«Date: Tue, 19 Jun 2001 17:18:24 +0100
To: "Émile-Alain JEANPIERRE" <jeanpierre@gymnase.com>
From: Jean-Pierre BALPE <jbalpe@away.fr>
Subject: RE: Mail-roman "Rien n'est sans dire", courrier N° 66

Dans les fichiers de Stanislas, « teruengies » ne peut-être que Seigneuret… Sylvère Seigneuret pour être plus précis. Ce nom doit certainement vous dire quelque chose car, il y a quatre ou cinq ans, il a fait la une de la presse nationale, peut-être même internationale. Petit-fils d’un homme politique d’extrême droite, connu pour son port du gasquet, célèbre dans les années trente, compromis pendant la guerre pour son soutien aux nazis et fusillé à la libération, Seigneuret portait un lourd passé. Heureusement, descendant de ce politicien par sa mère, il n’en portait pas le nom. Son père, Maurice Seigneuret, a donc pu mener tranquille sa vie discrète de riche propriétaire terrain dans le Gâtinais : manoir, chevaux, jaguar… Après des études honorables à Sainte-Geneviève, puis aux USA, Sylvère a eu la mauvaise idée de vouloir se lancer dans la politique. A vingt quatre ans, conseiller municipal de Nonville, à vingt neuf, conseiller général… Il aurait dû s’en tenir là, car dans sa région il ne gênait personne, mais l’ambition… Élu, en 1990 député de Seine et Marne, il apparut à trente deux ans comme un des jeunes hommes prometteurs du parti de centre droit dans lequel il militait. C’est alors que les choses commencèrent… Bien sûr tout le passé de son grand-père ressurgit, d’abord ses actions publiques et ses écrits, puis des lettres confidentielles qui le compromettaient encore plus, puis des lettres intimes démontrant notamment sa fréquentation régulière des maisons closes de l’époque… Tant que la campagne de presse ne s’en prit qu’à son grand-père, Seigneuret fit front. Ses enfants, deux et quatre ans, étaient trop jeunes pour en être affectés, sa femme était au courant. Les attaques étaient si basses qu’il en arriva même à en tirer un certain avantage. Mais là où les choses changèrent c’est lorsque certains journaux s’en prirent directement à lui : ils avaient des preuves, des documents, laissant penser que Seigneuret était pédophile, peut-être même qu’il avait organisé quelques ballets bleus… Comme il attaqua en portant plainte pour diffamation, des documents compromettants furent publiés. Abandonné de tous, pour se défendre, Seigneuret dut démissionner de tous ses postes électifs. Il se retira sur les terres de son père. En octobre 1996, il fut victime d’un accident de chasse en forêt de Fontainebleau : l’enquête conclut qu’il avait dû trébucher sur une racine et que le regrettable coup de chevrotines l’avait tué net…»


Si d’autres parmi vous, en ont reçu de semblables concernant Sylvère Seigneuret, qu’ils m’en envoient une copie, s’ils le veulent, ou qu’ils les détruisent… Mais je dois cependant vous avouer que je suis dans l’incapacité totale de dire si d’autres faux du même genre circulent parmi mes lecteurs. Les seuls indices, pour l’instant, que je peux vous donner sont que je n’envoie qu’un seul courrier par jour et que l’histoire ci-dessus est invraisemblable !… Pour le reste… Excusez-moi, mais je ne pensais pas vous entraîner dans une aventure aussi déraisonnable…