Votre lettre m'apprend que vous avez pensé à moi, une autre journée est passée depuis ma dernière lettre. Chère Isadora, je ne veux rien savoir ni de dieu ni du savoir que chacun a de dieu. Je suis sans dieu, ne prenez pas garde à mes paroles qui sont frêles, telle est la violence de l'amour - il m'est impossible de vous parler sans vous dire que je vous aime; tout me dit que je ne devrais pas vous aimer - les mouvements de mon cœur ne sont pas soumis à la réflexion, puissiez-vous m'aimer assez pour m'empêcher de vous haïr un jour, laissez moi le plaisir de croire que vous n'avez pas encore lu au fond de mon cœur… je vous aime comme le premier jour où vous m'avez vu fondre en larmes à vos pieds; je ne voudrais pas inutilement déguiser mes troubles devant vous, même si je vis avec Martina.

Je vous écris que je vous aime, je vous attends pour vous le dire - toujours mes mots ont dépassé mes histoires.

Quoi, Isadora, vous portez la bonté jusqu’au méfait, je relis continûment votre lettre, Isadora, moi Ray, je suis fou de vous - j'ai de faibles ressources, il y a un étrange chaos dans ma tête; mon amour n'est pas un amour insipide ; il a toute sa force - pourquoi me parlez-vous de Martina - je me rappelle notre rencontre à Carcassonne, et ce souvenir me donne un bonheur plus sensible que celui que vous avez dû ressentir. Que d'émotions diaboliques il me faut réprimer;  quelles voluptés ne me donnerait pas votre présence; j'aime trop pour m'emporter contre vous. Je ne sais plus penser sans vous. Vous devez trouver ces phrases un peu mêlées - souvent, le cœur tout meurtri de coups que vous me portez, je me force à de la félicité pour obtenir de vous un sourire. J'ai un fort sentiment du désespoir.

Avez pitié de mon état.