Toute mémoire est un bordel. Je me souviens et, me souvenant, j’essaie de me souvenir encore, je me souviens encore. Je me souviens de Rachel Charlus comme d'Elytis ou Ganançay. Toutes ces évocations me rendent morne, hanté par la cohue des morts, tous ces morts, j'écris pour essayer de transmettre quelque chose de tous ceux que j'ai un jour connus, embrassés, nourris, soigné, combattus. Je m'en souviens mais, pour le reste, je ne me souviens de rien vraisemblablement l'imaginaire est un refuge pour le souvenir. Je me souviens encore. J'écris pour survivre. Je ne suis pas capable de choisir entre fantasmes ou souvenirs car après tout je suis un brocanteur de la mémoire. Les souvenirs n’ont de saveur que lorsque soutenus par la force du présent ils en exaltent les odeurs, car sinon ils nous intoxiquent. Présent, passé, des mots, en moi tout se mêle. Chaque souvenir en appelle d'autres, puis d’autres encore. Tant de souvenirs n’ouvrent pourtant que sur un chagrin superflu car nommer un fait suffit ms suffit souvent pour en percevoir les sensations. Je me souviens de Rachel Charlus ou d’Eugénie Ostapenko mais…je n’e sais par où commencer: j'écris peu et difficilement. Ma tête est bourrée d'ombres. Je ressens le besoin de faire le point sur toutes ces années passées ; je me souviens de tous ces jours… Je me souviens de tous ces jours passés. Mais chaque chose en son temps (les souvenirs n’ont de saveur que lorsque soutenus par la force du présent ils en exaltent les arômes)… essayer de tout dire. Je me refuse à être gardien d'un cimetière donc où s'arrêter dans la quête de la vérité. Se réfugier dans le passé pour ne pas parler du présent. La langue nous fait comme nous la faisons. Plus tard… Je m'en souviens. De loin en loin toutes ces évocations me rendent lamentable… Rengaine, refrain, réminiscence. Je sens en moi la tentation de faire le point sur toutes ces années passées, chaque souvenir en appelle d'autres. Je sens l'aspiration de faire le point sur tous ces ans passés mais je ne cesse de me demander pourquoi j'écris tout ça. Plus tard… je m'en souviens: j'écris pour essayer de transmettre quelque chose de tous ceux que j'ai un jour connus, haîs ou nourris. J’écris pour arrêter le temps. J’écris pour être.