Blondie qui se promène dans la salle, va au bar et se fait servir un autre verre :
Nous avons brûlé nos ailes aux flammes du rock, Bruce peut-être plus vite que tous les autres, il a donné au public de gamin ce qu’il voulait, l’image d’une vie jetée aux quatre vents, il les a fait rêver, croire qu’ils avaient la puissance, l’énergie des héros de légende alors que ce qui les attendait c’étaient la somnolence derrière des guichets de banque ou l’épuisement devant des établis d’usine… Être un producteur de rêve se paie aussi très cher.

Becky :
Et nous alors, qu’avons nous fait d’autre ?

Blondie et Wanda ensemble :
Qu’avons nous fait d’autre ?

Wanda :
Rien d’autre… Nous n’avons rien fait d’autre…

Joan :
Que vouliez-vous faire d’autre ? Vous êtes nées pour chanter… Bruce savait que nous étions nées pour chanter. Vous avez été les voix dont il avait besoin pour tenir.

Becky :
Tu as peut-être raison…

Joan :
J’ai raison…

Blondie :
Il s’est servi de nous…

Wanda :
Il n’y a pas de réciprocité dans l’amour, il s’est servi de nous parce que nous en avions besoin…

On sent que la tension est tombée, les quatre femmes s’asseyent à nouveau autour de la même table. Elles se regardent les unes les autres, restent un certain temps silencieuses comme si chacune d’elles réfléchissaient à ce qui vient de se passer ou comme si elles revoyaient leur passé.

Joan, doucement, comme si elles n’osaient pas rompre le silence :
Alors ?

Beckie, Blondie, Wanda ensemble :
Alors…

Joan :
Alors quoi ?

Becky :
Je sais pas… je sais plus…

Joan, ton interrogatif :
Qu’est-ce qu’on décide ?

Wanda, ton affirmatif, presque provocateur :
Qu’est-ce qu’on décide !

Blondie :
Faut qu’on décide…

Becky, Wanda, ensemble :
Faut décider…

Joan, insistante :
Oui, maintenant, il nous faut décider…

Wanda, rêveuse :
Décider alors qu’aucune décision ne nous convient vraiment.

Becky :
Toute décision est toujours douloureuse, surtout quand elle porte sur des vies entières.

Blondie :
Et qu’elle n’est pas réversible…

Joan, presque timidement :
Alors…