Norpois est désormais sûr qu’il a mis la main sur un document exceptionnel, que là se trouve le véritable potentiel apport de sa thèse. Le fait constant qu’il y ait une recherche d’intégration syntaxique systématique, lui oppose en effet plusieurs mystères: pourquoi les poèmes ne sont-ils pas tous confrontés au même nombre d’intercalaires? Pourquoi toutes les versions imprimées contiennent-elles des vocables empruntés à plusieurs langues autres que le français, situation que les corrections manuelles éliminent systématiquement? C’est à tout cela qu’il devra apporter une réponse.

Convaincu d’être engagé dans une bonne voie, il fait, mais en vain, des efforts suivis pour acquérir de plus grands résultats. Entraîné par son esprit chercheur, il y est décidé. Norpois se dit qu’il doit attacher une importance grandissante à son étrange travail préalable sur les papiers. Il sent bien que pour triompher d’une tâche aussi ardue, il lui faut une règle fixe et sévère, sachant le contraindre, jusqu’au dernier jour, à un irrémissible labeur quotidien.

Pour l’instant il est près de 13 heures: le corps a aussi ses impératifs, Norpois a faim. Pour ne pas perdre de temps, il commence à paramétrer, sur les outils de recherche automatiques, une analyse exhaustive de tous les feuillets ainsi que des indications numériques inscrites ici ou là pour en extraire le plus de corrélations possibles. Cependant quelques-unes des manifestations automatiques à obtenir réclamant un agencement particulièrement délicat, il remet ce travail à plus tard car il a la vie devant lui. Il va manger.

Puis revient. Averti par son instinct qu’une voie fertile vient de s’ouvrir sous ses pas, il passe son après-midi à programmer les outils d’analyse dont il dispose, à en chercher d’autres dans le réseau universitaire universel, à formuler des hypothèses pour voir si n’existent pas des travaux antérieurs ou des outils qui permettraient de les vérifier. Ceci fait, le soir tombe et Norpois, oubliant l’heure, prolonge sa rêverie. Puis il passe à autre chose. Comme il aime à le répéter, «pour être chercheur on n’en est pas moins homme»… Et cette partie de sa vie n’a pas à être publique!