« Le bonheur est indépendant du ciel, de la terre, et des orages de la destinée » me dit, en signature de son message, un de vous que je ne connais pas et dont l’adresse est « roman.maurice@libertyfree.fr ». Ce lecteur m’envoie le récit d’une anecdote qu’il dit avoir vécue et que je vous transmets telle quelle pour que vous vous fassiez votre idée vous-mêmes : « J’étais ces jours-ci à Venise, me dit ce lecteur, représentant en articles de souvenirs, je parcours en effet sans cesse l’Europe avec ma quincaille. Ce jour-là, comme d’habitude, j’avais visité un certain nombre de commerçants et devais démarcher la propriétaire d’une nouvelle petite boutique qui venait d’ouvrir à l’angle de la Calle Verrochio et de la Piazza San Giovano e Paolo, face à l’église du même nom. C’est un lieu assez rétiré, peu fréquenté des touristes aussi, marchant dans le dédale des rues vénitiennes, je me demandais pour quelles raisons cette échoppe avait bien pu décider de s’ouvrir dans ce coin. C’était un magasin minuscule, tout en longueur, deux mètres de large tout au plus sur quatre de profondeur, assez pimpant : couleurs vives, miroirs, étagères multicolores, bien ensoleillé, très visible de la place et qui, si quelque touriste venait à passer, n’aurait manqué d’attirer sa curiosité. La propriétaire y vendait des souvenirs assez originaux très différents de la bimbeloterie habituelle ; elle les concevait elle-même à partir de détails notés sur divers monuments vénitiens. Son idée était, une pièce complétant l’autre, de réaliser, sous forme de petits objets disparates — pin’s, médaillons, médailles, bagues, tampons, magnets…— dont la réunion permettait de réaliser un puzzle de la ville. C’était une très belle femme d’une quarantaine d’années, au visage d’un ovale parfait, aux yeux verts clairs, aux cheveux très noirs ; tout son être n’était qu’un rayonnement de charme et j’avoue avoir envié l’homme auquel elle devait s’abandonner. Elle me dit que c’était un de mes gros clients de la Calle Larga 22 marzo qui lui avait communiqué mes coordonnées lui affirmant que l’entreprise pour laquelle je travaillais accepterait certainement de fabriquer ses objets, même si ce n’était qu’en petites séries. Je ne pouvais pas refuser grand chose à cet homme aussi, bien que sceptique, j’acceptai d’étudier avec elle les possibilités commerciales. De plus, bien que sans illusion sur mes capacités de séduction et mon charme, je dois avouer que l’idée de passer une heure ou deux avec elle n’était pas pour me déplaire. Nous avons donc travaillé un moment. Pour finir, je lui ai rédigé une proposition de devis qu’elle a accepté sans discussion. Je lui ai donc demandé de remplir un bon de commande pour un premier lot de quelques centaines de pièces… Vous vous demandez certainement pourquoi je vous raconte tout ça ? Cela paraît en effet très loin de vos préoccupations actuelles… J’y arrive… Le nom qu’elle indiqua sur le bon de commande était Zita Avarescu ! » J’avoue ne pas avoir fait le rapprochement sur le moment, ce n’est qu’en passant à elle dans le train qui me ramenait à Paris que j’ai fait le lien avec votre ancienne amie. Croyez-vous que ce puisse être la même femme ou qu’il ne s’agisse que d’un homonyme ?… » Bonne question à laquelle, à moins d’aller moi-même à Venise, ce qui n’est pas dans mes perspectives immédiates, je ne peux répondre. En tous cas, « se non e vero e bien trovato… » et, même si c’est un pied de nez supplémentaire du destin, l’idée qu’un lien rompu puisse ainsi être renoué n’est pas pour me déplaire : rien, jamais, ne serait donc fini !…