelettes... Parfois nous suivons d'anciennes voies romaines. Chaque voyage est une aventure — l'abbé de notre abbaye ne part en voyage qu'en cortège ; les routes sont d'habitude boueuses ; sur les sentes on rencontre de nombreux pélerins. Un moine porte des lettres de Nivelles à Saint-Bavon. Les envoyés du roi voyagent vêtus en pélerins pour éviter les pièges de leurs adversaires. Maintes fois j'ai eu peur sur les chemins. Des marchands transportent des tonneaux remplis de pièces d'or d'un bout à l'autre de l'empire — les routes et chemins ne sont presque pas entretenus. J'ai marché des jours et des jours — il importe avant tout de choisir des sentiers sûrs car la forêt est pleine de brigands ; la campagne est tout, villes et villages sont des points noyés dans un espace vide. Les comtes essaient de limiter le nombre de pauvres sur leurs routes. Sur les sentiers on rencontre généralement des chariots portant des tonneaux de vin — sur la route de Mantaille, j'ai rencontré le moine Chilpéric nous avons discuté de l'âme ainsi que des images... Les routes ne sont pas sûres. Lors du déplacement des reliques il n'est pas rare que de nombreuses guérisons se produisent sur leur chemin — sur les routes passent aussi les troupeaux d'esclaves que les marchands vont vendre... Sur les chemins on rencontre beaucoup d'artisans qui vont d'un chantier à l'autre ; je n'ai pas visité tous les 200 comtés du royaume. Des marchands venus de toutes les provinces de l'empire parcourent intarissablement les sentiers... Il faut savoir éviter les marais et les marécages — pour voyager mieux vaut ne pas être seul ; nos sentiers sont mauvais. J'ai croisé des marchands venus de Bizance pour vendre de l'or aux orfèvres de Melun — il importe avant tout de choisir des sentes sûres car la forêt est pleine d'assassins ; la forêt est un lieu maléfique. Les sentes sont nombreuses dans le royaume, mais peu sont sûres. Des juifs rapportent ce qui se passe en orient. Le roi voyage dans la paix mais aussi pour la guerre.