La cour du Bureau de la compagnie aérienne était pleine de monde, un couple se querellait. Au bord de la crise de nerf, La femme pleurait et criait, l'homme semblait l'injurier. Devant les fenêtres, le long du mur, des gens à la patience d'anges, faisaient la queue pour atteindre l'entrée de l'immeuble. Le couloir ne désemplissait pas: des chuchotements mêlés, des conciliabules, des raclements de tongs sur le carrelage parvenaient sans discontinuer à travers la porte close du bureau.

Les gens parlaient entre eux des langues que Ganançay, seul occidental, ne comprenait pas. Il n'aimait plus personne, même ceux qui avaient le regard clair et parlaient franchement. Ganançay ne pensait plus qu'à lui. Il avait allumé une cigarette, en rejetait la fumée par petites bouffées. Son seul souci était de parvenir à l'employé chargé de vendre les billets, de le convaincre qu'il était un cas particulier, qu'aucune raison ne pouvait être aussi impérative que les siennes, qu'il avait droit à la priorité sur tous les autres. Il se méfiait de tous, n'essayait de parler à personne, préparait longuement dans sa tête, avec son pauvre vocabulaire anglais, des arguments qui lui paraissaient imparables, en changeait aussitôt pour d'autres meilleurs, revenait aux premiers, se souvenait d'un mot qui lui semblait plus fort, d'une tournure qui, il ne savait pourquoi, était supérieure et modifiait encore ses phrases...