J'ai ouvert une porte, elle donnait sur une salle de bain: baignoire ronde, transparente, suspendue au plafond, murs de miroirs, de marbre bleue, serviettes épaisses, peignoir moelleux… Tout y était somptueux: brosse à dents neuve, choix de savons aux parfums divers, aftershave, shampoings…
Rien à voir avec les hôtels où je descends.
Ne comprenais toujours pas comment je me trouvais là. J’avais peut-être pris une chambre au-dessus de mes moyens… Ou quelqu’un m’avait amené… me suis assis au bord du lit, ai pris une douche, me suis rasé, habillé.
Cette pièce ne me rappelait rien, mes seules affaires personnelles étaient celles que je portais la veille.
Cette chambre n’était pas celle où j’avais déposé ma valise.

 

Je n’aime pas porter mes sous-vêtements plusieurs jours, ne les ai pas mis: un pantalon sans slip m’est un de ces infimes plaisirs érotiques enrichissant mon existence de fantasmes, désir construit de jouissances minuscules… me suis demandé en quoi cette situation m’importait… Des vers m’ont traversé l’esprit :

 

Infimes effleurements du sexe au velours
Jouissance privée qui renvoie à l’amour
Dans les secrets plaisirs d’une chair qui se masque
Sous les regards d’un christ blasé par trop fantasque

 

Symboliste… Trop… Trop… Vieillot… Mauvais… Mais, après tout, je n’ai jamais publié le moindre poème… De toutes façons, ce n’était pas ça qui allait m’aider à comprendre… J’ai hésité une seconde à épingler mon slip aux épines du Christ puis, estimant ce geste plus pornographique qu’humoristique, me suis contenté de le fourrer dans une poche de ma veste.