Parce que, de sa chambre d’hôtel, elle prenait, dans la nuit, une apparence magique, Charlus, dès l’ouverture des portes, était monté au sommet de l’immense coupole de verre qui domine le bâtiment du Reichstag. Déçu cependant par la lourdeur kitsch du pilier central semblable à une pièce montée de miroirs et par l’absence totale de transparence sur la salle de l’assemblée, il n’avait fait qu’un tour rapide de la spirale intérieure se contentant de se repérer dans le quadrillage des rues de Berlin depuis la porte de Brandebourg, emballée comme par Cristo de publicités géantes, jusqu’aux immeubles futuristes de la Postdamer Platz, en passant par la mythique avenue Unter den Linden, la Friedrichstrasse bradant désormais aux touristes la cicatrice de son Checkpoint Charlie, ou la Leipzigerstrasse ouvrant par la Spree l’accès au réseau des canaux et des lacs dont, au travers de l’enchevêtrement des branches nues des arbres du Tiergarten, il apercevait ça et là des reflets. Et partout, au dessus de la ville, les bras articulés de grues géantes quadrillant le ciel comme pour en arpenter l’immensité. Ce paysage avait ainsi quelque chose de factice, trop mesuré, trop construit, trop neuf, obsédé par trop de modernité, incapable de fournir le contexte adéquat à la satisfaction de son insatiable recherche de solitude.