Rien ne parle, ni le vent, ni les arbres, ni la terre. André Pagès pense aux fraîches rivières qui coulent dans les vallées si proches et pourtant si lointaines. Le sens de la vie lui paraît quelque chose de très lent. Rêves: il s'éloigne. Il hait la ville qu'il ne peut se résoudre à quitter. Il y a là quelque chose qu'il doit pouvoir comprendre. Le monde le possède et c'est ce qui l'éprouve. La vie intérieure, le passé le renvoient à lui-même. C'est maintenant qu'il est chez lui! De ci, de là, un pin chétif troue l'herbe jaune. La vie n'est peut-être rien d'autre que ce souffle léger sur les herbes jaunies dans la chaleur de l'été. Il a confiance. Seule note moderne dans le décor, un paysan au loin s'affaire sur son tracteur. Il se souvient, chantonne, se rappelle, s'attarde: il s'émerveille. Il rêve de désordre.

Le ciel s'aplatit sur la terre. André Pagès imagine que souvent seule l'absence est vraie. Il parle d'un monde totalement ouvert. Les herbes, parcimonieuses et fragiles, se protègent. Vers où sont-ils allés? Le chemin de sa mémoire est tortueux. Il éprouve pour toute chose un étrange sentiment de peur. L'appel du silence est le seul qui mérite d'être écouté. Son cœur lui fait mal. C'est la solitude. Une ombre passe sur le soleil. Autour de lui, le paysage est désolé: pas de végétation, mais des pierres, des pierres… Dans le lointain, un troupeau de moutons se confond avec les pierrières. Rouge, jaune… Dans ces infinités de nuances du jaune au vert, le franc rouge brique de la terre a tout d'une provocation pendant que ses regards s'évadent vers le ciel jusqu'à voir au-delà de lui-même et jusqu'à le délivrer du temps, sa mémoire le ramène aux jours paisibles de son enfance. "Comme tout ici est incroyablement calme!" Il accuse et s'accuse.